22 octobre 2025
Depuis deux ans, on entend certains élus et Éric Gauthier parler du BAPE (bureau d’audiences publiques sur environnement) comme si cette étape possédait un véritable pouvoir décisionnel.
Ce matin encore, à la radio, alors qu’on demandait à M. Gauthier ce qu’il comptait faire pour respecter son engagement envers l’acceptabilité sociale, il a répondu : « On verra au BAPE. »
D’abord, il est révoltant de comprendre, en filigrane, qu’un sondage, un référendum ou même un changement d’élus municipaux n’auraient aucune influence sur l’acceptabilité sociale.
C’est à croire que les outils démocratiques dont disposent les citoyens pour s’exprimer sont niés.
« On va attendre le BAPE », dit-on. Mais qu’est-ce qu’il faut comprendre en sous-texte ?
Le BAPE n’a aucun pouvoir décisionnel. Il ne fait que formuler des recommandations au gouvernement.
Ce qu’Éric Gauthier nous dit en réalité, c’est : « Le gouvernement décidera. »
Or, quand on sait que M. Gauthier, Power Corporation et Jean Chrétien travaillent main dans la main avec la CAQ, on comprend mieux ce que cela signifie : le gouvernement décidera — et les citoyens n’auront plus leur mot à dire.
L’acceptabilité sociale devient alors un simple vernis, un manteau qu’on enfile quand ça fait notre affaire et qu’on jette à la poubelle quand le peuple ose dire non.
On nous répète souvent que le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) est la garantie de la transparence et de la participation citoyenne au Québec.
Mais quand on regarde les faits, on découvre une tout autre réalité : le BAPE n’a aucun pouvoir réel.
Le rôle du BAPE est d’écouter, d’analyser et de recommander. Point.
Ses rapports, aussi rigoureux soient-ils, ne lient ni le ministre de l’Environnement ni le gouvernement.
Ils peuvent être contournés, ignorés ou simplement déposés sur une tablette pendant que les bulldozers s’activent déjà sur le terrain.
Pendant que des citoyens, des agriculteurs, des scientifiques et des élus municipaux se mobilisent pour faire entendre raison, le BAPE, lui, n’a pas les moyens de freiner un projet même lorsqu’il conclut qu’il menace nos terres, nos rivières ou notre avenir collectif.
Ce n’est pas un contre-pouvoir, c’est un miroir de papier : il reflète les inquiétudes, mais ne peut rien empêcher.
Pourtant, dans une démocratie digne de ce nom, la consultation publique devrait avoir un poids réel.
Les recommandations du BAPE devraient obliger le gouvernement à justifier ses décisions, à démontrer pourquoi il choisit d’aller contre l’intérêt collectif, et à suspendre tout projet tant que les questions soulevées ne sont pas résolues.
Le BAPE, dans sa forme actuelle, permet au gouvernement de dire : « Nous avons consulté. »
Mais ce qu’il offre, trop souvent, ce n’est qu’une apparence de dialogue.
Nous ne voulons plus d’un simulacre de démocratie environnementale.
Nous voulons des mécanismes où la parole citoyenne a du poids, où la science compte, et où la protection du territoire prime sur les profits privés.
Le BAPE doit redevenir ce qu’il aurait toujours dû être : un véritable levier de décision publique, et non un alibi politique.



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