Gaston Rivard
Je ne connais pas M. Thompson. Je ne connais rien de sa vie privée. L’homme m’est inconnu et si sa dignité est blessée, j’ose le croire sincère et peux comprendre sa démission. Par contre, il m’est impossible de rester indifférent à ses propos. Ceux-ci me sont adressés.
Ils s’adressent, en fait, à tous ceux qui, honnêtement, refusent de voir une compagnie privée envahir leur territoire et le défigurer à tout jamais sous prétexte de participer au sauvetage de la planète alors que rien jusqu’à maintenant ne confirme les prétentions de TES Canada. Il est rare que l’entreprise privée fasse dans l’humanitaire, et il semble bien que ce soit encore le cas cette fois-ci.
«Il n’y a plus de dialogue possible», nous dit M. Thompson.
À ce que je sache, si le dialogue fut impossible, c’est parce que nous n’avons pas trouvé d’interlocuteur pour répondre à nos questions. Dès les premières séances des conseils, il était évident qu’on accordait peu de crédit à notre démarche. On nous demandait d’attendre patiemment que les choses suivent leur cours, que tout se déroulait comme prévu, que la CPTAQ veillait, que le BAPE viendrait et qu’enfin nous pourrions nous exprimer.
Nous étions à leurs yeux les «30 citoyens qui pensent que les 1400 autres sont comme eux» selon M. Thompson. Il ne faut pas être un grand mathématicien pour comprendre que nous sommes plus que 30. Et un piètre statisticien pour croire que les 1400 autres accueillent unanimement ce projet comme un don du ciel.
Que le «débat a pris un caractère irrationnel, déplorant l’impossibilité d’entretenir une discussion constructive avec les opposants». De discussions constructives, il est certes vrai qu’il n’y en a guère. Il faudrait toutefois connaître ce que M. Thompson entend par irrationalité pour déterminer qu’elle n’affecte qu’un camp, celui de l’opposition.
Par contre, lorsqu’on ne donne aucune information sur un projet de cette envergure, et ce depuis quatre mois, cela n’est peut-être pas irrationnel, parce qu’il y a sans doute une raison à ce silence, mais si raison il y a, il est facile d’en conclure que ce silence est intentionnel.
S’il est d’avis qu’aucune discussion n’est possible à propos des éoliennes et de TES Canada, j’imagine que ce constat et cette opinion ne datent pas d’hier. Une telle pensée, devrais-je dire un préjugé, peut-elle engendrer une attitude propice au dialogue? J’en doute fortement.
Pour la création d’un parc éolien – et celui dont on parle est composé de 140 éoliennes industrielles de 200 mètres de haut – il est hautement recommandé, selon la documentation même du gouvernement, de freiner les ardeurs des promoteurs en se dotant de mesures préventives contraignantes afin de se donner le temps nécessaire à la compréhension du projet et de ses impacts sur le territoire et sa population.
Et si M. Thompson «déplore néanmoins la stratégie de communication déployée par le promoteur, qui a rapidement amené les citoyens à se braquer», ce constat aurait dû conduire la MRC à justement se doter d’un RCI répondant aux recommandations du gouvernement afin d’obtenir le temps nécessaire à la réflexion sans subir la pression du promoteur. Il faut toujours agir en «amont du projet» selon la documentation gouvernementale afin de déterminer s’il est viable.
«Ça nous prenait plus de précisions… On ne pouvait pas se prononcer sur des affaires qu’on ne connaissait pas. C’est ce qu’on disait aux citoyens: “laissez-nous le temps”… mais ils n’ont pas voulu nous laisser le temps.» Ce n’est pas à nous qu’il fallait demander ce temps M. Thompson, mais à TES Canada. Présentement, c’est lui qui impose sa cadence et cela est inacceptable. Il est urgent de lui enlever la possibilité d’engager des procédures irréversibles qui obligeraient la MRC et sa population.
Ce temps permettrait aux élus de s’informer impartialement, non seulement auprès de TES Canada et des différents ministères, mais également auprès d’autorités compétentes n’ayant aucun lien de près ou de loin avec ces deux sources et, parallèlement à cette démarche, informer et travailler de concert avec la population.
Quant aux «documents confidentiels » qu’on aurait mis «dans les mains de groupes contestaires », ils me sont inconnus. Ils n’ont sûrement pas beaucoup voyagé.
« Et les médias sociaux, où chacun est réconforté dans ses croyances, et où les propos injurieux deviennent la norme, ne font rien pour arranger les choses. »
Il faudrait quand même faire une distinction entre réseaux sociaux et recherche impartiale d’information. Nous ne nous nourrissons pas seulement de ces réseaux, mais je tiens à souligner que le site «Contre la privatisation du Vent et du Soleil dans Mékinac–Des Chenaux» initié par M. Dany Janvier a plus contribué à mettre en lumière la véritable nature du débat entourant le projet de TES Canada que ce qui a pu transpirer de quatre mois de présence assidue aux assemblées des conseils municipaux et régionaux.
Nos élus ne peuvent ignorer l’ampleur de ce projet et les lourdes conséquences dont il est porteur, pourtant il n’en est guère question lors des assemblées. Ce n’est d’ailleurs peut-être pas l’endroit idéal pour réaliser cela, mais puisque nous n’avons eu droit à aucune rencontre d’information impartiale venant de leur initiative, rencontre polarisée par des intervenants issus de différents milieux et présentant le pour et le contre, il ne nous reste plus que les assemblées des conseils municipaux et régionaux pour nous exprimer.
Nous voulons seulement que ce projet ne soit pas traité à la légère et que la population soit dans un premier temps véritablement informée, puis dans un deuxième temps consultée. Ce fut l’intention première des différentes rencontres organisées par les citoyens: pallier cette lacune.
Pour ce qui est de son diagnostic médical: «Pour l’Institut national de santé publique, il y a le syndrome de pas dans ma cour, mais il y a aussi le syndrome de l’éolienne qui existe, qui est nouvelle et qui est un phénomène qui fait que les gens craignent certaines structures surtout de structures à 200 mètres de hauteur.»
La facilité avec laquelle on diagnostique chez autrui le «syndrome de pas dans ma cour» est presque toujours corrélative de l’ignorance de ce qu’on met dans cette cour. J’aimerais que l’Institut national de la santé publique enquête sur le cas des gens qui ne s’interrogent pas, ou ne sont pas inquiets lorsqu’on impose une éolienne de 200 mètres dans leur cour.
Je profite de cette tribune pour rappeler, comme l’affirme M. Yvon Bourassa, qui a agi comme préfet par intérim, que si les « élus municipaux vivent actuellement une période chargée et lourde émotionnellement » les citoyens sont dans le même cas.
Gaston Rivard
Saint-Adelphe
Cette lettre est une réponse aux propos tenus par le maire démissionnaire d’Hérouxville et ex-préfet de la MRC de Mékinac.
La lettre a paru également ici : https://www.lenouvelliste.ca/opinions/parole-aux-lecteurs/2024/04/20/tes-canada-un-projet-clivant-45XOQCSNUFBH7M7TTGUPSV5R2A/



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