Un nouveau concept: l’acceptabilité sociale, mais sans consulter la population

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Gaston Rivard

Le référendum est l’outil par excellence dont use la démocratie pour sonder la population lorsqu’une question d’intérêt public ne fait pas consensus. Plus les conséquences de l’objet du vote sont grandes, plus le recours au référendum s’avère nécessaire pour véritablement connaître le choix de la population. On détermine ainsi si la population a conscience de ces conséquences et si elle est prête à y faire face.

Ce ne sont pas les enjeux climatiques dont l’urgence et l’importance ne peuvent être niées, et sont donc reconnus par tous, qui font problème. Non, ce qu’il faut incriminer c’est la vision apocalyptique du changement climatique dont use le politique pour valider l’empressement avec lequel il cherche à accomplir, sans concertation et sans mandat, une transition énergétique mal planifiée, sacrifiant sa population sur l’autel de l’industrialisation. Voilà pourquoi tout est mis en œuvre pour brouiller le débat et refuser le recours au vote. Seul un référendum serait capable de définir le mandat réel de nos élus face au projet de TES Canada.

Contrairement à ce que prétend TES Canada, il est loin «d’améliorer le projet en collaboration avec la population». Il serait plus honnête de sa part de dire que la complicité tacite et silencieuse de la majorité de nos élus est un terreau favorable à l’acceptation de son projet tel qu’il l’a conçu au départ. Quelles sont les différences marquantes entre sa présentation du projet en novembre dernier et celle d’aujourd’hui? Rien. Ou si peu. Il a augmenté de 225 mètres la distance séparatrice entre une éolienne et une résidence, la faisant passer de 500 à 725 mètres. Mais il faut beaucoup plus pour éliminer tous les désagréments. Ce 725 mètres, TES Canada l’annonce parce que la surface qu’il a acquise lui permet de le faire, aucunement parce qu’il a écouté la population qui exige beaucoup plus que cela. Il a la générosité de l’opulence. Si nous osions faire une prédiction, nous soutiendrions que 725 mètres comme distance séparatrice entre l’éolienne et une maison sera la norme du futur RCI dans Mékinac.

Mais revenons au vote. Il semblerait que plusieurs, bien qu’ils admettent le principe démocratique de notre société, craignent que l’usage du vote, dans certain cas, ne le soit plus. Ils craignent que le résultat du vote ne soit plus, en réalité, conforme à l’opinion publique. Curieusement, cette crainte est variable: selon eux elle ne concerne que certains sujets particuliers. Il apparaîtrait que le projet de TES Canada, avec son parc éolien de 130 éoliennes industrielles d’approximativement 220 mètres, couvrant deux MRC, entre justement dans cette catégorie. La majorité silencieuse serait, selon leurs dires, non seulement silencieuse mais favorable à ce projet. L’usage du référendum dans ce cas précis nous donnerait donc une fausse image de ce que la population désire réellement.

Pourquoi? Toujours selon eux, deux raisons majeures sont évoquées : les opposants au projet, pas vraiment nombreux mais très militants, pas très bien informés mais verbeux, plutôt émotifs donc irrationnels, voteront massivement, alors que ceux qui sont pour, des gens paisibles, raisonnables, informés, bien intentionnés, conscients des bienfaits de la transition énergétique, de l’urgence de la décarbonation et de la menace écologique, ne se déplaceront pas pour aller voter.

Il est tout de même curieux que la deuxième catégorie, si vertueuse, soit la moins encline à voter. Ce paradoxe ne semble pas ébranler les partisans de cette théorie. Si on avait appliqué le même raisonnement pour la nomination de nos élus lors des dernières élections, il faudrait en conclure que les élus actuels furent en réalité nommés par des militants actifs mais qu’en réalité la majorité silencieuse ne voulait pas d’eux.

Ce raisonnement est fallacieux. Les opposants ne sont pas mal informés, bien au contraire. L’illustration candide faite par TES Canada de son projet laisse dans l’ombre une réalité beaucoup plus complexe. Le vert dont il se drape, les impacts incontestables de l’érection de son parc d’éoliennes industrielles qu’il qualifie perfidement de mythes, la décarbonation dont il se targue, toutes ces ruses verbales ne résistent pas aux critiques émanant de spécialistes éminents et indépendants, voire de certaines études gouvernementales. Ce sont ces oripeaux, avec son faux éclat, que l’esprit critique de la majorité des opposants s’évertue à montrer que, si à distance ils brillent comme l’or, de près on découvre le vil métal. Un métal qui, si l’on n’y prend garde, est corrosif. Malheureusement, il semble y avoir beaucoup de clients pour cette camelote parmi nos élus.

Combien de témoignages de victimes de parcs éoliens mal planifiés, par une absence flagrante de considération pour la population et un attrait de l’argent offert par les promoteurs, sont nécessaires pour qu’une chose aussi rudimentaire que le principe de précaution soit appliqué?

Certes, il y a de la crainte, chez les opposants, mais comment pourrait-il en être autrement devant tant de malversations? Lorsqu’on nous cache le réel, il est légitime de s’attendre au pire.

La vérité est que la nature et l’ampleur de ce projet débordent amplement le mandat accordé aux élus municipaux. Même parmi ces derniers, plusieurs l’admettent. Aussi intercèdent-ils auprès des différents ministères pour une aide qui tarde à venir. Dans ce cas, refuser à la population la possibilité de se prononcer par référendum sur ce projet relève de l’abus de pouvoir.

Gaston Rivard

Saint-Adelphe

Cette lettre est paru dans le Nouvelliste : https://www.lenouvelliste.ca/opinions/parole-aux-lecteurs/2024/05/19/un-nouveau-concept-lacceptabilite-sociale-mais-sans-consulter-la-population-7H6BX6ELTBH6FKTJHEATDNDM6I/

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