TES Canada: sacrifier notre environnement au profit d’intérêts privés

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Gaston Rivard

Dans une lettre ouverte intitulée «TES Canada: un projet nécessaire pour le Québec», parue dans Le Nouvelliste du 29 avril 2024, le ministre Pierre Fitzgibbon insiste sur la pertinence du projet de TES Canada, axé sur la production d’hydrogène vert et de gaz de synthèse à l’aide d’énergies solaire et éolienne. Or, certains propos tenus par M. Fitzgibbon sont fort préoccupants.


M. Fitzgibbon déplore les réserves émises par des universitaires à l’égard du projet. Il rejette du revers de la main toute opinion discordante de la part d’experts dans le domaine et estime que seule l’évaluation réalisée par TES Canada est crédible à ses yeux. À quoi servent alors les analyses indépendantes réalisées par des chercheurs qualifiés? Un projet de cette envergure ne mérite-t-il pas de faire l’objet d’un examen objectif rigoureux?

En effet, selon une étude sur le projet réalisée par Johanne Whitmore, chercheuse principale à la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal, et Paul Martin, ingénieur chimiste et cofondateur de Hydrogen Science Coalition, le projet est une aberration sur le plan énergétique et un non-sens économique («Le projet de TES Canada durement critiqué», paru dans La Presse le 12 avril 2024). Ces constats sont accablants et trouvent écho auprès d’une trentaine de chercheurs qui se sont exprimés avec éloquence dans une lettre ouverte «La place de la science dans la transition énergétique du Québec» (Le Nouvelliste, 4 mai 2024).

La chercheuse Johanne Whitmore déplore notamment le manque de transparence et de données probantes pour justifier la pertinence du projet de décarbonation tel que préconisé par TES Canada.

Par ailleurs, rappelons que, dès l’annonce du projet de TES Canada, M. Fitzgibbon avait insisté sur l’importance de l’acceptabilité sociale. Le projet consiste notamment en l’installation d’environ 130 éoliennes sur des terres en Mauricie. Or, face aux vives réactions observées lors de rencontres municipales et dans des lettres d’opinion, le gouvernement se montre peu sensible aux préoccupations légitimes des citoyens qui subiront les conséquences néfastes liées à l’installation massive d’éoliennes.

Plusieurs citoyens déplorent entre autres l’opacité qui entoure le projet et l’empressement du promoteur pour faire avancer les choses. Un projet de cette envergure basé sur des ententes conclues à la pièce avec des propriétaires terriens, moyennant une rétribution alléchante, est pour le moins discutable. En fait, une telle démarche consiste essentiellement à «acheter» l’acceptabilité sociale. Source de discorde, cette campagne de promotion bien rodée ne justifie pas pour autant le bien-fondé du projet mis de l’avant.

Dans l’article intitulé «Jusqu’à 35 km de lignes à construire», paru dans La Presse du 4 mai 2024, on apprend que 13 municipalités (12 selon les données les plus récentes) ont été ciblées pour accueillir les éoliennes et que la zone touchée par le projet s’étend sur plus de 1300 km carrés. De plus, TES Canada devra construire l’équivalent de 35 km de ligne de transport pour permettre à son parc d’éoliennes d’alimenter son complexe d’hydrogène vert et de gaz synthétique à Shawinigan.

On apprend aussi que Grandes-Piles s’est ajoutée à la liste des municipalités visées initialement. Joyau de la Mauricie, le village de Grandes-Piles est reconnu pour sa route panoramique montagneuse qui longe la magnifique rivière Saint-Maurice. Ainsi, les falaises majestueuses surplombant ce village pittoresque risquent-elles d’être défigurées par la présence d’éoliennes géantes?

L’atteinte au paysage ne constitue qu’un exemple parmi tant d’autres de l’impact environnemental néfaste de ce projet pour toutes les municipalités de notre région (bruit, proximité des éoliennes, dévaluation des terrains, déforestation, portions de terres publiques et privées sacrifiées, travaux majeurs d’infrastructures, circulation de camions lourds, etc.).

Selon les experts dans le domaine, les éoliennes ont une durée de vie d’environ 20 à 25 ans. Dans sa lettre ouverte du 29 avril, M. Fitzgibbon a déclaré que le gouvernement pourra exiger la création d’un fonds dédié advenant le démantèlement des éoliennes. Mais dans les faits, si le passé est garant de l’avenir relativement à l’héritage laissé par les entreprises privées, le gouvernement ne sera-t-il pas, malgré tout, mis à contribution pour la réalisation des travaux de démantèlement et, le cas échéant, la remise en état des terres? À qui reviendra la responsabilité ultime compte tenu de tous les impondérables?

Les instances gouvernementales, désireuses de promouvoir à tout prix l’implantation de divers projets, ne doivent pas perdre de vue les incidences non seulement à court terme, mais aussi pour les années à venir, et ce, pour une vaste portion de notre territoire. Rappelons que les scientifiques œuvrant dans le domaine s’entendent tous pour dire que le processus préconisé par TES Canada est fortement énergivore et est loin d’avoir fait ses preuves. Combien de fois, par le passé, a-t-on déploré les conséquences de décisions d’envergure, lesquelles ont été prises à la hâte et sans tenir compte des impacts négatifs potentiellement importants?

Le gouvernement est en train de sacrifier nos ressources et notre environnement au profit d’intérêts privés. On ne parle pas ici d’un projet collectif générateur d’énergie renouvelable géré par Hydro-Québec. Le fait de recourir à un argument « vendeur » tel que la décarbonation est un exercice trompeur qui ne vise qu’à jeter de la poudre aux yeux. Le réveil risque d’être brutal au cours des prochaines années.

Gaston Rivard

Saint-Adelphe

Cette lettre est parue également ici : https://www.lenouvelliste.ca/opinions/point-de-vue/2024/06/07/tes-canada-sacrifier-notre-environnement-au-profit-dinterets-prives-FN6MZ3AMSZFZ5GX5CEL45G57IQ/

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