Gaston Rivard
Il semble que la fracture ne cesse de croître entre les élus et les citoyens. Quant à TES Canada, il est l’épine dans le pied des uns et le caillou dans la chaussure des autres.
La neutralité ou l’impartialité?
Il fut entendu lors du dernier conseil des maires de Mékinac que la neutralité « ce n’est pas une loi, ce n’est pas un règlement, c’est un front commun de rester neutres ». Que faut-il comprendre de cette affirmation? Que la neutralité est seulement une attitude, ou bien que la neutralité est le véritable état d’esprit de nos maires? J’ose espérer qu’elle n’est ni l’une ni l’autre. La première hypothèse réduit toute assemblée publique à un vain jeu du paraître car il s’avère impossible de connaître ce qui se cache derrière l’attitude. Cette hypothèse nie tout dialogue véritable, car comment pouvons-nous confronter des points vue, des idées avec quelqu’un qui se cache derrière une attitude et ne révèle jamais sa pensée? Comment dénouer un litige si ce qui est entendu n’est pas débattu? Il y a là un véritable paradoxe.
Quant à la deuxième hypothèse, celle où il s’agit d’une neutralité de l’esprit, elle fait peur parce qu’elle a pour corollaire immédiat celle de la neutralisation de la volonté. La neutralité de l’esprit inhibe tout velléité d’agir. Elle laisse le champ libre aux puissants : des interlocuteurs comme TES Canada. Elle entérine l’absence presque complète de résistance à toute force venant interagir, elle cède par son refus de réaction. La neutralité de l’esprit, même lorsqu’elle ne se traduit pas par une absence complète d’esprit critique, est une concession à la plus grande des forces en présence. La neutralité consiste à plier les genoux devant le plus fort.
La neutralité n’appelle pas la réaction, elle accepte aussi bien, et sans nuance, les maux et l’argent. Elle obéit ainsi à sa nature passive. Comment pourrait-elle déboucher sur une prise de décision? La neutralité conduit les élus à l’abdication de leurs responsabilités.
On peut faire preuve de neutralité lorsqu’une situation ne nous concerne pas, ne nous affecte pas, n’a aucune incidence sur notre être et notre avoir, lorsque nous évoluons en marge d’un débat ou d’un conflit. Mais cette position est indéfendable lorsqu’on peut être à la fois l’agent, et le bénéficiaire ou la victime, d’une décision. Que l’on soit partie prenante, ou que l’on soit pris à partie, oblige à sortir de la neutralité. Les élus ne sont pas les spectateurs impassibles d’une opposition entre TES Canada et les citoyens, bien au contraire ils en sont les arbitres, et les arbitres font respecter les règles. Plus, ils sont les représentants des citoyens et à ce titre mandater pour les défendre.
La confusion entre neutralité et impartialité est ici manifeste? La neutralité ne réfléchit pas, n’agit pas et subit; l’impartialité consulte, enquête, réfléchit, dialogue, informe et oriente.
Espérons qu’il ne s’agit que d’une erreur de terminologie de la part de nos élus et que dans les faits ils essaient d’être impartiaux, car une autorité qui revendique la neutralité se résume à une autorité sans pouvoir?
Au-delà de cette terminologie qui a peut-être le malencontreux effet d’envenimer le débat par la confusion qu’elle engendre, il n’en demeure néanmoins un fait : le dialogue passe mal entre les élus et la population.
Nos maires s’expriment
Tout récemment 3 maires se sont exprimés par des écrits publics. Des papiers dont le témoignage est d’inégale valeur. Un nous révèle pour la première fois, le travail accompli, les orientations de ce travail et une certaine perspective des actions à venir. Un second interroge l’État, interpelle les ministres et veut des réponses. Un troisième, sans révéler rien des enjeux en cours, se lance indistinctement dans un procès à charge contre les citoyens. Ces derniers seraient en grande partie responsables du climat insalubre du dialogue entre les élus et eux. Sans doute parce que les citoyens n’écoutent pas la bonne parole qui leur est prodiguée à chacune des rencontres mensuelles et cela depuis le mois de janvier 2024. Le ton se fait parfois acrimonieux. Ces accusations gagneraient à être nuancées.
On laisse entendre que si tout va mal, les citoyens en sont responsables. Faudrait-il que ces derniers aient une confiance aveugle en nos élus municipaux dont le mutisme est éloquent, en TES Canada qui ne nous veut que du bien parce qu’il va sauver la planète et le genre humain, et enfin en la CAQ, qui par son bras armé Fitzgibbon, dénigre tout compétence à nos spécialistes de l’énergie pour l’attribuer aux entrepreneurs privés dont la réussite financière devient gage de vérité. Est-ce donc là la marche à suivre qu’on propose aux citoyens? Tout un programme : bandez-vous les yeux, bouchez-vous les oreilles, le temps arrange les choses.
Les élus ne peuvent simultanément dire que le temps presse et qu’il faut leur donner du temps. Ne serait-il pas plus exact de dire qu’il est urgent qu’ils se donnent du temps. Telle est la fonction du RCI « Le règlement de contrôle intérimaire est donc un outil préventif instaurant un contrôle susceptible d’être ajusté, par une modification ultérieure, à l’issue de la démarche de planification ou de l’examen d’un projet concret »[1]. Le RCI est donc là pour stopper l’action intrusive de TES Canada susceptible d’engager la MRC de manière irréversible, afin que la MRC se dote du temps nécessaire à sa compréhension, une compréhension acquise sans précipitation. Il me semble que ce bout de phrase « à l’issue de la démarche de planification ou de l’examen d’un projet concret » indique clairement que les mesures permissibles, si elles ont lieu d’être, viennent au terme de l’étude du projet. L’élaboration d’un RCI n’a nullement besoin de connaître « les emplacements exacts des éoliennes », ni d’attendre « l’étude d’impact environnemental complète » comme on l’entend parfois. Le RCI est une règlementation préventive qui vient en amont de tout projet.
Pas ou peu de dialogue
Selon les dires de M. Labranche, maire de Saint-Adelphe, plusieurs des élus sont « usés par les séances du conseil, par les questions répétitives, les accusations gratuites et souvent, le mépris des opposants au projet de TES qui font des amalgames et qui affirment que «tout le monde» pense comme eux ». Nous aussi nous sommes présent à ces séances et croyez bien que le mutisme auquel nous somme confronté nous use également. Si les questions sont répétitives – du fait que les points cruciaux ne sont pas si nombreux – les réponses sont, elles, répétitives, évasives, éludant les questions. Il est tout de même curieux que le projet de TES Canada n’ait jamais été à l’ordre du jour! Si nous n’avions posé aucune question, il est fort probable que nous n’en n’aurions pas entendu parler. Si l’acceptabilité sociale, selon les recommandations du gouvernement provincial, s’acquière lorsque les élus informent et écoutent la population, travaille de concert avec elle, et cela en amont des projets, il faut croire que les citoyens ne peuvent être tenus responsables de cette absence de dialogue.
Les opposants n’ont pas de mépris pour le projet de TES Canada, ils s’inquiètent à juste titre d’un projet de 130 éoliennes de 200 mètres en zone habitée, et tout particulièrement dans la municipalité de Saint-Adelphe où l’on prévoit entre 20 et 29 éoliennes, voire plus de 45 si on inclut les zones limitrophes des municipalités avoisinantes. Et tout cela avec un RCI répondant plus à la description du projet de TES Canada qu’aux exigences minimales pour la protection de la population dont ce devrait être la principale préoccupation. À titre d’exemple, une distance de 700 à 800 mètres entre ces éoliennes monstres et une résidence est tout simplement indécente.
Enfin, les opposants n’ont jamais affirmé que « tout le monde pense comme eux », ils portent témoignage toutefois que plusieurs pensent comme eux, et ils enquêtent pour savoir combien pensent comme eux. Je crois par contre que M. le maire présuppose que plusieurs pense comme lui.
Les opposants ne croient pas que « les parcs éoliens représentent le mal incarné », par contre ils croient qu’il est mal de les établir dans un milieu habité et qu’il est fou de croire que les nuisances engendrées n’auront pas d’impacts.
Il y a bien un point toutefois sur lequel nous sommes d’accord avec M. Labranche : « si on se contente de parler sans jamais écouter, on ne s’entendra pas »
Pour en finir avec cette neutralité qui dore le blason de la majorité de nos élus, laissez-nous vous dire que pour un regard extérieur – puisque tout est secret sous le couvert de la neutralité – il semblerait qu’elle « neutralise » avec moins de succès la marche effrénée de TES Canada qui veut s’emparer de notre territoire que celle des citoyens. Cette neutralité, tout à coup, par une curieuse alchimie, paraît se polariser au contact de TES Canada et irradier dans le même sens?
Dans le débat social il est intolérable que l’élu tergiverse. Sa fonction exige qu’il prenne position. C’est la raison d’être de sa fonction.
Gaston Rivard Saint-Adelphe
Cette lettre est parue également ici :



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