Par Claude Michaud, 22 octobre 2025
Bonsoir à toutes et à tous,
Depuis plus d’un an, je m’implique dans le dossier des éoliennes industrielles en milieu habité et agricole, d’abord à l’échelle municipale, puis régionale, et aussi nationale. Avant ça, j’ai travaillé sur un autre dossier qu’on a peut-être un peu oublié aujourd’hui : celui des gaz de schiste.
Ce qui rend le dossier actuel si fascinant et, disons-le, parfois décourageant, c’est qu’il a fallu se battre non pas contre de grands promoteurs étrangers, mais contre ceux-là mêmes qui sont censés nous défendre : en premier lieu nos élus municipaux, et ensuite, notre MRC.
Celle de Marguerite-d’Youville, dans notre cas, a déployé des trésors d’imagination pour manipuler le message, pour façonner la perception publique. Une autre manifestation plus qu’éloquente que le vocabulaire, la formulation des phrases, la manière de présenter les choses deviennent des armes redoutables. Rien de nouveau sous le soleil : depuis des siècles, voire des millénaires, les mots servent à orienter la pensée. Et aujourd’hui, votre publication vient justement nous rappeler à quel point cette réalité demeure actuelle, pour le meilleur et pour le pire.
Prenons quelques exemples concrets dans le dossier des éoliennes :
D’abord, « l’acceptabilité sociale ». Une expression magnifique, presque poétique. Mais qu’est-ce que ça veut dire, au juste ?
Ça veut dire : « Nous allons prendre les moyens pour que ceux qui s’opposent ne contaminent pas ceux qui ne s’y intéressent pas ou qui ne savent pas encore. »
Ça veut dire également : « Nous éviterons le mot éolienne dans toutes nos communications, et nous appellerons notre initiative Courant collectif. ». Qui peut s’opposer à un tel courant ?
Et ça veut dire, enfin, que sur les 915 000 $ dépensés par la MRC en deux ans dans ce projet, une part importante est allée à des consultants spécialisés… non pas en énergie, mais en communication stratégique. Des experts dans l’art d’amener la population à ne pas s’opposer.
Deuxième exemple : « Les citoyens seront consultés ». On l’a entendue et on la connaît cette phrase.
Tout a commencé en janvier 2025. Dans un libellé volontairement flou, nos élus municipaux ont voté un règlement qui les amenait à renoncer à leur droit de légiférer sur l’installation d’éoliennes sur notre territoire, pour transférer ce pouvoir à la MRC et aux 6 maires qui en ont le contrôle.
Et le plus ironique, c’est que notre maire, qui est aussi le préfet de la MRC de Marguerite d’Youville, lorsque questionné par des citoyens lors des séances du conseil, répondait que ce n’était pas le bon endroit pour en discuter… puisque la compétence relevait maintenant de la MRC ! Un peu plus, et il nous disait qu’il allait en parler au préfet lors de leur prochaine rencontre…
Et puis, il y a cette fameuse phrase : « Il n’y a pas de projet » Celle-là, c’est la préférée des promoteurs.
On nous disait : « Ne vous inquiétez pas, on vous consultera lorsqu’il y aura un projet. »
Traduction : « On vous mettra devant un fait accompli. Et quand on vous consultera, les contrats auront déjà été signés. »
Heureusement, dans notre cas, le dénouement a été favorable. Le territoire de la MRC de Marguerite-d’Youville se trouve au cœur de la zone d’entraînement des écoles de pilotage de l’aéroport de Saint-Hubert. Et grâce à NAV Canada et Transport Canada, il y a une dizaine de jours le projet a fini par buter sur des contraintes aériennes plutôt que citoyennes.
Mais au-delà de la colère et de la frustration, il y a un côté profondément positif à tout ça. Ce combat a provoqué une mobilisation citoyenne extraordinaire : des regroupements se sont créés : municipaux, régionaux, nationaux…
Des actions concrètes : des comités de réflexion, des pancartes, des rencontres d’information ouvertes à tous, et un grand colloque en juin dernier à Trois-Rivières, organisé par le Regroupement Vigilance Énergie Québec. Ainsi que bien d’autres actions locales et régionales.
Un peu comme il y a 15 ans, à l’époque des gaz de schiste, j’ai retrouvé une famille de valeurs et de pensées : des agriculteurs, des experts en droit civil, en environnement, en ingénierie, en conservation de la faune, et surtout, des citoyens ordinaires mais déterminés à travailler pour le bien commun.
Des gens qui réfléchissent aux enjeux globaux, qui croient à la concertation, à l’échange, et qui n’oublient pas une chose essentielle : les élus sont redevables à ceux qu’ils représentent.
Pierre Thibault et François Cardinal ont intitulé le livre qu’ils ont coécrit : « Et si la beauté rendait heureux » et c’est un peu là d’où je veux en venir. Parce que tout ça, finalement, a beaucoup à voir avec la beauté : celle de nos villages, de nos paysages, de nos relations humaines, de ces échanges simples entre voisins et voisines, entre gens de bonne volonté.
Dans un monde où bien des choses semblent nous échapper, où les grandes décisions se prennent loin de nous, je crois que ce qu’il nous reste de plus précieux, c’est l’action locale, la solidarité, le dialogue. Ces petits gestes qui, pris un à un, peuvent sembler dérisoires mais ensemble, deviennent une force réelle, contagieuse même — du moins, je l’espère.
Mon plus grand rêve, aujourd’hui, ce serait que tous ces gens que j’ai croisés au front au fil des années — dans le dossier du gaz de schiste, du port de Contrecœur, de la démolition du patrimoine bâti, ou des éoliennes industrielles — que ce soient eux, un jour, qui prennent les rênes du pouvoir municipal. Celui qui est le plus proche de nous, les citoyens.
Et croyez-moi, même si je ne suis pas candidat cette fois-ci, j’y travaille, au mieux de mes compétences, et avec la conviction que la beauté, la vérité et la participation citoyenne sont les seuls vrais moteurs du changement durable.
Merci.



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