TES Canada: quand le citoyen devient un élève qu’il faut corriger

Par Michel Tremblay

25 janvier 2026

Depuis plusieurs mois, un même raisonnement revient dès qu’il est question du projet de TES Canada. On nous affirme que l’acceptabilité sociale évolue dans le temps. Que l’opposition actuelle est normale. Que, lorsque les citoyens comprendront mieux le projet et en verront les bénéfices, cette opposition diminuera.

Ce discours est habile. Il se veut rassurant. Mais il mérite d’être examiné avec rigueur, parce qu’il ne répond pas au désaccord, il le requalifie.

On ne parle plus d’une population qui exprime un refus. On parle d’une population qui n’a pas encore compris. Le problème n’est donc plus le projet, ni ses impacts, ni ses risques. Le problème devient la compréhension des citoyens. Ce glissement est discret, mais il change tout.

Dans ce cadre, le citoyen n’est plus un acteur décisionnel. Il devient un élève. S’il s’oppose, ce n’est pas parce qu’il a évalué les conséquences ou jugé le projet incompatible avec son milieu. C’est parce qu’il lui manque de l’information. Le désaccord cesse d’être une position légitime, il devient une étape temporaire, appelée à disparaître.

C’est ce qu’on appelle une manipulation liminale. Elle ne cherche pas à convaincre par des arguments nouveaux. Elle déplace le cadre mental dans lequel les arguments seront ensuite perçus comme raisonnables ou non.

On ne dit pas aux gens quoi penser. On redéfinit silencieusement ce qui devient pensable.

Ce type de raisonnement repose sur une hypothèse centrale : comprendre mène nécessairement à accepter. Or, cette hypothèse n’est ni neutre, ni démontrée. Dans bien des cas, comprendre davantage mène au contraire à refuser plus fermement. Comprendre les impacts, les coûts, les risques et les irréversibilités peut renforcer un désaccord au lieu de l’atténuer.

Il y a un autre problème, plus sérieux encore, ce discours est non falsifiable. Si l’opposition persiste, on dira qu’il faut encore expliquer. Si elle diminue, on dira que la pédagogie fonctionne. Dans tous les cas, l’hypothèse de départ n’est jamais remise en question. Elle se protège elle-même.

Pendant ce temps, le débat est déplacé dans le futur. Les inquiétudes présentes sont relativisées au nom d’un éventuel accord à venir. Or, les décisions se prennent maintenant. Les impacts se préparent maintenant. Les coûts potentiels aussi. Reporter la légitimité du refus à plus tard, c’est neutraliser le débat aujourd’hui.

Soyons clairs. Les citoyens de nos municipalités ne sont ni confus ni mal informés. Ils ont entendu les arguments. Ils ont posé des questions. Ils ont pris position. Les traiter comme s’ils n’avaient pas encore compris revient à disqualifier leur jugement tout en prétendant le respecter.

L’acceptabilité sociale n’est pas une humeur changeante qu’on fait évoluer avec de meilleures présentations. C’est un constat, à un moment précis, fondé sur des critères clairs : l’adhésion, l’opposition, les conditions, ou le refus. Tant que ces critères ne sont pas définis et mesurés, invoquer l’acceptabilité sociale n’est pas un argument. C’est un écran.

En démocratie municipale, expliquer n’autorise jamais à contourner. Informer ne donne pas le droit d’ignorer un désaccord. Le rôle d’un élu n’est pas d’aider un promoteur à faire accepter un projet. Il est de prendre au sérieux ce que les citoyens disent, même lorsque cela complique les choses.

Quand on cesse d’écouter au motif qu’il faudrait d’abord expliquer davantage, ce n’est plus de la pédagogie. C’est un déplacement du débat. Et ce déplacement, lui, n’est jamais acceptable.

MIchel Tremblay est le maire de la municipalité d’Hérouxville.


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