LE SACCAGE ÉOLIEN

DE LA RÉSISTANCE LOCALE À LA MOBILISATON NATIONALE

Voici le discours qu’une citoyenne devenue militante a livré lundi dernier (2026-09-07) lors de la manifestation à Québec. Son histoire est la nôtre, et celle que beaucoup de Québécois se préparent malheureusement à vivre.

NOTRE COMBAT CONTRE LE SACCAGE ÉOLIEN

Je me présente – Janie Vachon-Robillard, je suis de Saint-Léonard-d’Aston au Centre-du-Québec. Une citoyenne qui ne se serait pas crue aussi engagée il y a à peine trois ans, avant qu’un projet ne s’immisce en douce par chez nous…

L’illusion du dialogue et le mépris

Faisant le moins de bruit possible, seuls les maires étaient au courant pendant de longs mois. Puis, une première séance d’information est organisée, mais on maintient distance et hiérarchie. « C’est important pour le bon ordre des choses », on choisit donc de la réserver uniquement aux élus. Nous nous invitons donc, citoyens, au prochain conseil des maires, où nous serons 250. Mais on dira qu’il y avait 19 000 résidents de la MRC qui n’étaient pas venus… (bien que les éoliennes toucheraient moins de 50% de cette population).

Nos pétitions majoritaires, quelques mois plus tard, ne démontraient rien de significatif non plus. Pourquoi ? Parce qu’on aurait dit n’importe quoi lors du porte-à-porte, qu’on aurait donné de fausses informations et qu’on aurait intimidé les gens pour qu’ils signent. C’est drôle, quand même. Moi, je me souviens plutôt de nos bénévoles ultra mal à l’aise et gênés de se lancer dans ce porte-à-porte. Il a fallu bien se motiver et s’encourager en groupe pour oser cogner aux portes. Nous nous étions préparé un document de référence avec l’information sourcée que nous avions à ce moment-là.

Les arguments faits pour discréditer le peuple

Vous qui avez été impliqués dans une de ces luttes citoyennes, vous savez de quoi je parle. Ils se ressemblent toujours et partout, les arguments pour discréditer une population qui ne veut pas se laisser faire :

« C’est le syndrome du pas dans ma cour… » « Mais calmez-vous, il n’y en a pas de projet. » « Il n’y en a pas de projet. » « Il n’y en a pas de projet… » « Vous êtes contre le progrès ? » « Vous êtes contre les éoliennes, alors vous êtes contre tout ! »

Le contournement démocratique

Et pendant ce temps, les dénis de démocratie se multiplient. L’administration et les élus se confortent derrière leurs procédures bien établies :

  • « Merci madame, mais votre 3 minutes de temps de parole est écoulée. »
  • « Nous en prenons bien note. »

En réalité, il n’y a aucune obligation pour le conseil municipal de considérer nos demandes citoyennes, pourtant légitimes.

On choisit de contourner la loi sur l’aménagement du territoire qui prévoit cette possibilité d’exiger un référendum lorsque des changements majeurs de nos milieux de vie sont proposés au palier municipal. On adopte alors des règlements au niveau de la MRC – des règlements de contrôle intérimaire (RCI), supposés servir à se prémunir rapidement d’une menace – pour éviter ces dangereux référendums municipaux et encadrer les distances auxquelles pourront être implantées les éoliennes.

Dans la MRC de Drummond, on a même récemment proposé un RCI qui interdit aux municipalités d’adopter localement des règlements plus sévères en matière d’éolienne. Faut le faire ! Et vous savez quoi ? Ça fait plus de 15 ans que le Bureau d’audiences publiques en environnement (BAPE) a mis en lumière que le RCI n’était pas le bon moyen pour encadrer les projets éoliens.

Tout donner face à l’urgence

Rester informé et vigilant, rester présent pour répliquer aux absurdités, pour dénoncer le manque de transparence : ça prend un temps fou. On met nos vies personnelles sur pause, le temps de gérer l’urgence et… étrangement, la sauce s’étire, on fait languir le dénouement. « Ils ne pourront tout de même pas rester combatifs éternellement… » Résister à l’épuisement… c’est crucial !

De la résistance locale à la mobilisation provinciale

Je viens de vous ouvrir une petite fenêtre sur ce que j’ai vécu et ce que je vis encore dans mon petit coin de campagne depuis l’arrivée de cette menace éolienne. Je sais que vous vivez la même chose au Bas-Saint-Laurent, en Mauricie, à St-Louis-de-Gonzague, à Saint-Fortunat, à St-Herménégilde, à St-Liboire, à Saint-Adelphe, etc.

C’est pour ça que je me suis donné la mission de rassembler tous les comités éoliens de la Province. C’est ainsi que je suis devenue coordonnatrice régionale au Regroupement vigilance énergie Québec, puis responsable du dossier éolien et de la mobilisation. Pour qu’ensemble, on ne soit plus invisible, qu’on ne soit pas si facile à ignorer, pour qu’ensemble on puisse non seulement alerter tout le Québec de ce mauvais plan, mais qu’on puisse aussi l’arrêter !

Oui, ce plan qui doit être révisé, et de façon urgente.

Le vrai visage du projet : profit et privatisation

Parce qu’en ce moment, il sent mauvais. Il sent les nuisances cachées, il sent les impacts sur le territoire minimisés, il sent l’injustice et les chicanes de village, il sent l’accaparement du territoire, il sent les risques indus pour la qualité de vie des riverains, il sent les petits villages et des paradis récréotouristiques sacrifiés…

Quand on sait qu’en plus, ce n’est même pas pour un noble objectif collectif, mais pour, entre autres, nourrir des centres de données appartenant au GAFAM…

Bref, ce mauvais plan sent le profit à plein nez. La filière éolienne se plie aux lois du profit, à la loi du plus fort qui enrichit toujours les plus nantis.

Une de ces lois est la socialisation des dépenses : le Fédéral donne de belles subventions pour soutenir les énergies renouvelables (et, par le fait même, opère une privatisation sournoise de l’énergie qu’on avait choisi de nationaliser au Québec). Puis, de l’autre côté, les gains sont privatisés : les multinationales empochent et envoient ça à leurs actionnaires en passant d’abord par les paradis fiscaux. Tant pis pour nos services publics.

Il y a une autre belle formule pour que ça soit possible de faire passer un aussi mauvais plan pour la société québécoise : c’est l’achat de l’acceptabilité sociale. Cette dénationalisation de notre monopole d’État, qui serait trop impopulaire collectivement, on la fait passer en douce en tentant un village à la fois, un conseil municipal ou un conseil de bande à la fois, en leur promettant quelques millions. On cible bien sûr les villages les plus dévitalisés qui ont vraiment besoin de cet argent, et non pas là où nos milliardaires ont leurs chalets de luxe dont les taxes foncières couvrent amplement les frais du système d’égout municipal ou de la bibliothèque.

On s’est informé. On a fait nos devoirs.

Ce mauvais plan peut aussi avancer par l’impopularité du sujet et la complexité des enjeux énergétiques. Pour être là aujourd’hui, pour choisir d’utiliser votre précieuse journée fériée à manifester, il faut comprendre assez profondément que le plan est mauvais. Et pas seulement mauvais dans votre cour. Car quand il n’y a que nous qui perdons au change, nous ne sommes même pas prêts à y mettre autant d’énergie. Vous savez que ces projets sont mauvais pour tout le Québec. Et pour ça, il faut avoir fait un véritable effort d’information et de recherche de la vérité.

Nous nous sommes informés. Nous avons étudié les nuisances locales (expériences ontariennes, européennes, australiennes, MRC de l’Érable, résidents de la Gaspésie). Nous avons lu les rapports économiques de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) et les articles de l’Institut de recherche et d’information socioéconomique (IRIS). Nous avons reçu en conférence Krystof Beaucaire de l’IRIS, qui apporte l’aspect sociologique et les enjeux humains. Nous avons consulté plusieurs experts sur les enjeux énergétiques et la transition énergétique (Jean-François Blain, Martine Ouellet, Bruno Detuncq, Pierre-Olivier Pineau). Nous avons consulté l’UPA, commandé des rapports agronomiques, et des experts en foresterie. Nous avons contacté des experts en acoustiques de plusieurs pays et les risques pour la santé des basses fréquences et des variations d’amplitudes. Nous avons découvert les risques pour l’eau potable (semaine verte nov 2023, INSPQ 2023 et 2026) et les zones de projection de débris ou de glace autour des éoliennes.

La manipulation de l’opinion

Il y a trois ans, je ne savais pas faire la différence entre un vrai projet public ou communautaire et ces fameux partenariats entre une municipalité et un promoteur privé qui forment alors ces sociétés en commandites, de véritables boîtes noires de confidentialité où plus rien n’est public, et où la municipalité n’est plus qu’un actionnaire d’une nouvelle entreprise complètement privée et donc secrète.

Il faut être très informé pour voir clair aussi à travers la manipulation de l’opinion publique. Vous vous souvenez de ces lave-vaisselles avec lesquels on nous a cassé les oreilles : qu’on n’aurait pas le choix de les démarrer de nuit, parce qu’on était désormais en pénurie énergétique. Je me souviens encore de cet agriculteur complètement anxieux qui s’imaginait qu’on pourrait lui couper le courant et qu’il ne puisse plus faire boire ou traire ses vaches.

Alors qu’un rapport d’expert (Jean-François Blain, 2026, pour l’Union des consommateurs) démontre que la consommation d’énergie liée aux clients résidentiels et aux PME du Québec augmente lentement et de façon prévisible. La vérité, c’est qu’on ne manque pas d’énergie pour les Québécois. Alors la question se pose : pour qui veut-on doubler notre production ?

Aucun projet énergétique n’est sans impacts. Les jolis parcs éoliens des dessins à colorier n’ont rien à voir avec les centrales électriques éoliennes qu’on veut implanter près de chez vous ou dans la ZEC où vous allez chasser. En plus des sacrifices écologiques et sociologiques qui viennent avec ces centrales, il y a les coûts astronomiques de ces infrastructures.

À ce jour, les Québécois n’ont pas autorisé que leurs campagnes soient prises d’assaut par des entreprises privées pour être transformées en centrales électriques avec l’implantation de milliers d’éoliennes géantes de hautes puissances partout dans notre belle province. Le saccage de nos paysages, de nos terres agricoles et de nos précieuses forêts serait encore accentué par les milliers de kilomètres de nouvelles lignes de transport électrique à construire pour intégrer cette nouvelle énergie. En effet, ce plan a été fait sans débat collectif sur l’avenir énergétique du Québec. Et ce plan se déploie actuellement en refusant toujours qu’on analyse comme il faut ses impacts sur le territoire québécois et la meilleure façon de développer la filière éolienne.

La position du RVÉQ

Le Regroupement vigilance énergie Québec dénonce que le développement de cette filière se fasse au bénéfice du secteur privé, alors que la société québécoise a choisi de nationaliser son électricité. L’implantation des éoliennes est ainsi soumise aux lois du profit plutôt que tournée vers des solutions qui s’offriraient à une société d’État axée sur le bien commun. En plus, on continue de dire que c’est pour la transition énergétique alors qu’il n’y a pas de véritable scénario de décarbonation cohérent.

Si on choisit de développer l’éolien au Québec, ça doit se faire pour et avec les Québécois, et ça doit bénéficier vraiment aux Québécois.

Voici donc les 5 demandes du RVÉQ pour qu’il en soit ainsi :

« Nos demandes sont claires depuis notre première sortie publique en janvier 2025 :

  1. Il faut imposer un moratoire sur le développement éolien, le temps de rectifier le tir.
  2. Tenons rapidement un BAPE sur l’éolien, c’est-à-dire une analyse des impacts cumulatifs et de la meilleure façon de développer cette filière.
  3. Il faut également mettre fin à la privatisation de la production énergétique afin que les actifs et les bénéfices des nouveaux projets demeurent publics.
  4. Un vaste débat démocratique doit avoir lieu sur l’avenir énergétique du Québec pour définir les véritables besoins et les différents scénarios possibles, incluant ceux de décroissance et de sobriété.
  5. Enfin, aucun projet ne devrait pouvoir être imposé dans une zone habitée sans référendum municipal obligatoire, qui sera respecter.

Ce n’est qu’à ces conditions que l’éolien pourra véritablement être bénéfique pour la société québécoise !

Nous réitérons que nous ne sommes pas contre l’éolien, nous sommes pour la transition énergétique. Nous demandons une véritable transition, transparente et maîtrisée par le peuple québécois, dans le respect de nos campagnes, de notre territoire et de nos milieux de vie.

Conclusion

Je vous remercie encore d’avoir offert à la société québécoise votre lundi férié du jour du travail. Je suis honorée d’avoir pu tenir ce discours devant vous. Ce discours a été suivi de la présentation de la courte pièce de la troupe Contrevent : Quand fuckall Energy veut votre bien. Enregistrée et disponible sous ce lien, à partir de la minute 38 :

Voir la vidéo de l’événement