Réponse au journaliste Patrice Bergeron, La Presse Canadienne

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Le 11 octobre 2024

Bonjour Monsieur Bergeron,

Nous sommes des opposants au projet de TES Canada en Mauricie. Si vous étiez venu frapper à nos
portes, nous vous aurions répondu avec empressement. Voici nos commentaires en suivant le plan de
votre article du 6 octobre dernier.

  1. Fin avril 2024, la multinationale TESCanada H2 inc. avise le ministère de l’Environnement, dans son
    Avis de projet, qu’elle projette jusqu’à 145 éoliennes. Trois ou quatre jours plus tard, elle disait aux
    médias passer de 144 à 130 éoliennes. Quoiqu’elle l’ait répété par la suite, la porte reste ouverte jusqu’à
    145 éoliennes selon son dossier au ministère. Les cartes émises par TES Canada datent du 30 avril 2024
    et n’ont pas été modifiées à ce jour. Alors vous comprendrez que de notre part, nous continuons à dire
    que c’est un projet de 145 éoliennes industrielles et non de 130.
  2. Sur la décarbonation, les Johanne Whitmore et Paul Martin qui, les premiers, ont levé le drapeau
    rouge dans La Presse du 2 janvier 2024, les 101 organisations qui ont envoyé une lettre au premier
    ministre le 3 février, les 18 organisations et 13 scientifiques qui ont signé une lettre dans Le Devoir du
    1er mars, les cinq experts dans leur webinaire de mai, pour ne nommer que ceux-là, ont tour à tour émis
    des réserves. Ce n’est pas un discours nouveau, voir Radio-Canada du 21 décembre 2022 : « Il faut
    réduire les attentes vis-à-vis de l’hydrogène vert, selon des experts ». Ce sont des spécialistes de la
    question. Ils s’entendent pour dire qu’il ne suffit pas de l’énoncer comme le fait TESCanada. C’est
    pourquoi nous mettons de l’avant le nécessaire principe de précaution face aux prétentions de la
    multinationale et de ceux qui relaient ses informations.
  3. La multinationale prétend avoir consulté 2000 à 3000 personnes ? Ses trois premières séances de
    consultation consistaient en des kiosques d’information, une méthode qui s’est valu des critiques de la
    part du BAPE dans d’autres projets. Elles ont eu lieu les 21, 27 et 28 novembre 2023. Le Nouvelliste du 2
    décembre rapportait que c’est « plus de 600 citoyens rencontrés, une centaine d’élus et de
    fonctionnaires municipaux ». Puis il a fallu la pression des élus municipaux, à ce qu’ils nous ont répété,
    pour que la multinationale consente à tenir de véritables séances d’information les 26 et 27 mars, qui
    ont réuni un total de quelque 500 citoyens, majoritairement contre le projet, et auxquels TESCanada n’a
    pas vraiment su répondre. On est loin des 2000 personnes consultées.
  4. Au sujet du bloc d’énergie promis par Hydro-Québec, rappelons qu’il a été concédé sans appel
    d’offres, et ce, à un coût ridiculement bas de 0,04$. Pendant qu’on nous répète que le projet de la
    multinationale ne bénéficie d’aucune aide financière de l’État… Et si la multinationale obtient la
    possibilité de revendre l’électricité à Hydro-Québec, comme elle le souhaite, ces 150 MW obtenus à
    0,04$ seront sans doute revendus à quelque 0,12$. C’est une aide financière déguisée.
  5. Le « Pas dans ma cour » s’appuie sur une réalité dont ne parlent jamais la multinationale et les élus : le
    principe de réciprocité. Si l’éolienne ne peut s’approcher à moins de 600 mètres d’une habitation, tous
    1Articles : « Un projet de parc éolien privé divise la population en Mauricie » et « Des opposants au
    projet souhaitent un référendum » dans La Presse et La Presse Plus du 6 octobre 2024, et « Des
    opposants à un projet d’usine à hydrogène souhaitent un référendum » et « Voici quelques données
    statistiques sur l’entreprise TES Canada » dans L’Actualité du 6 octobre 2024.
    les propriétaires situés à l’intérieur de ce périmètre de 600 mètres perdront, sans leur consentement, la
    liberté d’usage de leurs propriétés. C’est de l’expropriation déguisée de servitude. Il n’y a pas
    d’approbation des voisins, comme vous le laissez entendre dans votre article.
  6. L’acceptabilité sociale que vous rapportez n’est rien d’autres qu’une acceptabilité sociale achetée : les
    municipalités recevront des centaines de milliers de dollars en redevances, les propriétaires signataires
    en recevront aussi, de même que les voisins. Mais insistons que cette redevance destinée aux voisins
    sera divisée par le nombre de voisins impactés. Dans plusieurs cas, ça donnerait entre 500$ et 1000$ par
    année par voisin. La qualité de vie, la qualité de l’eau potable, le droit de propriété (l’usage) et la valeur
    marchande d’une propriété valent nettement beaucoup plus que cette maigre compensation. Si c’était
    aussi rose et aussi vert que ce que disent les rapporteurs, il n’y aurait pas autant de mouvements
    d’opposition partout dans le monde.
  7. Le BAPE et la CPTAQ sont-ils des garanties de protection ? Non, le BAPE n’a qu’un pouvoir de
    recommandation et la CPTAQ a accepté plus de 90% des demandes liées aux éoliennes. D’ailleurs, il y a
    au moins un endroit au Québec où les éoliennes installées sont plus puissantes que celles qui avaient été
    soumises au BAPE et qui avaient fait l’objet de l’étude d’impact. C’est une réalisation passée sous le radar
    du BAPE.
  8. Les règlements proposés par les MRC de Mékinac (RCI) et des Chenaux (schéma d’aménagement) sont
    copiés des autres règlements adoptés ailleurs au Québec pour des éoliennes plus petites et moins
    puissantes. Ils ne tiennent pas compte du projet de la multinationale. Les élus refusent d’y mettre un
    coefficient Distance-Hauteur-Puissance plutôt qu’une distance séparatrice fixe. C’est d’autant plus
    important que la plus haute instance en santé au Québec, de son propre aveu, n’a pas les données
    suffisantes pour se prononcer. Par ailleurs, ces règlements créent deux catégories de citoyens : ceux des
    villages qui seront protégés et ceux des rangs qui ne le seront pas à cause des distances réduites. Y a-t-il
    véritablement un danger pour l’eau potable ? Les élus de la MRC des Chenaux l’ont reconnu en adoptant
    un règlement pour protéger leurs sources d’approvisionnement en eau potable. Mais ces règlements ne
    protègent pas les puits privés. On le voit, ce sont plutôt des règlements incomplets qui briment les
    citoyens. Avec ses 24 ans d’expérience, le maire Labranche de Saint-Adelphe devrait le savoir.
  9. J’ai moi-même été la cible d’un pro-éoliennes. Il a mis fin à son intimidation lorsque j’ai menacé de
    porter plainte à la Sûreté du Québec et après avoir fait intervenir deux maires. Puis cet intimidateur s’est
    tourné vers une autre victime.
  10. Le soutien gouvernemental : Depuis plus de cinq mois, nous demandons une rencontre à notre
    député Sonia Lebel. Et cet été, nous avons aussi demandé une rencontre à notre député Champagne.
    Nos demandes restent sans réponse. L’intervention du député Boulet dans votre article est sa toute
    première publique dans le dossier, faite parce que vous avez communiqué avec lui.
  11. La transparence municipale : Depuis l’annonce du projet en novembre 2023, les MRC et les
    Municipalités n’ont organisé aucune séance d’information (outre la consultation d’avril 2024 sur le projet
    de RCI par la MRC de Mékinac et celle du 5 juin 2024 sur le projet de modification du schéma
    d’aménagement par la MRC des Chenaux) et n’ont diffusé aucune information (dates, compte-rendus,
    contextes) sur des rencontres ou formations qu’elles disent avoir eues ici et là. Certaines informations
    ont pu être soutirées lors des périodes de questions aux séances municipales mais qui se résument
    souvent par des « On ne peut pas en parler » et des « Faites-nous confiance », comme s’il fallait signer
    un chèque en blanc.
  12. Plus de 4000 personnes ont signé les pétitions qui ont circulé dans plusieurs municipalités. Combien
    de pro-éoliennes ont signé pour ne pas faire valoir leur position divergente, comme le croient le maire
    Blouin de Sainte-Thècle et la plupart des autres maires ? Même en appliquant la loi de Pareto du 80%
    20%, même en réduisant de 20% le nombre de signataires, les opposants sont encore en majorité. Saint
    Prosper est la seule municipalité à avoir organisé un véritable sondage qui a révélé que 84% des
    répondants étaient contre. Mettons-y une marge d’erreur de 20% si on veut, ça donne quand même une
    importante majorité d’opposants. Ce résultat est sans doute applicable aux onze autres municipalités.
  13. L’UPA Mauricie, comme d’autres régionales au Québec, s’oppose vigoureusement à l’implantation
    d’éoliennes en zone agricole. Chaque parcelle soustraite aux 2% de territoire agricole au Québec est une
    parcelle de trop. On ne peut se contenter de la vision à courte vue du maire Blouin. S’il n’y a pas de
    culture ou de pâturage aujourd’hui, il faut conserver tout le potentiel agricole avec une vision d’avenir.
  14. N’en déplaise au maire Blouin, les impacts sur la qualité de vie, sur les paysages, etc., seraient les
    mêmes si le promoteur était Hydro-Québec ou les Municipalités avec les Autochtones. Tout le monde est
    d’accord avec les éoliennes, mais pas en zone habitée ni en zone agricole. Qu’Hydro-Québec soit l’unique
    promoteur de l’éolien au Québec ? C’est ce que tout le monde ici souhaite. Que les Municipalités et les
    Autochtones soient partenaires ? Non. Je vous renvoie à ce sujet à l’intervention de Jean-François Blain
    lors des audiences de la Commission sur le projet de loi 69 à l’effet qu’il faut viser l’équité entre les
    instances municipales et non favoriser la compétition entre elles. L’Alliance de l’Est, dans son
    intervention devant cette commission, voudrait se présenter comme le modèle à suivre, mais monsieur
    Blain propose plutôt la création d’un fonds équitable de développement régional. Nous sommes de l’avis
    de monsieur Blain.
  15. Nous comprenons très bien, contrairement à ce que croit Éric Gauthier, que ce « projet-pieuvre » –
    l’expression est de Caroline Clément, préfète de Mékinac– est un ensemble lié. Nous avons fait nos
    devoirs, examiné la situation, consulté de la documentation et des experts. Rien de ce qui a été présenté
    par la multinationale ne nous a convaincu du bien-fondé de risquer le caractère public d’Hydro-Québec,
    notre potentiel agricole, la valeur économique de nos paysages et de nos propriétés, et la qualité de nos
    vies en campagne.
  16. Les redevances ne sont pas une solution équitable aux problèmes vécus en agriculture. Il y a plus de
    500 agriculteurs sur le territoire et seulement un sur cinq pourraient en bénéficier.
  17. Ajoutons à cela la problématique des résidents et des non-résidents. Derrière chez moi, là où des
    éoliennes sont projetées, 74% des terres appartiennent à des non-résidents du secteur. Ils peuvent
    décider d’imposer des éoliennes à leurs voisins-résidents, soit en signant avec la multinationale, soit en
    votant en faveur de l’implantation d’éoliennes puisque ce sont tous les propriétaires qui ont droit de
    vote et pas seulement les résidents.
  18. Retenons aussi qu’il n’est jamais question d’une seule éolienne, isolée, mais toujours d’un groupe de
    quatre à six éoliennes avec les autres installations diesel, ce qui multiplie sans doute les nombreux
    risques d’impacts.

Vous le voyez par cette longue épître, si vous étiez venu frapper à nos portes pour une entrevue, nous en
aurions eu long à vous répondre.

René Beaudoin, Sainte-Geneviève-de-Batiscan
Pour le collectif Toujours Maîtres chez nous – Mékinac Des Chenaux
Co-signataires :
Martine Cloutier, Sainte-Thècle
Carole Neill, Saint-Adelphe
Gaston Rivard, Saint-Adelphe
Isabelle Clément, conseillère municipale à Hérouxville
Dany Janvier, Contre la privatisation du vent et du soleil dans Mékinac Des Chenaux, RVÉQ citoyen de St
Adelphe
Dany Brouillette, Sainte-Geneviève-de-Batiscan
Chantale Desaulniers, Saint-Tite
Johanne Tremblay, Saint-Prosper
Yves Maurais, Saint-Tite
Yves Maurice, Sainte-Geneviève-de-Batiscan
Mathieu Ferragne, Saint-Maurice
Michel Magny, Saint-Stanislas
Guy Dessureault, Saint-Narcisse
Lise Mercier, Saint-Narcisse
Nathalie Lefebvre, Saint-Adelphe
Pierre Pouliot, Notre-Dame-du-Mont-Carmel
Jean Guilbert, Saint-Maurice
Denis Déziel, Saint-Narcisse
Annie Bédard, Sainte-Thècle
Ginette Gauthier, Saint-Narcisse
Serge Mathon, Sainte-Geneviève-de-Batiscan
Monique Bélanger, Saint-Narcisse
Claudette Piché, Sainte-Thècle
Monique Tremblay, Saint-Prosper
Jean-Claude Cyr, Sainte-Thècle
Gaétan Massicotte, Saint-Prosper
Nicole Lemay, Saint-Adelphe
Robert Desfonds, Hérouxville
Roman Pokorski, conseiller municipal, Saint-Adelphe
Cathy Gingras, Saint-Maurice
Alain Gagnon, Saint-Prosper
Pascal Baudelet, Saint-Maurice
Marie Dessureault, Sainte-Thècle
Pierre Baril, Saint-Narcisse
Karine Brouillette, Saint-Prosper
Normand Hamelin, Saint-Luc-de-Vincennes
Éric Noël, Saint-Prosper
Cornelia Jucker, Saint-Adelphe
Antoine Rousseau, Saint-Narcisse
France Laliberté, Sainte-Thècle
Pierrette Charest, Saint-Adelphe
Jean-Paul Rousseau, Saint-Stanislas
Michel Gauthier, Saint-Adelphe
Lucille Tessier, Saint-Stanislas
Louise Côté, Sainte-Geneviève-de-Batiscan
Sylvie Dessureault, Saint-Narcisse
Lina De Rossi, Saint-Stanislas
Chloé Germain-Thérien, conseillère municipale à Saint-Stanislas
David Dessureault, Sainte-Geneviève-de-Batiscan
Frédéric Krebs, Saint-Prosper

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