Pierre Pouliot
Nul besoin d’être un grand visionnaire pour comprendre ce qui se trame autour du projet TES Canada.
Depuis le début, le promoteur multiplie les déclarations floues, les zones grises, et les intentions changeantes. Il est temps que la population se pose les vraies questions et que nos dirigeants exigent des réponses claires.
Possibilité 1: un projet vidé de sa substance, sans preuve d’efficacité
La première possibilité, bien réelle, serait que TES Canada abandonne l’idée de produire de l’hydrogène pour le transport lourd, ne conservant que le volet de méthanisation de l’hydrogène pour injection dans le réseau d’Énergir.
Problème: aucune étude ne confirme les bénéfices de cette approche pour la décarbonation. On parle ici de 80 000 tonnes de gaz naturel renouvelable (GNR) de 3e génération, accompagnées de 220 000 tonnes de CO₂ biogénique injectées dans le réseau — mais sans qu’aucun contrat formel ne lie Énergir à l’achat de ce gaz de synthèse.
Pire encore, aucune entente ne semble conclue pour l’approvisionnement de ce CO₂, pourtant essentiel au procédé.
Et même si l’on continue à croire que TES Canada souhaite réellement produire de l’hydrogène vert, on peut se demander comment la ministre de l’Énergie, Christine Fréchette, peut fermer les yeux sur les inefficacités flagrantes du procédé. Des experts et scientifiques de partout dans le monde dénoncent déjà l’aberration énergétique du projet: d’énormes pertes d’énergie pour un rendement minimal.
La ministre envisagerait même de subventionner ce gaz pour compenser l’écart de prix avec le gaz naturel fossile. Est-ce là le rôle de l’État? De tous les experts, aucun ne croit que ce type de projet puisse devenir viable sans injection massive de fonds publics. Les coûts de conversion sont bien trop élevés.
Et tout ça pour quoi? Injecter une goutte d’hydrogène dans un océan de gaz naturel polluant. Une illusion de progrès à fort coût collectif.
Possibilité 2: un projet qui lorgne l’exportation
Deuxième scénario: TES Canada viserait en réalité l’exportation de son hydrogène. On nous a toujours dit que le projet était destiné au marché québécois. C’est d’ailleurs ce qui est écrit noir sur blanc dans l’Avis de projet. Pourtant, aucun contrat d’achat ne lie le promoteur à des clients québécois. Alors, on produit pour qui? Pourquoi?
La seule conséquence, selon la ministre, en cas de non-respect des engagements? Retirer le bloc d’énergie octroyé. Une simple tape sur les doigts. Aucune véritable pénalité. Aucune obligation de résultat. Si TES ne réussit pas à trouver d’acheteurs, il pourrait simplement tout abandonner — sans conséquence majeure.
Possibilité 3: une privatisation déguisée de nos ressources
Et si le véritable objectif était ailleurs? Sans contrat local, sans projet exportateur viable, TES pourrait très bien se contenter… de produire de l’électricité. Une production assurée, sans appel d’offres, et surtout, extrêmement rentable — grâce à l’énergie publique fournie par Hydro-Québec. Ce serait alors une privatisation déguisée de notre accès à l’énergie. Un précédent grave.
On permettrait ainsi à un promoteur étranger de s’implanter en territoire québécois, avec toute la latitude pour exploiter nos ressources, occuper nos terres et imposer ses conditions. Le tout avec une opacité jamais vue et un discours marketing bien huilé, promettant espoir et développement durable à l’échelle planétaire… alors que les fondements mêmes du projet sont loin d’être clairs.
Pendant ce temps, nos élus — municipaux, provinciaux et fédéraux — préfèrent jouer à l’autruche. Ils ferment les yeux sur les contradictions, refusent de poser les vraies questions et laissent le promoteur avancer, sans jamais devoir rendre de comptes à la population.
Il est temps de demander des réponses. Il est temps de voir clair dans ce projet qui prétend sauver la planète, mais qui pourrait bien, au contraire, devenir un cheval de Troie de la privatisation et du greenwashing énergétique.
Pierre Pouliot
Notre-Dame-du-Mont-Carmel
Cet lettre est paru également ici : https://www.lenouvelliste.ca/opinions/parole-aux-lecteurs/2025/05/18/tes-canada-ou-est-la-verite-PRYZ2EKFBVBZZEWS4XYLY2MJ4A/
Voici un extrait de l’intervention d’Haroun Bouazzi questionnant la ministre Christine Fréchette sur le projet de TES Canada aux commissions sur le projet loi 69.



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