Leclerc-Gingras, Maxime
19 mars 2026
Je ne suis pas favorable à ce projet d’éoliennes tel qu’il est présenté. Ce n’est pas une réaction, c’est une position réfléchie.
Un territoire n’est pas un espace vide à optimiser. C’est un milieu de vie, une réalité habitée, une relation au monde. Toute décision qui le transforme pour des décennies doit être portée par autre chose qu’une opportunité économique ou une logique de développement accéléré.
Avant même de parler d’éoliennes, une question demeure entière : avons-nous réellement besoin de produire davantage d’énergie, et pour quels usages. Produire pour répondre à des besoins essentiels n’a pas la même portée que produire pour alimenter une filière industrielle destinée à être revendue.
Dans ce cas-ci, on parle d’un projet qui servirait à alimenter une production d’hydrogène vert, portée par une entreprise privée, dans une logique de marché. Il ne s’agit donc pas d’un service public au sens où l’on répond directement à un besoin collectif essentiel.
Or, ce projet repose pourtant sur l’utilisation d’un territoire habité, partagé, qui relève du bien commun. Autrement dit, on mobilise un espace collectif, avec des impacts assumés par une communauté, pour soutenir une activité dont la finalité est d’abord privée.
On ne peut pas traiter de la même manière un projet qui répond à un besoin collectif essentiel et un projet qui utilise le territoire collectif pour soutenir une activité de marché.
Ce projet n’a pas été construit avec la communauté. Il est arrivé déjà défini, porté par des intérêts qui ne sont pas ceux de l’ensemble du territoire. Une décision de cette ampleur ne peut pas reposer sur des ententes individuelles et des mécanismes administratifs. Elle doit faire l’objet d’un consentement collectif réel, clair, assumé. Sans cela, il n’y a pas de légitimité.
Aujourd’hui, les impacts sont diffus, et les bénéfices concentrés. Certains y trouvent un avantage direct. D’autres en subissent les conséquences sans compensation équivalente. Dans certains cas, les règles elles-mêmes créent des contraintes qui s’apparentent à une forme d’expropriation indirecte. Ce déséquilibre n’est pas accessoire. Il est au cœur du problème.
Même en mettant de côté les considérations liées au mode de vie, au paysage ou à la qualité de vie, le constat reste le même : c’est un mauvais deal. Le territoire se transforme durablement, sans qu’il soit démontré qu’il obtient une part juste de la valeur créée. Nous avons trop souvent laissé nos ressources être exploitées sans en tirer pleinement profit. Répéter ce schéma n’est pas une fatalité. C’est un choix.
On agit comme si nous n’avions pas de levier. Comme si accepter les conditions proposées allait de soi. Pourtant, ce territoire a une valeur. Le paysage, le silence, la qualité de vie ne sont pas des détails, même s’ils sont difficiles à quantifier.
Mais surtout, avons-nous réellement pris le temps d’évaluer l’ensemble du potentiel du territoire avant de faire ce choix. Quelles autres formes de développement auraient pu être envisagées. À quoi renonce-t-on en acceptant ce projet. Ce travail ne semble ni avoir été fait, ni partagé.
Choisir, c’est renoncer. Mais renoncer sans savoir à quoi l’on renonce, ce n’est pas choisir.
Il existe ailleurs des modèles où les collectivités sont parties prenantes, où les municipalités participent, décident, bénéficient. Si ces modèles existent, pourquoi ne sont-ils pas au cœur de la réflexion. Pourquoi le territoire n’est-il pas en position de définir ses conditions, plutôt que de les subir.
Les projets éoliens, ailleurs, ne font pas consensus. Ils divisent, questionnent, transforment profondément les communautés. Ce simple constat devrait nous inciter à la prudence. Pas à la précipitation.
Il y a aussi une question de modèle. Permettre à une entreprise privée de capter une ressource collective, en partie au bénéfice d’intérêts extérieurs, n’est pas anodin. L’énergie, au Québec, a été pensée comme un levier collectif. S’en éloigner sans débat réel, sans choix assumé, c’est déjà transformer quelque chose de fondamental.
Enfin, il subsiste des inconnus. Les impacts à long terme ne sont pas établis avec un niveau de certitude suffisant dans des contextes comparables. Cela inclut notamment des enjeux potentiels liés au bruit continu, aux basses fréquences, à la qualité du sommeil, au stress, ainsi qu’aux effets possibles sur l’environnement immédiat, incluant les sources d’eau. Devant ces incertitudes, le principe de précaution devrait nous ralentir. Pas nous pousser à aller plus vite.
Ce projet engage le territoire pour 20, 30 ans. Il est en grande partie irréversible à l’échelle d’une vie humaine. Une décision de cette portée ne peut pas être prise dans l’urgence, ni dans le flou.
Ce n’est pas une opposition de principe. C’est un refus des conditions actuelles.
Certaines conditions essentielles ont été posées ici. Elles ne prétendent pas être exhaustives, mais elles donnent une idée du niveau d’exigence nécessaire.
Tant que ces conditions ne sont pas réunies, la réponse demeure la même.
Non.



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