TES Canada contribuera-t-il vraiment à la décarbonation du Québec?
On parle souvent de l’hydrogène comme d’un futur carburant « propre », capable de remplacer le pétrole, le gaz et le charbon. Beaucoup imaginent qu’en produisant de l’hydrogène avec de l’électricité renouvelable (comme l’éolien et le solaire), on pourrait enfin se débarrasser des énergies polluantes.
Mais c’est ignorer un problème majeur : l’hydrogène s’échappe très facilement dans l’air, à chaque étape où on le fabrique, le transporte, le stocke ou l’utilise. Ces petites fuites, mises bout à bout, représenteraient des millions de tonnes d’hydrogène perdues chaque année.
Pourquoi est-ce grave ? Parce que l’hydrogène libéré dans l’air contribue à réchauffer l’atmosphère. Il perturbe la manière dont la planète se débarrasse naturellement d’un autre gaz très puissant, le méthane. Normalement, l’atmosphère contient des « nettoyeurs » naturels (des radicaux hydroxyles) qui détruisent le méthane. Mais quand il y a beaucoup d’hydrogène, ces « nettoyeurs » sont occupés à traiter l’hydrogène, donc le méthane reste plus longtemps dans l’air. Résultat : plus de chaleur reste piégée dans l’atmosphère, et la Terre se réchauffe davantage.
Les scientifiques estiment qu’avec l’essor prévu de l’hydrogène, ces fuites pourraient équivaloir à presque 1,5 milliard de tonnes de CO₂ supplémentaire chaque année. C’est énorme : à titre de comparaison, toutes les activités humaines dans le monde dégagent environ 38 milliards de tonnes de CO₂ par an.
Alors qu’on nous présente l’hydrogène dit «vert» comme la solution miracle pour décarboner les secteurs les plus difficiles à électrifier (industrie lourde, aviation, transport maritime, camions longue distance), des études récentes montrent qu’une économie de l’hydrogène à grande échelle risquerait plutôt d’aggraver le réchauffement climatique.
En cause : les fuites d’hydrogène à toutes les étapes (production, stockage, transport, utilisation). L’hydrogène libéré dans l’atmosphère réagit avec les radicaux hydroxyles, ce qui réduit leur disponibilité. Ces radicaux jouent un rôle clé dans la dégradation du méthane. Leur raréfaction prolonge donc la durée de vie du méthane, qui est un gaz à effet de serre beaucoup plus puissant que le CO₂ à court terme. L’hydrogène augmente aussi les concentrations d’ozone troposphérique et contribue à la vapeur d’eau stratosphérique, deux autres facteurs de réchauffement.
Une étude du projet européen HYDRA, publiée par le Politecnico di Torino, a quantifié ces impacts : d’ici 2050, les fuites d’hydrogène pourraient atteindre entre 22 et 45,3 millions de tonnes par an selon les scénarios. En utilisant le potentiel de réchauffement global sur 20 ans (GWP20) de l’hydrogène estimé à 33, cela équivaut à 726 millions à près de 1,5 milliard de tonnes de CO₂ équivalent chaque année — un volume colossal, comparable à plusieurs pourcents des émissions mondiales actuelles (38 milliards de tonnes de CO₂).
Les taux de fuite varient selon les maillons de la chaîne :
- Production par électrolyse : moyenne 4 % (jusqu’à 9,2 %)
- Reformage du méthane (SMR) : 0,75 %
- Liquéfaction : moyenne 4,4 % (jusqu’à 10 %)
- Transport par pipeline : environ 1 % (jusqu’à 5 %)
- Transport liquide par camion : 5,3 % en moyenne (jusqu’à 13,2 %)
- Stations de ravitaillement : en moyenne 6,3 % (jusqu’à 15 %)
- Applications industrielles : autour de 0,36 %
Ainsi, même si chaque étape semble relativement contenue, l’addition des fuites tout au long des chaînes d’approvisionnement rend l’impact global très préoccupant.
Voir cet article publié par Cleantechnica. En voici les conclusions :
- Les scénarios de 2050 prévoient des fuites massives : selon l’Agence internationale de l’énergie (IEA), environ 22 millions de tonnes/an, selon le Conseil de l’hydrogène 45,3 millions de tonnes/an, soit jusqu’à 1,5 milliard de tonnes de CO₂e/an en termes de réchauffement à court terme. Cela mine considérablement l’argument climatique d’une économie de l’hydrogène étendue.
- La meilleure approche est d’éviter l’hydrogène partout où c’est possible comme vecteur énergétique. Il faudrait plutôt réserver son usage strictement aux applications industrielles qui n’ont pas d’alternative technique (par exemple la production d’ammoniac ou l’acier par réduction directe), le produire sur place et l’utiliser immédiatement, limitant ainsi la chaîne logistique et donc les fuites.
- L’article plaide pour prioriser l’électrification directe et les procédés biologiques, et renforcer les réglementations pour restreindre l’usage de l’hydrogène aux cas essentiels, au lieu de promouvoir un déploiement massif.



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