TES Canada et le mépris des faits

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TES Canada demeure déterminée à mener à bien son projet. (Josée Lafortune)

POINT DE VUE / L’auteure, Isabelle Clément, est conseillère municipale à Hérouxville.


C’est presque gênant d’avoir à le rappeler, mais un fait et une opinion sont deux choses distinctes qui n’ont pas la même valeur de vérité.

Lorsque Éric Gauthier, président de TES Canada, affirme dans une entrevue au Nouvelliste que le nombre d’opposants à son Projet Mauricie est restreint quand on considère la population des MRC concernées dans son ensemble, c’est une simple opinion. Une opinion fondée sur rien du tout et visant uniquement à servir l’immense campagne de marketing mise en marche par TES Canada.


Rappelons que TES Canada a des millions de dollars à investir pour se faire entendre alors que les gens sur le terrain n’ont à peu près rien, si ce n’est leur temps, qu’ils doivent trouver malgré des vies professionnelles et familiales déjà très occupées.

Si Éric Gauthier trouve l’opposition insignifiante, c’est probablement lorsqu’il constate cette disproportion entre les moyens à sa disposition et ceux des opposants au projet. Mais en termes de nombre de personnes – ce qui devrait signifier quelque chose dans un pays supposément fondé sur la démocratie – l’opposition est loin d’être insignifiante.

Dans la réalité, nos villages et campagnes sont placardés de pancartes marquant l’opposition à ce projet. Alors qu’à Hérouxville, nous pouvions auparavant compter sur les doigts d’une seule main les citoyens qui se présentaient les soirs de conseil municipal, notre salle est désormais pleine chaque mois. C’est aussi le cas dans les municipalités touchées par le projet.

Aussi :

  • L’UPA Mauricie s’est positionnée contre le projet.
  • 84% des répondants à un sondage commandé par le village de Saint-Prosper se sont positionnés contre le projet.
  • À Saint-Adelphe, village de 900 habitants, une pétition de 410 noms a été remise à la MRC.
  • À Sainte-Thècle, village de 2400 habitants, c’est 925 personnes qui ont signé pour marquer leur opposition.
  • À Saint-Luc-de Vincennes, village de 556 habitants, 314 signatures.
  • À Saint-Maurice, village de 3781 habitants, 950 signatures.
  • À Saint-Narcisse, village de 1834 habitants, 688 signatures.
  • À Saint-Prosper, village de 475 habitants, 376 signatures.
  • À Saint-Stanislas, village de 1020 habitants, 500 signatures.

À l’échelle du Québec, ça représenterait des millions de signatures.

Ces chiffres sont énormes. Les ignorer relève d’un mépris difficilement qualifiable.

Il faut être dans un déni grave de la réalité pour penser que l’opposition au Projet Mauricie est négligeable.

Plus encore, j’inviterais monsieur Gauthier à relire le texte d’une résolution qui demande un BAPE générique sur le développement éolien et qui a été adoptée par les municipalités de Saint-Adelphe et Sainte-Thècle, ainsi que la MRC de Mékinac cet été.

Voici un extrait:

«Considérant que le Projet Mauricie ne se réalise ni dans l’esprit de la nouvelle stratégie d’Hydro-Québec ni dans l’esprit du développement éolien qui a cours au Québec depuis plus de 20 ans»

«Considérant que le Projet Mauricie a été annoncé sans que les élus ou la population locale n’aient pu se prononcer sur le sujet»

«Considérant que le Projet Mauricie ouvre une brèche inédite en matière d’autoproduction hors site, et ce sans encadrement»

Peut-on vraiment conclure à la lecture des faits énumérés plus haut et de cette résolution que l’opposition au projet n’est portée que par une petite minorité?

Refuser de tenir compte de l’opposition qui fait rage en ce moment chez nous est non seulement une insulte aux principes démocratiques, c’est une déconnexion de la réalité.

Or, lorsqu’une personne refuse les faits avec une telle insistance, lui faire confiance devient un acte irresponsable.

La seule chose en laquelle on peut avoir confiance, c’est que TES Canada va maximiser les profits quitte à saccager la qualité de vie des populations au sein desquelles l’entreprise va s’établir. TES Canada nous montre des miettes au microscope en nous disant «Regardez l’immensité de ce que nous allons vous donner». Ça reste des miettes.

A paru également dans : Réf. : https://www.lenouvelliste.ca/opinions/point-de-vue/2024/10/18/tes-canada-et-le-mepris-des-faits-UUEW74KRVRDJZGUGI3YJKDSJ6Y/

Isabelle Clément

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