Claude Rochon
Jamais dans l’histoire passée et probablement future des territoires de nos MRC, une décision prise par quelques personnes n’aura autant d’impact sur l’environnement, la qualité de vie et même possiblement la santé des résidents.
Nos décideurs, en implantant à toute vitesse des projets éoliens, sont maintenant en train de saccager la minuscule zone densément peuplée du Québec, principalement située de part et d’autre du fleuve St-Laurent.
Le contrat que les promoteurs font signer aux agriculteurs, avant même d’avoir reçu une acceptabilité sociale, en est un de vingt ans renouvelable. En d’autres mots, ces projets pourraient perturber nos vies et créer d’immenses servitudes sur nos territoires pendant plusieurs fois vingt ans.
Subventionner des compagnies privées énergivores en leur octroyant des blocs d’énergie à un tarif industriel de beaucoup inférieur au coût de la nouvelle électricité produite est-il visionnaire? Au lieu de créer réellement de l’emploi, elles robotiseront probablement leurs entreprises et exporteront nos capitaux en nous laissant surtout les inconvénients et la pollution. Est-ce également en accord avec la nécessité de bien réfléchir collectivement à des décisions importantes concernant la surproduction et la surconsommation pour faire face aux changements climatiques?
Est-ce une bonne idée de concéder un territoire et 1150 MW d’électricité pour créer possiblement un quasi-monopole privé de la production d’hydrogène? Nous n’aurons probablement plus jamais les ressources électriques et territoriales pour soutenir un projet aussi mégalomane. Nous avons déjà à Bécancour une usine d’hydrogène qui, avec un bloc d’énergie plusieurs dizaines de fois inférieur, déclarait en 2021 être la plus grande usine de production d’hydrogène bas carbone en opération au monde. (1)
Était-ce également une bonne idée de céder à Northvolt d’énormes concessions alors que nous aurions pu, avec les spécialistes d’Hydro-Québec et de nos universités, développer une expertise dans la conception et la production de batteries? Une usine aurait pu être installée dans une région peu développée où le flot automobile et la densité des habitations sont beaucoup moins concentrés.
Les décideurs culpabilisent les opposants en prétendant qu’ils ne veulent pas faire d’efforts pour décarboner le Québec. Si on ne pouvait pas faire autrement, cette idée serait plausible. Selon Louis-Gilles Francoeur dans le Devoir du 26 février 2024, il serait pourtant possible de produire neuf fois plus d’électricité que le Québec en aurait besoin pour la prochaine décennie en développant des éoliennes autour des bassins hydroélectriques (2). C’est une région très venteuse, pourvue d’équipements et de personnel de surveillance en plus de corridors de transport de l’électricité produite. En prime, nous resterions toujours maîtres chez-nous!
Les pays qui essaient de se libérer des hydrocarbures, du nucléaire et du charbon constatent, après plusieurs années, que l’éolien ne réussit pas à les décarboner. (3) Ces énergies instables doivent être secondées par des centrales souvent alimentées avec du pétrole, ce qui a pour conséquence de maintenir et parfois d’accroître la production de CO². Nous sommes un des rares pays qui peut compter sur un immense potentiel de production hybride d’énergie propre permettant d’atteindre cet objectif de décarbonation sans saccager les territoires habités.
En encourageant les collectivités à investir elles-mêmes dans des projets éoliens, le gouvernement ne contribue-t-il pas à fractionner Hydro-Québec qui a réussi à maintenir jusqu’ici de bas tarifs et à partager avec nous ses profits? Il affaiblit en même temps la gestion efficace de nos multiples formes d’énergies.
Après une durée de vie des éoliennes estimée à vingt ans, les communautés auront à réinvestir continuellement dans ces projets. Ces sommes colossales étrangleront-elles les autres aspects de leur développement? Les énormes subventions suivront-elles le cours de l’inflation ou seront-elles encore au rendez-vous? Le démantèlement des tours des parcs éoliens (plus hautes que les 42 étages de la Place Ville-Marie), évalué actuellement à environ $450 000. par tour, sera-t-il assumé par de possibles nouveaux propriétaires étrangers ou en faillite, par les communautés en PPP (partenariat public-privé) ou par nos impôts?
Aujourd’hui, les changements climatiques essaient bruyamment de se faire entendre et la planète se porte mal. «Tous les moments de notre histoire récente ont partie liée avec l’avènement d’un capitalisme du désastre » (Naomi Klein). Il est opportun de lire son excellent livre «La stratégie du choc» qui décrit admirablement comment les adeptes de la théorie économique de Milton Friedman ont dépouillé plusieurs peuples de leurs biens collectifs et ont répandu le chaos ainsi que la pauvreté dans de nombreux pays. D’immenses cortèges d’immigrants ont dû quitter leur terre natale et tentent de trouver un refuge parce qu’ils ont été dépossédés de leur avoir par quelques profiteurs sans scrupules. Le nombre d’itinérants augmente dans pratiquement toutes les villes. Sans aucune compassion, des profiteurs se paient de gigantesques résidences secondaires sur des terrains de plusieurs kilomètres carrés. Est-ce le choix de société que nous voulons encourager?
Face aux changements climatiques, l’option de décroissance n’est même pas envisagée sérieusement tellement tout le monde est assiégé par des publicités constantes qui nous encouragent à trouver notre bonheur dans la surconsommation. Notre cupidité ainsi alimentée devient insatiable.
De plus en plus observés autour de la planète, les témoignages de problèmes de santé attribués aux éoliennes ne sont pas suffisamment considérés. On évoque des maux psychosomatiques alors que les animaux sont aussi affectés. Un principe de précaution minimale envers la santé n’est pas respecté. Notre système de santé, sans considérer ces risques majeurs, nous coûte déjà la plus grande partie de notre budget. Les slogans verts de cette industrie lucrative sonnent de plus en plus faux.
L’obligation de protéger notre territoire agricole a déjà eu comme conséquence de priver nos régions rurales d’un grand potentiel humain. Le résultat a été la fermeture de plusieurs écoles et commerces dans les petites municipalités. Le choix d‘envahir ces mêmes territoires avec de gigantesques éoliennes créera encore plus d’obstacles au développement futur de nos régions. De nombreuses zones devenant inhabitables ou peu convoitées se multiplieront nuisant à l’arrivée d’entreprises désirables et de nouveaux arrivants.
Les résidents de nos campagnes ayant choisi de réduire leur niveau de vie pour vivre au milieu d’une nature vivifiante se sentent maintenant dépossédés de leurs aspirations et des lieux qu’ils ont patiemment construits au cours des années. S’ils en ont les moyens, même à un âge avancé, certains songent maintenant à quitter. Sinon, ils se résignent à survivre dans un lieu devenu désolant.
Le principe de l’acceptabilité sociale est tellement dilué qu’il est devenu un leurre. Quelques décideurs font la sourde oreille face aux inquiétudes des citoyens et cherchent à imposer trop rapidement leurs décisions sans consulter adéquatement. Partout sur la planète, pour des intérêts financiers ou la prise de possession de territoires, on sacrifie l’humain.
C’est comme si les valeurs n’étaient plus humaines ou si la vie humaine n’avait plus de valeur.
Claude Rochon
résident de Mékinac
Références :
(3)https://www.youtube.com/watch?v=Vf9EbpzDvoY&ab_channel=DocumentaireetV%C3%A9rit%C3%A9



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