Par Carrefour des lecteurs
Claude Rochon
«Tant pis pour la quiétude, la beauté naturelle des lieux, la qualité de vie et pour une perte considérable dans la valeur des propriétés de ceux qui devront endurer leur proximité», écrit l’auteur de cette lettre concernant les éoliennes. (123RF)
Paroles aux lecteurs / Le silence n’existe plus.
Des couchers de soleil obstrués et des paysages défigurés.
Des nuits où les étoiles sont remplacées par des lumières rouges clignotantes.
Des oiseaux et des insectes broyés.
Des bêtes en liberté qui fuient par instinct.
Des no man’s land et des régions dévitalisées.
À proximité, plusieurs humains, qui ne dorment presque plus,
pendant que la planète bouleversée proteste.
Plus d’endroit où les humains pourront s’établir dans les régions rurales sans craindre d’être bientôt entourés par ces voisins tapageurs et peu recommandables. Les affairistes veulent envahir à toute vitesse nos campagnes avec de nombreuses éoliennes plus hautes que les 42 étages de la Place Ville-Marie (6). Voilà un avenir très imminent au sein d’une vingtaine de régions rurales les plus habitées du Québec (1).
Tant pis pour la quiétude, la beauté naturelle des lieux, la qualité de vie et pour une perte considérable dans la valeur des propriétés de ceux qui devront endurer leur proximité. Pour demain, des toiles d’araignée pour transporter cette énergie développée sans un plan précis.
Notre société d’État sera fractionnée, ce qui entraînera à long terme une gestion efficace pratiquement impossible. Les profits de l’énergie du vent, du soleil et de nos rivières enrichiront des multinationales plutôt que l’ensemble des Québécois. Il y aura des pertes de superficie au sein du minuscule 2 % de territoire dédié à l’agriculture.
Tout cela, financé par les grandes banques, à même les économies des citoyens qui ne peuvent véritablement se prononcer ou qui auront à peine le temps d’en prendre conscience.
Le principe de l’acceptabilité sociale a tellement été dilué qu’il est devenu un leurre. Les MRC refusent de faire des référendums, car comme quelques propriétaires terriens, leur jugement est embrouillé par la convoitise monétaire. Quelques élus sont ainsi aveuglés et prêts à céder de nombreuses servitudes renouvelables sur d’immenses territoires. Ils sacrifient ainsi un riche milieu de vie et un grand potentiel récréotouristique, entraînant, pour plusieurs générations, de lourds handicaps sur leur développement futur. De nombreux «No man’s land» ou des zones dévitalisées et peu convoitées seront ainsi créés par ces immenses tours dont les dimensions augmentent sans cesse (7).
Les dirigeants culpabilisent ceux qui s’opposent en dressant l’argument de la nécessaire transition énergétique. Les opposants ne sont pas contre les éoliennes mais contre leur construction au beau milieu des zones les plus densément peuplées. Pourtant, notre société d’État, au lieu d’être ainsi dépossédée de son rôle, pourrait facilement construire ces éoliennes le long des grands barrages. Elle aurait, selon des experts, la possibilité d’y produire neuf fois l’électricité nécessaire au Québec pour les dix prochaines années (2). En bonus, cette région est très venteuse et possède déjà des corridors de transport de l’énergie produite.
Alors que notre gouvernement fonce à toute vitesse sans consulter les experts et la population, plusieurs pays expriment des inquiétudes et des regrets en rapport avec cette technologie prétendue verte. Ils font déjà le constat que cette forme d’énergie en nécessite une autre en parallèle pour compenser sa grande instabilité. Son rendement tourne autour de 30 % de la capacité. La courte durée de vie des éoliennes justifie de plus en plus difficilement les dépenses et les conséquences. Les coûts de leur entretien et de leur démolition sont énormes. Sans les généreuses subventions payées par les contribuables, seraient-elles rentables? Particulièrement en période de surplus, une gestion efficace de l’énergie est d’autant plus compliquée quand une partie des ressources est contrôlée par une société d’État et que l’autre appartient à des investisseurs privés protégés par leurs contrats.
Même si au Québec, jusqu’à tout récemment, nous avions déjà plusieurs éoliennes dans des régions plus éloignées, il y avait peu de résidents près de ces tours et peu d’élevages d’animaux y étaient présents. Dans le monde, de nombreux témoignages souvent ignorés ou peu étudiés, nous confrontent avec des effets nocifs occasionnés par ces génératrices géantes. Les risques reliés aux infrasons sont particulièrement mentionnés. Ces sons, que nos oreilles n’entendent pas mais que notre corps ressent, peuvent être mesurés sur une quinzaine de kilomètres (3).
Les promoteurs disent que les maux observés sont des maladies psychosomatiques. Pourtant d’importants problèmes concernant les animaux d’élevage sont très souvent mentionnés (maux et décès plus fréquents, naissances avortées, baisse de production laitière, comportements anormaux etc.) (4). Par ailleurs, une étude du MELCCFP rappelle que les caribous s’éloignent instinctivement des éoliennes sur une distance d’environ 4 kilomètres (5). Également, plusieurs animaux, qui utilisent les infrasons pour se guider et communiquer, pourraient être déroutés ou perturbés. Ce serait le cas entre autres pour les mammifères marins, les éléphants, les chauves-souris, les abeilles et même les vers de terre.
Plusieurs maladies humaines risquent aussi d’être amplifiées. En plus du sommeil perturbé de plusieurs citoyens, plusieurs problèmes sont mentionnés (fatigue constante, maux de tête, difficulté à se concentrer, détresse psychologique, augmentation des maux chroniques etc.) (8). Ainsi, certains médecins recommandent aux femmes enceintes et aux personnes atteintes de maladies cardiovasculaires de s’éloigner des éoliennes.
Un principe de précaution s’imposerait. Après une augmentation de 50 % en six ans, les dépenses en santé vont atteindre 60 milliards en 2024. D’ici quelques années, selon les données de l’Institut canadien d’information en santé (ICIS) et une projection faite en 2013, elles pourraient représenter 68,9 % des revenus totaux du gouvernement du Québec (9). Ajoutés au vieillissement de la population, les nombreux maux apparemment reliés aux éoliennes pourraient rendre les coûts en santé incontrôlables.
Il serait pourtant tellement facile de faire autrement tout en restant maîtres de notre énergie.
Claude Rochon, résident de Mékinac
RÉFÉRENCES:
(1) Territoires concernés : Nicolet-Yamaska, Drummond, Bécancour, Arthabaska, Lotbinière, de l’Érable, des Appalaches, Beauharnois-Salaberry, des Sources, Napierville, des Maskoutains, Coaticook, des Etchemins, Kamouraska, Mékinac, Des Chenaux, Côte-de-Beaupré, Bellechasse, Marguerite d’Youville, Côte-Nord, Maskinongé, Fjord-du-Saguenay.
(2) Voir l’article de Louis-Gilles Francoeur : Développer une gestion hybride des réservoirs hydroquébécois.
(3) https://pourunchoixeclaire.ca/2023/12/21/mariana-alves-pereira/
(4) https://www.youtube.com/watch?v=cMSNvFCVgkU&ab_channel=FriendsAgainstWind
(6) https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2002257/urgence-eoliennes-projet-quebec-bouscule
(8) https://www.windconcernsontario.ca/2023/04/14/infrasound-negative-consequences- for-human-health-says-scientist/ https://docs.wind-watch.org/Stony-Gap-Expert-Opinion-Laurie.pdf
(9) https://www.cirano.qc.ca/fr/sommaires/2013s-45
La lettre est paru également le 15 décembre 2024 à 04h00 ici : https://www.lenouvelliste.ca/opinions/parole-aux-lecteurs/2024/12/15/plus-de-regions-rurales-paisibles-FJBKOSNUIZETZA2X4TP3XXYREI/



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