Un vent d’inquiétudes…

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Pierre Pouliot

J’ai demandé officiellement, le 11 avril dernier, une étude auprès de l’INSPQ sur les conséquences des bruits audibles et inaudibles des nouvelles éoliennes de grandes envergure, hauteur et puissance installées à proximité des résidences permanentes et des milieux de vie. Quelques échanges et ma demande sera finalement transférée, le 9 mai, auprès du CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec, plus spécifiquement à Mme Maude-Amie Tremblay pour l’équipe de santé environnementale. Aucune collaboration ou suivi à ma demande…

Est-on dans l’impossibilité au Québec de mener une telle étude sur la définition de nouvelles distances respectables et logiques compte tenu des attributs de ces éoliennes de nouvelle génération? Dans le contexte du développement rapide actuel et futur, de la multitude de projets éoliens annoncés dont plusieurs en développement présent mais dont chacun n’ayant encore aucune machine en service, quels pourraient être les raisons pour ne pas accepter de tenir une telle étude? Une demande semblable pourrait-elle être bloquée par nos gouvernements sous la pression de tous ces lobbyistes et partenaires profiteurs de ces projets?

Nous devons de plus tenir compte du rapprochement de ces parcs éoliens des milieux de vie et appréhendé dans le futur par l’encadrement du projet de loi 69 qui facilite l’accessibilité directe de ces industries productrices d’énergies vers une clientèle de proximité directe.

Comment des instances régionales et provinciales supposément renommées en santé et bien-être des citoyens peuvent-elles conclure et s’en tenir à de vieilles recensions d’études sur des dangers potentiels sur l’être humain alors que la première recherche en googlant «Infrasons Québec», nous amène à une revue documentaire très récente et complètement indépendante dont la conclusion des plus grandes instances mondiales convergent également pour dire que des études et des recherches supplémentaires doivent être entreprises.

Aucune volonté politique pour freiner ces développements anarchiques alors qu’à la grandeur de la province, l’un des commentaires qui revient le plus souvent est celui attribuable à la proximité de ces machines du milieu humain au niveau des dangers potentiels alors que certains parlent plutôt de dérangements et nuisances. Il faut remettre en question de façon absolue le contexte des études réalisées il y a une décennie et plus qui ne représentent plus d’aucune façon les caractéristiques modernes; tout reste à modéliser à nouveau. Ne serait-ce que de parler du bruit émanant… «On peut toutefois prévoir que plus une éolienne sera grosse, plus on l’entendra de loin. Plus elle est grosse, plus le 45 décibels va être atteint un peu plus loin. Ça peut être un enjeu si des municipalités réfléchissent par rapport à des éoliennes de 1 MW d’il y a quelques années alors que maintenant, ce sont des 7 à 10 MW que les promoteurs sont en train d’imaginer. La distance ne sera peut-être pas appropriée», prévient Mathieu Gauthier de l’INSPQ (La Tribune 21 Mai 2024).

Qu’arrive-t-il au Québec pour que nos directions sanitaires ne puissent prendre aucune initiative de vérifications sommaires de dangerosité potentielle pour le démarrage des premières mises en service?

Oui, nos instances vont sans doute recueillir les commentaires des promoteurs de ces projets privés qui disent nous assurer divers suivis… Bien que chacune des éoliennes du projet Apuiat ne soient que d’une puissance de 6 MW avec une mise en service prévue pour décembre prochain, trouvons une raison valable pour que nos autorités sanitaires ne puissent dépêcher sur les lieux un groupe d’ingénieurs acousticiens de façon à définir les premiers constats sommaires de proximité par rapport à la dispersion, projection et propagation des sons et bruits audibles (sans égard aux études d’infrasons d’étendue généralement plus complexes à réaliser) aux distances avancées par les fabricants et gestionnaires de projets. Vérification des modulations d’intensité et de fréquences par grand vent et caractéristiques du milieu (saison, mercure, humidité, pression atmosphérique, etc.). Espérant que nous ne sommes pas rendus pauvres à ce point de ne pas être en mesure de se payer ce genre d’étude même abrégée en attendant la plus grande et récente étude mondiale jamais réalisée jusqu’à maintenant.

Bizarre et pas juste un peu que Mme Emmanuelle Bouchard Bastien de l’INSPQ soit venue présenter le printemps dernier auprès de tous les médias sa mise à jour 2023 (recension) de «Éoliennes et santé publique» sans même faire mention du Projet PIBE en cours et de l’étude RIBEolH dont le calendrier devant s’établir du 1er janvier 2020 au 31 mars 2024 (4 ans) mais qui malheureusement lui aussi a été retardé par la COVID. Sous la gestion et coordination scientifique de Mme Anne-Sophie Evrard de l’Université Gustave Eiffel auprès de qui j’ai déjà obtenu quelques réponses, l’étude se déroule en deux phases ― Étude épidémiologique des effets du bruit éolien sur la santé humaine (qui inclura environ 1 200 riverains de parcs éoliens en France) et Étude psychoacoustique et physiologique des infrasons et sons basses fréquence

Sous le volet présentation, nous n’avons qu’à prendre connaissance du chapitre des résultats attendus au niveau des retombées pour la santé ainsi que des retombées scientifiques, celles-ci visant à mieux définir et permettront de constituer un ensemble de données de référence fiables pour la communauté scientifique mondiale.

Enfin une réponse sur la raison pour laquelle tous ces promoteurs de parcs éoliens sont si pressés de mettre en chantier. L’attente des résultats de cette étude est l’une des raisons même d’une demande de moratoire pour tout projet de parc éolien situé directement à proximité des habitations et des milieux de vie rapprochés.

Pierre Pouliot

Notre-Dame-du-Mont-Carmel

Cet lettre est parue également ici : https://www.lenouvelliste.ca/opinions/parole-aux-lecteurs/2024/08/17/un-vent-dinquietudes-N5JSRQOIYFEEVIOLHSE4ZSJNK4/

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