L’horizon appartient à ceux qui le regardent
Au grand rassemblement des 4 et 5 juillet au Camp Val Notre-Dame à Hérouxville, Claude Michaud nous a rappelé l’importance du paysage. Son interprétation du Tour de l’île de Félix Leclerc, non seulement l’illustre son propos, mais nous démontre comment le paysage habite et féconde nos âmes.

L’horizon appartient à ceux qui le regardent
Il y a des paysages qui nous ont construits. Pas seulement regardés. Ils nous ont construits. Habités. Façonnés. Inscrits dans ce que nous sommes, au plus profond.
Les rangs qui s’étirent vers le fleuve. Les fermes posées dans la plaine depuis des générations. Les villages dont le clocher marque encore le centre du monde.
Ce n’est pas du décor. C’est de la mémoire vivante. C’est nous, enracinés dans le temps.
Des structures industrielles, aussi hautes que les plus grands édifices de nos villes, parlent de s’implanter sur ces terres. Celles que vous habitez. Que vous cultivez. Que vous avez choisies, ou dont vous avez hérité.
Personne ici ne conteste la nécessité de la transition énergétique. Personne. Mais une transition qui efface ce qu’elle prétend préserver n’est pas une victoire. C’est un deuil qu’on nous demande d’accepter en silence. Nous n’acceptons pas ce silence.
Nos lois ne protègent pas les vues, les horizons ouverts, la profondeur de champ qui donne à ce territoire son caractère unique. On transforme avant de regarder. On perd avant de comprendre ce que l’on perd.
Et ce que l’on perd, on ne le mesure pas en chiffres. On le mesure au matin, quand on ouvre les yeux et que le paysage n’est plus le même. On le mesure dans le silence qu’on ne retrouve plus. On le mesure dans ce qu’on ne pourra jamais plus transmettre, tel qu’on l’a reçu.
Ce que nous demandons, c’est l’intelligence dans la mise en œuvre. Des zones où le territoire habité est respecté. Des études d’impact visuel produites avant les décisions. Pas après.
C’est un choix de société. Et ce choix, non seulement nous avons le droit de le réclamer, nous en avons le devoir.
Les consultations publiques arrivent. C’est maintenant que les décisions structurantes seront prises. Celles qui façonneront ce que vous verrez depuis votre fenêtre, dans dix, vingt, cinquante ans.
Alors nous serons là. Nous témoignerons de ce que ces horizons nous ont transmis. De ce que nous refusons de laisser disparaître sans combattre.
Un homme a marché avant nous sur les rives et les plaines du Saint-Laurent. De son Île il a regardé le fleuve, les vergers, les clochers, les battures au fil des saisons. Il a mis des mots sur ce que nous ressentons tous. Des mots simples, qui nous ressemblent. Qui tiennent encore debout, cinquante ans plus tard.
Ce n’était pas un discours. C’était sa déclaration d’amour pour ce territoire. Maintenant, c’est la nôtre.
Claude Michaud
La version interprétée lors de l’événement n’étant pas disponible pour l’instant voici celle de Châtel-Guyon le 12/7/2019 pour les 20èmes rencontres Marc Robine. Il est accompagné par Steve Normandin à l’accordéon.

