La ruralité debout devant l’éolien industriel
Un immense merci


Isabelle Clément

5 juillet 2026

Je suis de retour à la maison après cette incroyable fin de semaine de mobilisation, d’information et de fête au Camp Val Notre-Dame, à Hérouxville.

Je suis rentrée le cœur débordant de gratitude. J’écris ces lignes les yeux encore humides de tout ce que j’ai vu, entendu et ressenti.

J’aimerais tellement pouvoir vous faire vivre ce qui s’est passé là-bas. Facebook, c’est bien. Mais rien ne remplace des êtres humains qui se rencontrent, qui prennent le temps de se parler, qui créent des liens et qui se reconnaissent. C’est d’une puissance extraordinaire.

Je croyais connaître la force de notre mouvement. Je me trompais. Cette fin de semaine, j’ai compris que quelque chose avait changé. Nous ne sommes plus seulement un groupe de citoyens qui s’oppose à un projet. Nous sommes en train de devenir un véritable mouvement populaire.

Et la plus grande force de ce mouvement, c’est sa diversité.

Réunir des centaines de personnes qui ne partagent pas toutes les mêmes opinions politiques, les mêmes parcours ou les mêmes valeurs, mais qui choisissent malgré tout de défendre ensemble leur territoire, c’est une prouesse. Toujours Maîtres chez nous avait déjà réussi cet exploit, mais cette fin de semaine, il a pris une dimension que je n’aurais jamais imaginée.

Nous avons assisté à des conférences d’une qualité exceptionnelle. Des citoyens passionnés et bien informés, mais aussi des experts (géologue, forestier, biologiste et plusieurs autres spécialistes) sont venus partager leurs connaissances avec rigueur, générosité et professionnalisme.

La conférence de Tina Daudelin et Etienne Gendron de dimanche matin a été un véritable coup de poing (nous aurons l’occasion d’en reparler).

J’ai aussi été heureuse de voir que Climat Québec, le Parti Québécois, Québec solidaire et le Parti conservateur du Québec étaient présents. Nous ne serons jamais d’accord sur tout, et c’est normal. Mais, devant un enjeu aussi fondamental que la protection de nos territoires, nous avons trouvé un terrain commun. C’est précieux.

L’indignation qui anime Toujours Maîtres chez nous est en train de gagner le Québec.

J’ai parlé avec des gens venus des quatre coins de la province.

J’ai pleuré en écoutant l’artiste Claud Michaud interpréter « Le Tour de l’île ».

J’ai serré très fort dans mes bras une dame de Shawinigan qui me confiait ses craintes et ses angoisses.

J’ai écouté un homme de Thetford Mines me raconter son quotidien entouré de onze éoliennes.

J’ai dansé avec Fanny et Jules de Saint-Fortunat.

J’ai ri avec Pierre et bien d’autres.

J’ai rempli mon carnet de numéros de téléphone.

Et je reviens avec la tête pleine d’idées.

Trois ans de lutte, à armes tellement inégales, ça use. Ma vie est bouleversée depuis deux ans et demi. Il y a des jours où le découragement frappe à la porte. Mais des fins de semaine comme celle-ci nous rappellent pourquoi nous continuons.

Je réalise que notre combat dépasse largement les éoliennes.

Oui, nous voulons empêcher un projet que nous jugeons aberrant.

Mais, surtout, nous sommes en train de reconstruire quelque chose qui se perd : une communauté, un sentiment d’appartenance, une solidarité entre des gens qui refusent de laisser d’autres décider de l’avenir de leur territoire.

Cette fin de semaine, je n’ai pas seulement vu de la résistance.

J’ai vu naître de l’espérance.

Merci aux quelque 300 citoyens qui ont répondu à notre invitation.

Merci à toutes les petites abeilles de Toujours Maîtres chez nous. Votre travail colossal, souvent discret et bénévole, a rendu cette fin de semaine possible. Vous pouvez être fiers de ce que nous avons accompli ensemble.

Cette fin de semaine m’a rappelé pourquoi nous nous battons. Pas seulement pour des hectares de forêt ou pour préserver un paysage. Nous nous battons pour ce qui nous relie à ce territoire, pour ce qui forge notre identité collective et pour le droit des communautés de choisir leur avenir.

Je vous laisse avec cette phrase de Pierre Foglia, reprise par Jean-Pierre Sénéchal du GIRAM (Groupe d’initiatives et de recherches appliquées au milieu), qui résume avec une justesse bouleversante l’essence de notre combat :

« Dans une culture qui se meurt, on dit que c’est la langue qui meurt la première. On se trompe. C’est le paysage. »

Isabelle Clément

Merci à mes deux complices, Michel Tremblay et Yvan Bordeleau, d’être venus à mes côtés au moment où l’émotion m’a rattrapée pendant mon mot de clôture. Votre présence m’a fait un bien immense.


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