Comment pouvez-vous encore vous regarder dans le miroir, M. Gauthier ?

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Lettre de Dany Janvier à Éric Gauthier

Par Dany Janvier, documentariste et citoyen concerné


Depuis le départ, M. Éric Gauthier, président de TES Canada, affirme que son projet vise à décarboner le Québec grâce à la production d’hydrogène vert. C’est sur cette promesse qu’il tente de bâtir sa légitimité. Or, aujourd’hui, il s’entête à maintenir la construction d’un parc de 133 éoliennes industrielles de plus de 200 mètres de haut, réparties dans deux MRC rurales habitées, alors même qu’il admet que ce volet n’était pas son premier choix.

Rappelons-le : TES Canada avait d’abord demandé à Hydro-Québec de fournir l’énergie pour son électrolyseur. Devant le refus partiel (150 MW accordés sur les 500 demandés), l’entreprise a été « encouragée » à développer son propre parc énergétique. Et aujourd’hui, même si Québec revenait sur cette décision, M. Gauthier refuse de laisser tomber les éoliennes. Pourquoi cet entêtement, sinon pour maintenir un levier économique déguisé en écologie ?

Comment pouvez-vous encore vous regarder dans le miroir, M. Gauthier, en vous présentant comme un acteur de la transition écologique, tout en forçant un projet destructeur sur des territoires qui n’en veulent pas ? Le respect du territoire et de ses habitants n’est pas à géométrie variable.

Et surtout : ne parlez pas d’acceptabilité sociale. Ce n’est pas en signant des ententes individuelles avec quelques propriétaires ni en offrant un petit 1000 $ pour accéder aux terrains nécessaires à votre étude d’impact que vous obtenez un réel consentement collectif. Ce que vous appelez « acceptabilité sociale », c’est une façade. Une mise en scène. Rien d’autre.

Le Collectif Toujours Maîtres chez nous Mékinac–Des Chenaux, appuyé par les maires des deux MRC concernées, a demandé à la ministre de l’Économie, Christine Fréchette, de réattribuer les blocs d’énergie inutilisés à TES Canada, afin de permettre l’abandon pur et simple du volet éolien. Et pour cause : le parc industriel que vous voulez nous imposer menace notre patrimoine paysager, notre tissu social, notre biodiversité et nos forêts, qui, elles, contribuent déjà à la décarbonation.

Voici ce qu’écrit le Collectif dans sa lettre à la ministre :

« Si le promoteur et les gouvernements provincial et fédéral croient qu’il s’agit d’un élément clé pour la “transition énergétique” et que le projet en question peut être réalisé sans l’injection de fonds publics, l’abandon du volet éolien créerait sans conteste une meilleure acceptabilité sociale. »

« Nous vous demandons donc respectueusement mais fermement […] de mettre fin au développement du parc éolien envisagé dans le cadre du projet Mauricie. Cette réorientation serait la seule décision à même de rallier la population, de préserver la paix sociale, et de garantir une transition énergétique équitable et enracinée dans les volontés locales. »

Mais vous, M. Gauthier, persistez. Vous parlez de permutations, de redéploiement, comme si tout cela n’était qu’un jeu d’échec. Mais ce ne sont pas des pions que vous déplacez : ce sont des forêts entières, des espèces vulnérables, des communautés humaines et des paysages vivants.

Et pendant que vous peignez votre projet aux couleurs de la transition, nous voyons surtout une opération financière masquée sous une rhétorique écologique. Vous détruisez sous prétexte de sauver. Vous imposez sous couvert de consultation. Et vous appelez cela du progrès.

Ce n’est pas un projet vert. C’est une stratégie d’appropriation industrielle du territoire.
Et c’est une insulte à notre intelligence.

Nous ne sommes pas des opposants au progrès, mais à la bêtise humaine.
Cessez d’insulter notre intelligence collective. Nous ne sommes pas dupes.

Nous sommes les protecteurs de notre territoire, de nos ressources et de nos paysages patrimoniaux.
Nous sommes des récepteurs sensibles. C’est ainsi que vous nous qualifiez dans vos pseudo-études d’impact.

Et nous ne vous laisserons pas raser nos racines. Non à votre projet destructeur, maladroitement repeint en vert sale.

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