91,5 % de NON aux éoliennes: TES Canada tourne le dos à la démocratie

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91.5% Non aux éoliennes

18 septembre 2025

Le 14 septembre dernier, les citoyens de Saint-Maurice ont parlé: 91,5 % ont dit NON aux éoliennes. Un résultat historique, sans la moindre ambiguïté.


Normalement, on accueille un tel verdict avec respect, peut-être même avec humilité. Mais à peine l’encre du dépouillement séchée, le PDG de TES Canada, Éric Gauthier, est monté au front pour affirmer que la consultation était incomplète, car la compagnie n’y avait pas participé. Il remettait donc en cause la validité même du processus.

Rappelons que l’élaboration de la question référendaire et la tenue d’un référendum consultatif relèvent de la responsabilité municipale. Il appartient aux élus locaux d’en assumer l’entière légitimité. Le promoteur d’un projet n’a pas à s’ingérer dans ce processus démocratique. Sinon, on s’approcherait d’une forme de collusion entre les élus et le promoteur.


Deux poids, deux mesures

Au printemps dernier, à la suite de résolutions adoptées par les conseils municipaux de Saint-Stanislas-de-Champlain et de Saint-Prosper-de-Champlain refusant d’accueillir les éoliennes de TES Canada, le même M. Gauthier affirmait qu’il respecterait la position des conseils municipaux. Aujourd’hui, face à un référendum tenu dans les règles de l’art, où toute la population était appelée à se prononcer, son discours est nettement moins conciliant.

En novembre 2023, lors d’une conférence de presse à Shawinigan, il avait d’ailleurs déclaré que le projet verrait le jour seulement si l’acceptabilité sociale était au rendez-vous. Regrette-t-il maintenant ces paroles?

Un vote massif balayé comme un détail

M. Gauthier l’a dit sans détour: «Les résultats dans Saint-Maurice ne reflètent pas ce qu’on entend sur le terrain. Des centaines de citoyens nous demandent de réaliser le projet.» Or, plus de 5000 personnes ont signé les pétitions toujours en circulation contre le projet, et des centaines se sont prononcées lors du référendum. De quelles «centaines de citoyens» parle-t-il? Fait-il référence aux 777 personnes évoquées dans leur étude d’impact? Ces 777 appuis auraient-ils plus de poids que les 937 citoyens de Saint-Maurice ou les 5000 signataires de la pétition? Existe-t-il une réalité parallèle où la majorité voudrait accueillir les éoliennes?

Avouons-le: c’est insultant. On parle d’un référendum officiel, démocratique, où les citoyens ont eu la chance de s’exprimer clairement. Ce n’est pas un pseudo-sondage «scientifique» ni une impression générale, mais un résultat concret. Quand 9 personnes sur 10 te disent NON et que tu prétends que c’est OUI: c’est du déni.

Le mot magique: «pas dans ma cour»

Pour justifier ce déni, le PDG a sorti le grand classique: les opposants seraient un mouvement «pas dans ma cour» plus vocal que les autres. Or, un référendum n’est pas une question de décibels.

En clair, les citoyens ne seraient pas contre les éoliennes, mais simplement trop égoïstes pour ne pas en vouloir près de chez eux. Peut-être même trop ignorants ou «analphabètes» pour en reconnaître les bienfaits.Ce raccourci est commode: il évite de répondre aux véritables inquiétudes. Car le résultat du référendum ne reflète pas un petit caprice de voisinage. C’est un rejet collectif d’un modèle de développement imposé d’en haut, qui gruge des terres agricoles et forestières, menace notre patrimoine paysager et nos nappes phréatiques, et privatise une ressource publique.


Traiter 91,5 % d’une population de «pas dans ma cour», c’est non seulement faux, c’est méprisant. Ce n’est pas une poignée de voisins grincheux: c’est une collectivité qui défend son territoire.

Les milliards qui font oublier la démocratie

Pour faire passer la pilule, TES Canada brandit des chiffres mirobolants 5,6 milliards en retombées, 4350 emplois, un demi-milliard en redevances. Qui pourrait être contre le «progrès» et l’argent frais?

Mais soyons lucides: ce ne sont que des promesses, pas des garanties. On a déjà vu ce film: des projets qui annonçaient des milliers d’emplois et qui n’en créaient que quelques dizaines, temporairement. Des redevances municipales qui paraissaient généreuses sur papier, mais qui se révélaient minimes une fois partagées et comparées aux profits astronomiques des promoteurs. Pendant ce temps, les impacts sur le territoire, eux, sont bien réels et irréversibles.

Le BAPE comme échappatoire

Autre argument de M. Gauthier: seul le BAPE serait légitime pour juger du projet. Le référendum, lui, ne serait qu’une «consultation incomplète».


C’est inquiétant: pour une multinationale, le verdict démocratique d’une municipalité ne vaut donc rien. Ne compteraient que les processus où l’entreprise peut contrôler son discours, embaucher des experts à grands frais, présenter des chiffres avantageux, et se retrouver devant quelques commissaires dont les recommandations peuvent être ignorées par le Conseil des ministres.

Or, le BAPE n’a pas pour mandat de mesurer l’acceptabilité sociale. Seuls les citoyens peuvent juger de l’acceptabilité d’un projet qui transformera leur quotidien pour les 30 prochaines années. Quand on balaie d’un revers de main le vote d’une collectivité, ce n’est pas seulement un projet énergétique qu’on impose: c’est une profonde arrogance envers la démocratie locale.

Conclusion: NON veut dire NON

L’histoire de Saint-Maurice dépasse largement le dossier des éoliennes. Elle pose une question fondamentale: la démocratie locale a-t-elle encore un sens au Québec ?

Si la voix claire, nette et sans appel d’une population peut être balayée au nom de promesses économiques, il faut avoir le courage de le dire: vos votes ne comptent pas. La consultation n’est qu’un leurre, un simulacre de considération. Mais qu’on ne vienne pas, ensuite, se plaindre que les citoyens décrochent de la politique, que la colère monte, que le cynisme explose.

En Mauricie, 91,5 % des citoyens ont dit NON. Et dans une démocratie digne de ce nom, NON veut dire NON. Point final.


Carole Neill et René Beaudoin, porte-paroles du collectif citoyen Toujours Maîtres chez nous


Cet article est paru également dans Le Nouvelliste. : https://www.lenouvelliste.ca/opinions/parole-aux-lecteurs/2025/09/18/915-de-non-aux-eoliennes-tes-canada-tourne-le-dos-a-la-democratie-APYQDO6TT5ELLF2TEY5KEQBY6Q/

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