Pour en finir avec la critique du « PAS DANS MA COUR »

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Pas dans ma cour

7 octobre 2025

Les gens qui s’opposent au Projet Mauricie de TES Canada le font essentiellement par égoïsme, selon TES Canada. C’est en tout cas ce que répète Éric Gauthier, le président de TES Canada, chaque fois qu’il en a l’occasion. Ainsi, les opposants au projet se rendent coupables de faire du « pas dans ma cour » en refusant de participer à la décarbonnation du Québec.

C’est une accusation aberrante qui mérite d’être démontée, parce qu’elle révèle tout le mépris de l’entreprise pour la population au sein de laquelle elle cherche à s’établir.

Cette accusation est aberrante, premièrement, parce qu’elle est avant tout morale. Faire du « pas dans ma cour » serait une forme d’égoïsme. Mais venant d’une entreprise privée, cette accusation est pour le moins hypocrite. Une entreprise est une entité dont la seule considération vise à accroître les profits pour ses actionnaires, donc à pomper vers elle le plus de richesse possible : c’est littéralement la matérialisation légale d’une pratique systématique de l’égoïsme. Le fait que cet égoïsme soit désincarné et exempt de tout sentiment n’y change rien et le rend peut-être encore plus brutal. Bref, venant d’une entreprise – de n’importe quelle entreprise – une accusation d’égoïsme n’est tout simplement pas recevable.

Deuxièmement, cette accusation du « pas dans ma cour » est un détournement de son sens original. En effet, faire du « pas dans ma cour », c’est une forme d’égoïsme, mais qui vient d’un manque de sens civique et d’un refus de faire des sacrifices nécessaires pour le bien collectif. On l’utilise par exemple lorsqu’on parle d’un projet visant le mieux-être de la collectivité (un centre pour les personnes en situation d’itinérance, par exemple) mais que personne ne veut dans son quartier.

Or pour qu’il s’agisse d’un réel « pas dans ma cour », il faut que les sacrifices demandés soient non seulement pour le bien collectif, mais aussi proportionnels au bien collectif.

Ainsi, demander un énorme sacrifice à un petit groupe pour un bien collectif mineur ne serait pas vraiment raisonnable. Mais le Projet Mauricie de TES Canada ne représente ni des sacrifices proportionnels, ni un bien collectif. Selon les opposants au projet, c’est même le contraire. En effet, les deux seuls éléments de mieux-être collectif avancés par TES Canada pour vendre son projet sont la décarbonnation et les retombées économiques.

Mais l’élément avancé de la décarbonnation représente une fumisterie de bas étage, que tous les spécialistes (sauf ceux payés par TES Canada) ont démontré sans équivoque.

Et les retombées économiques promises ne sont que cela : une promesse qui n’engage en rien TES Canada. Le Projet Mauricie vise le bien-être financier des actionnaires de TES Canada, mais ne représente pas un bien collectif. Sauf si l’on considère la destruction des paysages, de la faune, de la flore, de la qualité de vie de toute une région comme un bien collectif.

Troisièmement, les seules personnes qui défendent le Projet Mauricie sont des personnes qui ont reçu de l’argent ou qui espèrent recevoir de l’argent de TES Canada et qui, pour la plupart, n’auront à subir aucun désavantage de l’implantation du projet.

En effet, la majorité des gens qui ont accepté de signer des contrats pour héberger des éoliennes sur un terrain leur appartenant ne vivent même pas dans la région touchée. Ce n’est pas un grand sacrifice de mettre quelque chose sur ma propriété si cette propriété s’adonne à être située à 200 km de l’endroit où je vis en réalité. C’est même l’opposé d’un sacrifice qui démontre la moralité d’un Séraphin Poudrier ou d’un Elvis Gratton. Et ce sont ces personnes qui seraient des exemples moraux à suivre selon TES Canada? Les bons citoyens qui œuvrent pour le bien de notre région? C’est grotesque.

Quatrièmement, et c’est peut-être le point le plus choquant de tous, c’est l’attitude colonisatrice que démontre cette accusation de faire du « pas dans ma cour ». De quel droit une entreprise renverse-t-elle le fardeau de la preuve pour qu’il repose maintenant sur le dos des citoyens de démontrer de façon tangible et indiscutable les retombées négatives du projet? Nous vivons ici. Nous sommes établis dans cette région depuis des décennies et pour certaines familles, des siècles. Nous habitons ce terroir, nous le mettons en valeur, nous l’admirons, nous l’aimons depuis des générations, et nous aurions le devoir maintenant de quantifier cet attachement à notre qualité de vie? Non. C’est à l’entreprise de démontrer précisément, scientifiquement et en toute transparence que les retombées positives pour l’ensemble des citoyens éclipsent sans équivoque toutes les retombées négatives. Ce serait ensuite aux différents paliers gouvernementaux d’évaluer objectivement ces renseignements. Ensuite, les citoyens seraient libres de consentir ou non.

Or jusqu’à présent, TES Canada offre un prévisible et décevant spectacle de marketing, un redoutable travail de lobbyisme, et le sens critique de tous les paliers de gouvernement (municipal, provincial et fédéral) est aux abonnés absents. Nous ne sommes pas un territoire à coloniser.

Parce que c’est ce que cache véritablement l’accusation de faire du « pas dans ma cour ». Si Éric Gauthier était honnête, il devrait plutôt dire : « Les opposants au projet refusent d’être colonisés par TES Canada ». Cette accusation-là, nous l’acceptons sans problème..

Isabelle Clément – Conseillère municipale Hérouxville

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