Arrêtons de confondre prudence et neutralité !

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Isabelle Clément

Je voudrais réagir aux propos de Caroline Clément Mairesse de Grandes-Piles et préfète de Mékinac et d’Eric Blouin, maire de Sainte-Thècle.

Tout d’abord, ça fait du bien de lire des élus dire enfin quelque chose. C’est la première fois que ça arrive depuis le début de ce projet. Mieux vaut tard que jamais!

Je retiens de l’intervention de Caroline Clément sur sa page Facebook et d’Éric Blouin dans son mot du Maire qu’ils reconnaissent que le dossier TES Canada n’a pas été amené à la population de la meilleure façon qui soit et qu’ils se sont sentis coincés. J’entends qu’ils souhaitent un meilleur projet pour leur communauté. Je lis aussi que Caroline Clément trouve difficile de se faire prêter des intentions et que les élus se sentent dans une position difficile. Enfin, je suis heureuse de lire que tous les maires de Mékinac sont contre la privatisation d’Hydro-Québec.

Je reste en désaccord sur le point de la neutralité. Les élus n’ont pas de devoir de neutralité. Au contraire, ils sont appelés à se prononcer sans cesse sur tous les sujets. Ils vont d’ailleurs bientôt voter sur un nouveau projet de RCI (règlement de contrôle intérimaire). Un vote est une prise de position.

Chaque résolution prise chaque mois dans nos conseils est une prise de position. Nous agissons toujours dans ce que nous pensons être l’intérêt commun d’une majorité.

Pourquoi tout d’un coup avec le projet de TES Canada, faudrait-il changer cette manière de faire ?

Il ne faut pas confondre neutralité et prudence. Or le devoir de prudence, lui, est écrit noir sur blanc dans le code d’éthique des élus municipaux. Avec un projet gigantesque comme celui de TES Canada, on doit errer dans le sens de la prudence. Et la prudence, ce n’est pas la neutralité. Si je suis sur l’autoroute et que je vois un accident au loin, la prudence n’est pas de me mettre au neutre, de lâcher le volant et de fermer les yeux. La prudence, c’est de m’arrêter le plus tôt possible et de me ranger sur le côté de la route. C’est faux de prétendre que la neutralité permet d’avoir une vision équilibrée. La neutralité, c’est l’inaction. C’est donc laisser les autres agir. Et en laissant TES Canada et le gouvernement du Québec agir, on sait exactement ce qui va se passer. La neutralité place les maires et la préfète en position de victimes. Victime des opposants, victime du gouvernement, victime de l’entrepreneur. Mais dans la réalité, ce sont les citoyens qui se retrouvent en position de victimes.

Les élus parlent par résolution. Quelles résolutions ces élus ont-ils fait passer pour démontrer leurs inquiétudes et défendre leur territoire? Est-ce que le dernier projet de RCI de la MRC fait preuve de prudence ou est-ce qu’il ouvre plutôt toute grande la porte au promoteur ?

Peut-on dans ces conditions en vouloir aux citoyens de leur prêter des intentions ?

Les citoyens ont besoin de les entendre, mais surtout de voir que des actions sont posées.

J’ai été sidérée d’entendre Caroline Clément dire en entrevue à Radio-Canada que même si la population se prononçait par référendum à 100% contre le projet, ça ne servirait à rien contre un gouvernement qui ne veut rien entendre. Comment est-ce qu’on peut être une élue et ne pas reconnaître la légitimité d’un processus démocratique?

Si le gouvernement de la CAQ veut continuer de piétiner la démocratie pour jouer au valet des grandes entreprises, il faut lui en laisser l’odieux. Le devoir de l’élu est de défendre la démocratie coûte que coûte et de mettre en place des mesures pour la favoriser. Je ne travaille pas pour le gouvernement du Québec : je travaille pour les citoyens.

Et si le gouvernement continue de se moquer des citoyens, il en paiera le prix bien assez vite.

En attendant, est-ce que les élus peuvent travailler avec les citoyens ?

Est-ce qu’ils peuvent sortir de la position de victime ?

Est-ce qu’ils peuvent cesser d’attendre que tout soit décidé pour eux ?

Est-ce qu’il est possible de passer à l’action en posant des actions concrètes ?

Que se passerait-il si tous les élus décidaient de faire front commun non pas pour la neutralité, mais pour défendre les intérêts réels des citoyens ? Dans quel monde vit-on pour qu’une telle évidence ressemble soudain à une utopie ?

Isabelle Clément

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