Sacrifier notre territoire et notre santé

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Claude Rochon

Selon l’auteur de cette lettre, le développement des éoliennes sous le gouvernement actuel semble totalement anarchique. Claude Rochon soulève aussi d’importantes questions concernant le projet de TES Canada dans les MRC de Mékinac et des Chenaux, notamment en raison de l’impact sur la santé des humains et des animaux. (Archives La Tribune)

PAROLE AUX LECTEURS / Le territoire des MRC de Mékinac et des Chenaux, avec ses cours d’eau, ses forêts, ses centaines de lacs et sa magnifique nature miraculeusement préservée, représente un riche milieu de vie et un immense potentiel récréotouristique pour les citadins à la recherche d’un havre de paix.

Le projet de TES Canada de construire 140 éoliennes plus hautes que les 42 étages de la Place Ville-Marie constitue une importante menace à la qualité de vie et à la santé de ses habitants. Avec des contrats renouvelables, ces droits acquis pour une période de vingt ans et plus risquent de devenir un lourd handicap dans la gestion du territoire.À lire aussi

Si un projet est rentable, pourquoi donner notre vent et des servitudes sur notre région? Hydro-Québec est une des rares compagnies qui garnit les coffres de l’État alors que plusieurs entreprises privées réussissent à camoufler leurs profits ou à les transférer dans les multiples abris fiscaux. Pourquoi détruire peu à peu un des rares et précieux fleurons que nous possédons encore?

Demander à TES Canada d’informer la population, c’est comme laisser le loup gérer la bergerie. Leurs représentants nient les inquiétudes des citoyens en les qualifiant de «mythes». Ils réfutent toutes les craintes concernant la santé même si l’organisation caritative américaine «National Wind Watch» répertorie sur son site 480 études faites par des scientifiques soulignant d’importants problèmes.

Des milliers de résidents sur la planète essaient de se faire entendre et certains doivent parfois se résoudre à abandonner leurs propriétés pour conserver ce qu’il leur reste de santé. Les promoteurs parlent de maux psychosomatiques, affirmation difficile à croire quand les animaux sont eux aussi affectés! L’entreprise promet des emplois: pourtant les parcs éoliens sont contrôlés à distance et les usines nouvellement construites sont de plus en plus robotisées.

Le plus grand danger ne réside pas tant dans les sons captés en décibels mais dans les infrasons que notre oreille ne perçoit pas mais que notre corps subit. Plusieurs scientifiques ont pu en enregistrer sur une distance supérieure à 10 kilomètres. Ces infrasons affectent les humains. Certains scientifiques conseillent entre autres aux femmes enceintes et aux personnes atteintes de maladies coronariennes de se distancer des parcs éoliens.

De plus, ces infrasons déstabilisent et désorientent les animaux en plus de les rendre malades. C’est le cas en particulier pour les abeilles déjà en péril et les vers de terre moins présents autour des éoliennes, tous les deux tellement précieux pour notre agriculture. Les caribous s’éloignent instinctivement à une distance de quatre kilomètres. Des éleveurs témoignent de pertes importantes d’animaux, de production de lait réduite et de problèmes de santé accrus.

Les promoteurs qui flairent les nombreuses subventions et les profits énormes reliés au «pétrole vert» peuvent s’appuyer sur les positions complaisantes de plusieurs représentants de nos gouvernements qui finissent par conclure que malgré les craintes soulevées, «il n’y a pas d’études démontrant hors de tout doute les liens entre les éoliennes et les problèmes rencontrés». Les intervenants nous proposent des distances non sécuritaires par rapport aux propriétés.

Ultérieurement, advenant que les représentants soient confrontés à des normes plus sévères pour mieux protéger la population, nos territoires seront-ils parsemés d’immenses «no man’s land» freinant tout autre projet résidentiel, récréatif ou d’entreprise? Nos MRC et nos gouvernements seront-ils appauvris par d’innombrables poursuites judiciaires autant de la part des citoyens que de celle des promoteurs?

Même si c’est en dehors de nos territoires, selon la base de données de l’écrivain économique américain Robert Bryce, il serait intelligent de se questionner sur les motifs qui ont poussé 400 régions des États-Unis à refuser des projets éoliens. D’autre part, le gros bon sens et plusieurs études récentes confirment que les propriétés subissent très souvent une forte baisse d’évaluation.

Contrairement à la plupart des pays, le Québec possède des territoires nordiques très peu habités. Ces régions sont déjà avantageusement traversées par de puissantes lignes de transport de l’énergie. Deux spécialistes reconnus, Réal Reid et Bernard Saulnier, disent qu’on peut «stocker» plus de 900 TW d’énergie éolienne dans les réservoirs actuels d’Hydro-Québec, soit neuf fois plus que les 100 TW dont Québec prétend avoir besoin dans la prochaine décennie.

Ça n’affaiblirait pas l’expertise d’Hydro-Québec, ça conserverait les profits pour le réseau public qui en a grandement besoin afin d’affronter les changements climatiques et ça n’envahirait pas les territoires occupés par les citoyens et l’agriculture. Détail important: ça laisserait du temps pour bien concevoir le projet de société auquel aspirent les Québécois.

Plusieurs gouvernements dans l’histoire du Québec ont donné nos richesses naturelles telles que nos forêts, notre eau, nos mines, nos télécommunications, etc. Celui-ci veut présentement vendre notre vent, notre soleil et maintenant notre lithium. Le développement des éoliennes sous notre gouvernement semble totalement anarchique. Où est le sens de construire de façon aussi précipitée des éoliennes au beau milieu des régions habitées? A-t-on vraiment besoin de sacrifier l’essentiel pour accueillir des entreprises énergivores et opportunistes?

En plus de leur accorder des subventions colossales, le gouvernement leur vend l’électricité à un prix beaucoup plus bas que le montant qu’il paie aux promoteurs privés d’éoliennes. Encourager les petites entreprises locales et l’agriculture serait plus structurant, stabilisant et productif tout en favorisant enfin nos régions et tout en se rapprochant un peu plus de notre nature humaine.

Il faut réduire au maximum les routes de transport de l’énergie et protéger adéquatement notre infime 2 % de territoire agricole alors que la France en compte 45 %. Économiser l’énergie pour faire face aux changements climatiques est une priorité. Le «principe de précaution» pour la santé des Québécois s’impose.

Le Québec a un grand territoire nordique qui lui permet de faire autrement. Est-ce qu’il lui manque seulement l’audace de se faire confiance et la volonté de protéger nos droits sur l’énergie et nos territoires? Nous ne voulons pas de ces immenses «no man’s land» où nous n’aurons plus de qualité de vie. Nous sommes d’abord riches de notre nature.

Je vous invite à visiter l’excellent site «Pour un choix éclairé» de Nicolet-Yamaska. Vous y trouverez de nombreux liens vers les études scientifiques concernant le sujet ainsi que plusieurs vidéos dont l’entretien avec la spécialiste qui étudie les infrasons depuis plus de trente ans, Mariana Alves-Pereira. Il fait un bilan clair des développements en matière d’énergie pour tout le territoire québécois.

Claude Rochon

Lac-aux Sables

MRC de Mékinac

Cette lettre est paru également ici : https://www.lenouvelliste.ca/opinions/parole-aux-lecteurs/2024/04/27/sacrifier-notre-territoire-et-notre-sante-QWL5YUANLFB4LAEYSWHXJENJNI/

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