Élus de Mékinac : complices de favoriser les plus riches de leur territoire

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 8 avril 2025

Le dévoilement de l’emplacement prévu pour les éoliennes du projet de TES Canada a été reçu comme une gifle par les citoyens de Mékinac. Comme les dirigeants de TES se doutaient que la réaction à cette destruction d’un territoire risquait d’être défavorable, ils ont tenté de faire passer cette gifle en mettant l’accent sur une étude des soi-disant « importantes retombées économiques » pour la région. 

Or les soi-disant retombées économiques vont aller dans une vaste majorité à quelques grandes entreprises et propriétaires terriens qui n’habitent pas la municipalité et même très souvent la MRC dans laquelle sont érigées les éoliennes!

Ces données sont déduites des cartes fournies par TES Canada misent en relation avec celles de la MRC de Mékinac sur lesquelles on retrouve les noms des propriétaires. 

Par exemple, selon les informations fournies par TES Canada et à la suite de nos vérifications, il apparaît qu’à Saint-Adelphe, une entreprise forestière dont l’adresse postale indique Saint-Raymond se serait entendue avec TES Canada pour, à elle seule, héberger presque la moitié des éoliennes, soit approximativement une vingtaine. D’autres entreprises et individus fortunés bien connus de la région se partageraient la part du lion dans plusieurs municipalités. À Grandes-Piles, les six éoliennes proviendraient d’ententes avec des propriétaires résidant à l’extérieur de la MRC Mékinac : cinq indiquent une adresse postale à Saint-Ubalde et une autre à Montréal 

Depuis l’annonce du projet, TES Canada a affirmé à quelques reprises que l’acceptabilité sociale serait mesurée par le nombre de contrats. À la lumière de ce qui précède faut-il en conclure que ce sont des entreprises et des gens fortunés qui n’habitent même pas le secteur qui décideraient de l’acceptabilité sociale? TES Canada pense-t-il que des signataires prêts à détruire la qualité de vie de milliers de personnes pour quelques centaines de milliers de dollars seraient les individus les plus crédibles pour déterminer l’acceptabilité sociale? Cela démontre le mépris absolu que TES Canada a envers le milieu dans lequel elle veut s’établir. 

Mais si cette attitude asociale et prédatrice ne nous surprend pas venant d’une grande entreprise, la complicité de nos élus dans tout ce cirque, elle, laisse un goût brutal d’amertume et de trahison. Le rôle de nos élus est-il d’agir comme des représentants de commerce et de condamner au silence les inquiétudes citoyennes?  Doivent-ils encourager la fracture sociale de leur communauté alors que le peu d’argent qui devrait compenser la perte de qualité de vie des collectivités affectées n’ira en fait qu’à quelques grands propriétaires qui, il faut le répéter, ne résident même pas dans le milieu qu’ils détruisent ?

C’est ça, le véritable « pas dans ma cour » : d’aller polluer des paysages sans conséquence pour soi-même et d’empocher les profits. Est-ce cela la justice ? 

TES Canada a magnifié son projet avec l’exemple du petit agriculteur qui n’arrive pas à joindre les deux bouts et qu’une éolienne pourrait aider. Pourtant, l’entreprise connaissait fort bien l’identité des personnes avec qui elle signait des contrats et savait pertinemment que ce petit agriculteur, s’il existe, est une exception. Comme tout ce qu’elle dit depuis le début, c’est un mensonge calculé ou ce qu’elle appelle du « marketing ». 

Même si nous avons déjà caractérisé la soi-disant neutralité des élus en regard du projet TES Canada comme une démission morale, il semble que l’expression était trop douce et qu’il s’agit en fait d’une trahison pure et simple. Une entreprise comme TES Canada n’hésite bien sûr pas à investir de millions pour vendre son projet et c’est la raison pour laquelle il semble que le camp des « pour » soit pour le moins assez bien représenté. Mais lorsque de plus le gouvernement provincial semble mettre tout son poids pour vendre le « projet magique de TES Canada », que reste-t-il comme contre-pouvoir aux nombreux citoyens qui s’y opposent? On s’attendrait à ce que leur gouvernement de proximité, les gens qui sont leurs élus, prennent la responsabilité d’essayer de rétablir un peu le rapport de force. On parle ici de citoyens qui se retrouvent pris en otages par des entreprises et des individus très riches avec la bénédiction du gouvernement provincial. 

Beaucoup de conseils municipaux, pour empêcher les spéculateurs d’acheter des résidences secondaires et de les transformer en Airbnb, ont décidé que les seules personnes autorisées à utiliser la plateforme de location seraient celles qui louent leur résidence principale. Pourquoi ne peut-on pas utiliser la même logique et interdire aux personnes d’avoir une éolienne industrielle sur un terrain sur lequel elles ne résident pas? Les règlements pour les Airbnb ont été pensés pour protéger la population. Pourquoi ne fait-on pas la même chose quand il s’agit de nuisances beaucoup plus conséquentes  pour toute une population? 

Il est vraiment difficile de garder son calme devant autant d’hypocrisie et de mauvaise foi. Pendant que leurs citoyens se font littéralement déposséder – de leurs paysages, de leur qualité de vie, de la valeur de leurs maisons, etc. – les élus municipaux ont choisi, aux dires de la préfète Caroline Clément « d’attendre d’avoir toutes les informations ». Or, le seul moment où les informations finales et immuables du projet seront cristallisés, c’est lorsqu’il sera terminé. Il sera trop tard pour être « contre » lorsque des monstres d’acier de 200 mètres auront transformé une région bucolique en zone industrielle.

Le devoir des élus n’est pas d’attendre que le projet soit terminé, mais de s’assurer qu’il ne pourra pas se réaliser aux dépens des collectivités qu’ils sont censés représenter. 

Nous exigeons que les élus fassent leur travail et nous protègent. 

Nous exigeons qu’ils demandent à TES Canada la liste des entreprises ayant signé un contrat, qu’ils évaluent ces données et qu’ils réfléchissent sérieusement aux conséquences de leurs inactions. 

Le collectif Toujours Maîtres chez nous

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