Quel gâchis!
«…la Terre couchée en rond,
(Extrait de «Terre, jamais je ne t’oublierai» de Félix Leclerc, Dernier calepin, 1988, pp.190-191)
dont on a abusé
et,
il faut le dire,
pillé, grapillé les trésors,
par le mari d’abord,
ensuite les enfants,
avec leurs gestes d’anges, l’ont tachée, salie bien souvent,
disons-le, souillée, la Terre… »
Quel gâchis que nous continuions à consommer de façon compulsive au lieu de prendre le temps de réfléchir sur de meilleurs choix individuels et collectifs. Quel gâchis que, par notre individualisme et notre égocentrisme, pour des ambitions de carrière et de confort excessif, nous assistons sans réagir au spectacle de la planète qui ne peut plus supporter notre surproduction et se déchaîne.
Quel gâchis, pour nous et notre Terre, que de gaspiller les plus belles régions habitées d’un pays dont la plus grande richesse est sa nature encore préservée, garante d’une qualité de vie et d’un immense potentiel récréotouristique. Quel gâchis que de construire des éoliennes gigantesques et écrasantes pour ensuite relier l’énergie produite par ces parcs éoliens avec des lignes de transport serpentant au-dessus de nos têtes.
Quel gâchis que d’empêcher la gestion efficace de cette énergie en l’émiettant pour enrichir quelques promoteurs qui exporteront nos capitaux. Quel gâchis que d’encourager aussi certaines communautés à s’endetter à la place du gouvernement pour construire ces immenses tours, qui n’ont qu’une courte durée de vie d’environ vingt ans, qui nécessitent des frais d’entretien colossaux et des coûts de démolition qui deviennent très rapidement problématiques. Quel gâchis que de payer d’énormes sommes pour subventionner les promoteurs et d’acheter également l’électricité à un coût plus élevé que si nous la produisions. Quel gâchis que de privatiser notre richesse énergétique plutôt que de continuer à la partager de façon équitable jusque dans les régions les plus reculées.
Quel gâchis que durant les périodes de surplus d’électricité, inévitables parce que nous ne pouvons pas emmagasiner cette imposante énergie, nous soyons obligés de payer des sommes considérables pour une électricité temporairement inutile parce que nous devons honorer des contrats privés. Quel gâchis alors que, si nous avions fait le choix de demeurer maîtres chez nous, nous pourrions gérer efficacement les périodes de plus ou moins grands vents et les périodes où le niveau d’eau des bassins hydroélectriques fluctuent; nous aurions alors la possibilité de laisser s’emplir les bassins ou d’interrompre à l’occasion les éoliennes en prolongeant ainsi leur trop courte durabilité.
Quel gâchis que de laisser un gouvernement néolibéral continuer à vouloir privatiser à toute vitesse nos richesses collectives. Quel gâchis que d’engendrer des inégalités entre les municipalités en abandonnant à des promoteurs le rôle d’en financer quelques-unes et d’ignorer les autres. Quel gâchis que de laisser ce même gouvernement, par sa politique du laisser-faire par l’entreprise privée, créer d’immenses iniquités dans le financement des agriculteurs plutôt que de planifier correctement une aide équitable.
Quel gâchis que, d’une part, nos représentants municipaux refusent de consulter adéquatement tous leurs citoyens par référendum et, d’autre part, de façon invraisemblable, se laissent soumettre à des règles qui permettent aux compagnies d’installer ces monstres industriels à 1,5 mètre des propriétés voisines et laisser ainsi se concrétiser d’immenses injustices (2).
Quel gâchis, qu’en endossant ces non-sens et en acceptant d’en porter l’odieux au nom des dirigeants qui les assujettissent, nos élus municipaux consentent à déclencher ainsi un bouleversement qui entraînera probablement de multiples poursuites judiciaires contre les MRC. Quel gâchis que de créer une discorde entre agriculteurs qui, en regard de la dépréciation des valeurs considérables des terres agricoles, entraînera possiblement aussi des poursuites judiciaires entre voisins et une détérioration du tissu social.
Quel gâchis pour un gouvernement que d’être en train de multiplier la même dégradation de notre qualité de vie dans plus de vingt des plus belles régions densément peuplées du Québec sans consulter convenablement les experts et la population (1). Quel gâchis que de détruire ainsi à toute vitesse notre patrimoine et l’avenir des générations futures. Quel gâchis que de mettre à risque notre santé, celle de la faune et des élevages domestiques en multipliant les infrasons, jugés très dommageables par plusieurs experts, sans appliquer le moindre principe de précaution (3). Quel gâchis que de confisquer la valeur résidentielle de ceux qui devront cohabiter près de ces machines industrielles, tournant jour et nuit et détruisant la quiétude de nos campagnes.
Quel gâchis que de créer de multiples zones inhabitables ou peu désirables atrophiées par des servitudes interminables. Quel gâchis alors que plus de 80 % du territoire du Québec n’est presque pas occupé et que nous pourrions rester maîtres de nos ressources en construisant ces éoliennes le long des grands bassins hydroélectriques très venteux et équipés de corridors de transport de l’énergie (4). Quel gâchis que de grignoter ainsi notre minuscule 2% de territoire agricole.
Quel gâchis que de détruire les rêves des citadins qui voudraient un jour trouver un peu de quiétude dans nos magnifiques régions rurales sans craindre constamment d’être bientôt envahis par ces voisins tapageurs et non recommandables.
Sommes-nous un peuple en train de fractionner notre principal levier économique et le rendre difficilement opérable pour avantager quelques affairistes et perdre ainsi une importante source de revenus?
Claude Rochon
Résident de Mékinac
Notes explicatives:
- Territoires concernés : de Mékinac, Des Chenaux, de Nicolet-Yamaska, de Rouville, des Jardins de Napierville, des Maskoutains, de Beauharnois-Salaberry, des Sources, de Maskinongé, de Drummond, de Bécancour, d’Arthabaska, de Lotbinière, de l’Érable, des Appalaches, de Coaticook, des Etchemins, de Kamouraska, de la Côte-de-Beaupré, de Bellechasse, de Marguerite d’Youville, de la Côte-Nord, du Fjord-du-Saguenay.
- Comme la majorité des terres du Québec ont été divisées en lots rectangulaires de 2 ou 3 arpents de large et comme les éoliennes seraient possiblement installées de chaque côté d’une propriété ayant cédé des servitudes, les voisins ne pourraient se construire sur une distance de 500 mètres (1640 pieds ou 8,55 arpents) de part et d’autre de ces éoliennes, soit sur une longueur de 17 arpents ou 3280 pieds. Si les lots visés ont 3 arpents de large, l’injustice toucherait environ 3 voisins de part et d’autre (soit 6 voisins).
Références :
- https://www.ledevoir.com/opinion/idees/807901/idees-developper-production-hybride-reservoirs-hydroquebecois
- https://pourunchoixeclaire.ca/2023/12/21/mariana-alves-pereira/
La lettre est paru également ici : https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=&cad=rja&uact=8&ved=2ahUKEwjbkPfr9fyKAxXOwvACHSzzFHgQFnoECBsQAQ&url=https%3A%2F%2Fwww.lenouvelliste.ca%2Fopinions%2Fparole-aux-lecteurs%2F2025%2F01%2F17%2Fquel-gachis-IOQTQ6I3QBCCRGN4PAUKCJLUFM%2F&usg=AOvVaw10OgC5fgT2W5vOieSy4rec&opi=89978449















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