Par Dany Janvier
26 janvier 2026
À la suite de la visite de Mme France Chrétien-Desmarais à Shawinigan, à l’invitation de quelques acteurs du milieu des affaires, et des articles publiés récemment dans Le Nouvelliste, une mise au point s’impose. Les prises de position répétées en faveur du projet TES Canada entretiennent une confusion inquiétante entre information, persuasion et démocratie.
Rappelons une évidence trop souvent évacuée: la démocratie ne se joue ni dans des salons privés, ni lors de rencontres d’affaires à huis clos, ni à coups de chiffres changeants présentés à des publics triés sur le volet.
Lorsque la population s’exprime clairement et massivement contre un projet, il n’est plus question de «mieux l’expliquer», de «mieux le vendre» ou de «convaincre». La décision collective est déjà prise.
Dans un tel contexte, ce n’est pas à la population de plier. C’est le promoteur qui doit arrêter.
Or, que constate-t-on? Dans un récent article, M. Claude Baril se félicite qu’après une rencontre privée avec Mme Chrétien-Desmarais et des acteurs du milieu des affaires, «ceux qui n’étaient pas convaincus en rentrant l’étaient en sortant». Voilà précisément le problème: on ne parle plus d’écoute citoyenne, mais de stratégie de persuasion.
Le discours de M. Daniel Allard mérite d’être replacé dans son contexte. Il compare l’implantation du projet TES Canada à la création du parc national de la Mauricie, comme si l’opposition de la population était un réflexe automatique, une réaction contre tout projet.
Or, cette comparaison est trompeuse. Un parc national protège et valorise un territoire, alors qu’un complexe industriel, une usine à gaz et un parc éolien de plus de 200 mètres industrialisent et défigurent le paysage, en transformant la région en zone d’exportation de profits. Ce n’est donc pas une simple question d’acceptabilité ou d’information: c’est un choix de société, et la population a clairement fait son choix.
Sur le plan économique, le discours est tout aussi fragile. On parle tour à tour de 600 emplois, de 1000 emplois, puis de 50 à 60 emplois permanents à terme. Durant la caravane d’information de TES Canada l’été dernier, on évoquait même 4350 «emplois payants», chiffre affiché noir sur blanc. Comment prendre au sérieux un projet dont les retombées varient à ce point selon l’auditoire? Ce n’est pas de la rigueur, c’est de l’improvisation.
Enfin, parlons du BAPE. Oui, le BAPE est un outil utile. Mais il est de plus en plus présenté comme un lieu de décision, alors qu’il ne s’agit que d’un processus consultatif. Il ne décide pas, il recommande. Pourtant, certains agissent comme si le simple fait de «passer par le BAPE» suffisait à légitimer n’importe quel projet, même lorsqu’il est massivement rejeté.
Dans le cas du BAPE générique sur l’éolien au Québec, il est légitime et nécessaire de s’interroger sur le développement actuel de l’éolien industriel, trop souvent désordonné et sans vision d’ensemble. Un tel BAPE doit servir à établir de grandes orientations claires, respectueuses du territoire, des paysages et des communautés, construites avec la population et non contre elle. La population a parlé. Le projet TES Canada n’a aucune légitimité sociale. Il doit être abandonné. La Mauricie mérite mieux qu’un développement imposé, appuyé par des stratégies de persuasion et des chiffres fluctuants.
Dany Janvier, CPVSMDC, citoyen de Mékinac.
Cette lettre est parue également dans Le Nouvelliste : https://www.lenouvelliste.ca/opinions/parole-aux-lecteurs/2026/01/26/tes-canada-lappui-des-gens-daffaires-ne-remplace-pas-la-democratie-PUATKI45NNBMHAMU4TUZIVR3CQ/



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