TES Canada: les différents visages de l’intimidation

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9 mai 2024

La CAQ et TES Canada vont récompenser financièrement les 130 personnes prêtes à sacrifier leur collectivité pour de l’argent en regard d’un projet qui risque fort d’affecter de façon négative la qualité de vie des 30 000 habitants des MRC Mékinac et Des Chenaux. C’est ça, le «oui» que TES Canada et la CAQ ont choisi d’interpréter comme un consentement. (Andrew Gustar/Université Laval)

Le projet de TES Canada a été annoncé en grande pompe au mois de novembre 2023. Ce mégaprojet suscite beaucoup d’inquiétude au sein de la population. Cette inquiétude est plutôt normale lorsqu’on parle d’un projet qui prévoit laisser une empreinte gigantesque et indélébile sur un vaste territoire et dont les retombées présentées comme positives ne sont que des concepts abstraits et mal définis comme «décarbonation» et «transition énergétique». Depuis l’annonce, le promoteur et les différents paliers de gouvernement favorables au projet cherchent à discréditer toute inquiétude en assimilant d’abord le fait de poser des questions à une opposition au projet, et ensuite en qualifiant cette opposition comme mal informée et non représentative.

Six mois plus tard, la très grande majorité des questions soulevées par ce mégaprojet restent sans réponse, mais on apprend que le promoteur continue d’avancer à vitesse grand V sur le terrain en faisant signer des contrats avant que le contexte régulatoire n’ait pu être établi.

De leur côté, Hydro-Québec et le gouvernement de la CAQ ne semblent pas du tout intéressés à écouter la population touchée par le projet.

Bref, tout se déroule comme si le projet de TES Canada est un fait accompli même si personne n’a encore été en mesure de définir ce qu’est l’acceptabilité sociale pourtant décrite comme «essentielle au projet».

À toutes les demandes de clarification, les conseils municipaux, les MRC, le gouvernement et le promoteur opposent tantôt silence tantôt condescendance. Comment peut-on d’un même souffle reprocher aux personnes qui ne sont pas favorables au projet d’être en colère? Cette condescendance et ce mépris de la part des pouvoirs publics et privés ne sont-ils pas justement une forme de violence?

En réalité, en l’absence de définition claire, il faut conclure que cette fameuse «acceptabilité sociale», c’est de la poudre aux yeux, c’est-à-dire une astuce marketing. On peut s’en convaincre quand on entend des arguments ridicules comme ceux du ministre Fitzgibbon qui a récemment parlé de «projet magique» dans une intervention publique d’une partialité honteuse.

Or il faut que cette vaste entreprise de marketing cesse et qu’on écoute réellement les populations touchées par le projet au lieu de simplement vouloir passer leurs inquiétudes au rouleau compresseur.

Au lieu de parler d’acceptabilité sociale, on devrait plutôt parler de consentement explicite et éclairé de la population. Et contrairement à la nébuleuse acceptabilité sociale, le consentement explicite et éclairé de la population est un concept facile à définir et ultimement, à mesurer. Mais pour que ce consentement soit possible, il faudrait d’abord qu’on écoute la population et qu’on réponde sincèrement à ses inquiétudes. Comme en matière de sexualité, le consentement, ce n’est pas simplement l’absence de refus clair. Le consentement, c’est un processus continu d’un «oui» enthousiaste et réaffirmé jusqu’à ce qu’un doute survienne. C’est ce qu’on devrait viser si on voulait faire du projet de TES Canada un véritable projet phare.

En ce moment, le gouvernement de la CAQ et TES Canada sont dans la position de l’agresseur et la population de Mékinac et Des Chenaux, dans celle de la victime bousculée et dont la voix n’est pas entendue.

D’ailleurs, les seules voix ayant fait entendre un «oui» clair au projet dans les rangs de la population proviennent toutes de personnes voulant signer un contrat avec TES Canada, c’est-à-dire de personnes prêtes à ignorer les inconvénients possibles pour leurs voisins et concitoyens en échange d’argent.

Ainsi, la CAQ et TES Canada vont récompenser financièrement les 130 personnes prêtes à sacrifier leur collectivité pour de l’argent en regard d’un projet qui risque fort d’affecter de façon négative la qualité de vie des 30 000 habitants des MRC Mékinac et Des Chenaux. C’est ça, le «oui» que TES Canada et la CAQ ont choisi d’interpréter comme un consentement.

Ce projet est mené comme une véritable agression.

Et le comble, c’est que dans un exercice cynique de détournement cognitif (ou gaslighting), on qualifie les «opposants» au projet comme des intimidateurs. Balayant du revers de la main le fait que poser des questions ne signifie pas nécessairement une farouche opposition, il suffit qu’une personne autodéclarée comme opposante au projet dérape pour que toutes les personnes qui ne sont pas favorables au projet soient qualifiées de violentes ou d’intimidatrices. Or si une personne favorable au projet connaissait une telle dérive, est-ce qu’on demanderait au promoteur ou au gouvernement d’en répondre? On transforme la victime en agresseur. C’est le monde à l’envers.

Pour s’en convaincre, il faut identifier qui a le pouvoir dans cette affaire. Or ce pouvoir est de façon évidente et disproportionnée dans les mains du gouvernement et dans celles du riche promoteur. Et dans une situation où le pouvoir est disproportionné, l’intimidation ne peut provenir que du côté qui détient le pouvoir. Toujours.

Il faut mettre fin à cette intimidation du promoteur et du gouvernement et continuer à demander ce que la population exige depuis le début, c’est-à-dire une discussion claire et honnête à propos du projet. Il faut offrir des moyens à la population de donner son consentement. Il faut également que le gouvernement et le promoteur favorisent cette approche qui serait la marque d’un véritable processus démocratique.

Cosignataires :

Dany Janvier, Contre la privatisation du vent et du soleil dans Mékinac Des Chenaux (RVEQ);

Isabelle Clément, conseillère Hérouxville;

Yvan Bordeleau, conseiller Hérouxville;

Chloé Germain-Thérien, conseillère Saint-Stanislas;

Roman Pokorski, conseiller Saint-Adelphe;

Gaston Rivard, Vent de démocratie (RVEQ), Saint-Adelphe;

Jean Guibert, Saint-Maurice (RVEQ);

René Beaudoin, Sainte-Geneviève-de-Batiscan;

Denis Champoux, Saint-Adelphe;

Claudette Piché, Sainte-Thècle;

Nathalie Lefebvre, Saint-Adelphe;

France Laliberté, Sainte-Thècle;

Chantale Desaulniers, Saint-Tite;

Yves Maurais, Saint-Tite;

Marie Dessuro, Sainte-Thècle;

Louise Dumas, Sainte-Thècle;

Jean-Claude Cyr, Sainte-Thècle;

Dany Brouillette, Sainte-Geneviève-de-Batiscan;

Josée Tremblay, Trois-Rivières;

Nancy Gingras, Saint-Adelphe;

Karine Brouillette, Saint-Prosper;

Eric Noël, Saint-Prosper;

Yves Maurice, Sainte-Geneviève-de-Batiscan;

Louise Côté, Sainte-Geneviève-de-Batiscan;

Gilles Lalonde, Sainte-Thècle;

Françoise Dufresne, Sainte-Thècle;

Richard Legault, Sainte-Thècle;

Jean Hémond, Québec.

Cette lettre est parue également ici : https://www.lenouvelliste.ca/opinions/point-de-vue/2024/05/09/tes-canada-les-differents-visages-de-lintimidation-XLR5ML44FFD7JH34YL6UBHZKFE/

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