Par Maxime Leclerc-Gingras
26 janvier 2026
Commentaire de Maxime Lecler-Gingras suite à cette annonce faite par la Chambre de commerce de Mékinac

Avec son invitation, la Chambre de commerce agit comme s’il n’y avait jamais eu de sondage. Comme s’il n’y avait jamais eu de référendums. Comme s’il n’y avait jamais eu de consultations publiques. Comme si les élus de la MRC n’avaient pas eux-mêmes reconnu que les citoyens n’en veulent pas de ce projet.
Le projet est présenté comme acquis, inévitable, déjà décidé. Il ne resterait plus qu’à s’organiser, à se positionner, à en tirer sa part. Cette posture n’est pas neutre. Elle efface volontairement la réalité démocratique.
Soyons clairs sur une chose : une Chambre de commerce n’est pas neutre, et ce n’est pas un reproche. Elle est un acteur politique économique assumé. Elle défend des intérêts, elle influence les décisions, elle fait du lobbying. C’est son rôle.
Le problème n’est donc pas qu’elle fasse de la politique. Le problème est où, quand et comment elle intervient.
Lorsqu’une population a refusé massivement un projet par des sondages, des référendums, des consultations et par le choix de ses élus, ce refus constitue un verdict démocratique. À partir de là, agir comme si ce verdict n’existait pas, ce n’est plus influencer un débat en cours. C’est contourner une décision déjà rendue, la volonté populaire.
Je ne prétends pas détenir toute la vérité ni comprendre toutes les dimensions de ce dossier. Je réagis à ce qui m’interpelle, à ce qui m’inquiète, à ce que je perçois comme un glissement préoccupant.
L’objectif de TES n’est manifestement plus de convaincre la population. Cet exercice a échoué. L’objectif devient autre chose : vendre le projet à la communauté d’affaires, afin de créer des intérêts économiques locaux capables de faire pression, directement ou indirectement, sur la population.
On déplace ainsi le rapport de force. On ne cherche plus le consentement. On cherche l’usure.
En organisant ce type de rencontre, la Chambre de commerce ne se contente pas de défendre des intérêts économiques. Elle participe à un mécanisme qui vise à transformer un refus collectif clair en une série de choix économiques individuels. Elle intervient après le verdict citoyen pour en atténuer la portée. C’est là que, selon moi, la ligne est franchie.
On invoquera qu’il faut garder les canaux de communication ouverts. Qu’il faut se parler. Qu’il vaut mieux se préparer dans l’éventualité où le projet irait de l’avant.
Cet argument peut sembler raisonnable. Mais dans ce contexte précis, il ne tient pas.
Le dialogue a déjà eu lieu et il a été clair. Maintenir des canaux sans jamais reconnaître le refus, ce n’est pas dialoguer, c’est refuser le choix des citoyens qui se sont exprimés. Se préparer à un projet rejeté, c’est déjà accepter implicitement qu’il s’imposera malgré tout. Ce n’est pas de la prudence, c’est une forme de déni de démocratie.
Et cette stratégie a des conséquences bien réelles.
Citoyens et entreprises sont intimement liés. Ils vivent dans les mêmes communautés, dépendent les uns des autres. Associer certaines entreprises à un projet rejeté démocratiquement, c’est inévitablement les exposer à la méfiance d’une partie de la population. À l’intérieur même de ces entreprises, il y a des travailleurs, des citoyens, parfois opposés au projet, pris dans des contradictions qu’ils n’ont pas choisies.
On fabrique de la tension.
On fragilise la cohésion sociale.
On paie collectivement le prix d’un projet sans légitimité sociale.
Mais au-delà du projet lui-même, j’ai l’impression qu’il nous manque quelque chose de plus fondamental.
Un sentiment d’appartenance. Une fierté collective. Une solidarité réelle.
Peut-être que l’occasion est de prendre un pas de recul et de se parler entre nous. Pas avec TES. Entre nous.
Citoyens, travailleurs, jeunes, aînés, familles, entreprises locales, groupes communautaires, élus municipaux. Prendre le temps de faire le point. De se demander ensemble ce que nous voulons pour notre région, ce que nous souhaitons encourager, ce que nous refusons d’accueillir, et surtout pourquoi.
Pour ne plus nous retrouver, encore une fois, devant un projet massif venu de l’extérieur qui prétend combler un vide que nous n’avons jamais pris le temps de définir nous-mêmes.
Dans cette perspective, la Chambre de commerce de Mékinac pourrait jouer un rôle positif et rassembleur. Non pas comme promotrice d’un projet rejeté, mais comme alliée de la population. En annulant cette rencontre. En affirmant clairement sa solidarité avec les citoyens de Mékinac qui ont dit non. Et en contribuant à ouvrir un véritable espace de réflexion collective, locale, enracinée.
Il n’y a aucune honte à faire un pas de recul.
Les erreurs ne sont pas ce dont on se souvient le plus.
C’est la manière dont on choisit d’en sortir qui marque une communauté.
Faire la bonne chose maintenant, ce serait choisir la cohésion plutôt que la pression, le dialogue entre nous plutôt que le contournement, et le respect clair d’une population qui a déjà parlé



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