11 juin 2024 à 04h00
POINT DE VUE / Lettre de Dany Janvier en réplique à la lettre du maire de Saint-Adelphe, Paul Labranche
Monsieur Labranche, vous êtes maire de Saint-Adelphe depuis longtemps et vice-président du C.A. d’Énercycle. Dans votre lettre, vous abordez les difficultés que rencontrent les élus municipaux pour tenir des débats constructifs sur des sujets majeurs et sensibles. Vous vous demandez si cela est dû aux réseaux sociaux ou à des institutions municipales inadaptées. Sur ce point, nous sommes d’accord: ces difficultés sont bien réelles, mais admettez que vous y contribuez pour beaucoup. Votre exposé n’est qu’une projection des dysfonctionnements observés dans les rencontres du conseil depuis que le projet de TES Canada menace notre précieux et patrimonial milieu de vie.
Depuis près de six mois, chaque mois, nous nous rendons au conseil municipal pour nous informer, vous questionner, et même vous proposer des pistes de solutions légales qui seraient facilement applicables, car la production d’énergie sur notre territoire est de compétence municipale. Nous avons fait nos recherches auprès d’experts indépendants, et non seulement auprès du promoteur privé d’une usine à gaz prétendument verte, qui n’est pas du tout rentable sans subventions et crédits d’impôt. Vous semblez aveuglés par ce projet de 4 milliards de dollars, et il semble que la présence de citoyens informés vous dérange. Vous êtes ceux qui délivrent les permis de construction et les changements de zonage ou d’aménagement du territoire. Mais au lieu de vouloir collaborer, vous vous braquez. Les citoyens qui osent se présenter au conseil se sentent infantilisés, ignorés, même méprisés.
Les séances du conseil sont presque toujours vides, et c’est normal: la population inquiète ne se sent pas représentée par vous. C’est votre show et c’est vous qui décidez. Chaque fois qu’on pose une question à un conseiller, il vous regarde avant de timidement prendre la parole, soumis. C’est honteux. Durant un conseil, on devrait entendre autant sinon plus les conseillers que vous. Vous ne devriez être là qu’en cas de situation à départager ou problématique.
Vous semblez vouloir tout contrôler: à la période de questions, qui est un temps alloué pour le questionnement des citoyens, vous monopolisez le temps pour tenter de répondre à votre façon à toutes les questions que nous pourrions vous poser au sujet des éoliennes et du projet de TES Canada. Vous démontrez ainsi votre incapacité à écouter les citoyens. Comment pouvez-vous ensuite oser dire que certains citoyens sont arrogants et parlent fort. Miroir, miroir…
Depuis des mois, je vous pose la même question: «D’après Éric Gauthier, DG de TES Canada, Pierre Fitzgibbon, Michael Sabia et plusieurs autres, le projet ne se fera pas sans l’acceptabilité sociale. Alors comment comptez-vous mesurer cette acceptabilité sociale?» Nous attendons toujours la réponse, car votre réponse est toujours la même: «Nous ne sommes pas assez informés sur le sujet, il y a beaucoup d’étapes avant, nous nous devons de respecter ceux qui sont pour et ceux qui sont contre. Il y a le BAPE (qui est non coercitif, en passant) et la CPTAQ (qui accepte 98 % des projets éoliens), etc.» Nous ne nous sentons pas du tout rassurés avec cette attitude de laisser-aller et de laisser-faire.
Pourtant, de notre côté, des juristes chevronnés nous expliquent que les municipalités ont tous les mécanismes pour faire des référendums et consulter vraiment la population. La production d’énergie locale est de compétence municipale. Alors pourquoi ne voulez-vous pas faire un référendum?
Même Guy Veillette, préfet de la MRC voisine, qui est elle aussi concernée par le projet de TES CANADA, l’a déclaré à la rencontre de consultation de la MRC des Chenaux le 5 juin 2024: «On souhaite qu’il y ait des référendums.» Voici un extrait du Nouvelliste: «Une fois les normes minimales établies par une MRC, la balle est dans la cour des municipalités, qui doivent alors déterminer dans quelles zones et de quelle manière les éoliennes peuvent être implantées. Les citoyens des zones touchées et des zones adjacentes peuvent alors se mobiliser pour signer un registre, lequel pave la voie à la tenue d’un référendum si le nombre de signataires est suffisant.»
Monsieur Labranche, je vous repose la question: pourquoi vous obstinez-vous, sans raison valable, à refuser de prendre le pouls de votre population par un référendum consultatif ou même un véritable sondage mené par une firme indépendante, comme nous vous le demandons depuis des mois ? Pourquoi ce déni total de démocratie? Pourquoi le sujet TES Canada n’a-t-il jamais été mis à l’ordre du jour du conseil municipal?
Vous vous parez d’une fausse neutralité. Un politicien doit être prudent, mais pas neutre. Depuis que la politique existe, l’un des rôles premiers d’un politicien est d’avoir une vision pour l’avenir, de partager ses idées, ses valeurs, ses orientations. Et là, vous me dites que vous devez être neutre? Quelle blague! C’est d’un ridicule consommé. Je vous ai même demandé lors du dernier conseil, si vous étiez en campagne électorale demain et qu’un citoyen vous demandait ce que vous allez faire avec les éoliennes et TES Canada, eh bien vous avez encore eu l’odieux de répondre: «Je serais neutre, rien de plus, et si on ne veut pas voter pour moi, tant pis…» Voyons donc! Nous croyez-vous dupes? Et là, je vous entends dire: «Si tu n’aimes pas ma réponse, pourquoi me la poser?» C’est grotesque. Vous semblez même vous croire tellement vous jouez bien votre jeu… De là, je réponds: «Êtes-vous vraiment stratégique à ce point ou simplement inconscient?»
Tout au long de votre lettre au Nouvelliste, vous jouez sans cesse à la victime, quand pourtant c’est vous qui nous agressez. Nous essayons de collaborer avec vous depuis le début, mais tout ce qu’on vous apporte est ridiculisé ou rejeté.
Vous êtes bien drôle aussi quand vous dites: «Je suis maire de Saint-Adelphe depuis 2001 et jamais auparavant je n’ai assisté à un tel engouement pour un dossier comme celui du projet éolien de TES Canada.» La réponse est simple, monsieur Labranche: c’est normal, même tout à fait normal, car personne n’a jamais vu de projet aussi controversé et potentiellement dévastateur que celui-ci en milieu habité, en plus pour alimenter une usine à gaz privé faussement verte. C’est clairement du jamais vu, et même sur la planète entière, le Québec devrait décarboner si on vous écoute.
Monsieur Labranche, par votre inaction et votre prétendue neutralité, vous semblez prêt à accepter 29 éoliennes de 7 à 10 MW de 700 pieds de haut sur votre territoire pour que votre municipalité puisse recevoir des chèques de redevance à la pelle. Bien entendu, après cette rentrée de fonds, le reste du développement agro-touristique, agro-économique, la population rurale aussi, etc. sera relégué au second plan. Vous n’imaginez pas une seconde les impacts que ce projet pourrait avoir ici si votre proposition passe. Ne me dites pas que ce n’est pas votre projet, sinon vous auriez un minimum d’écoute, ce que vous n’avez pas. La seule chose que vous semblez avoir pour vos citoyens, c’est du mépris.
En outre, il est crucial de rappeler que vous et vos collègues n’avez pas été élus sur la base d’un projet d’une telle envergure, qui transformera à jamais notre belle région. Si les plus hautes instances du gouvernement vous dictent une façon de faire, pourquoi ne pas vous appuyer sur votre population qui souhaite participer et soutenir des élus qui les soutiennent en retour? C’est précisément ce que nous demandons depuis le début. Au lieu d’aider une entreprise et une poignée de citoyens en conflit d’intérêts, vous devriez soutenir la population qui se sent menacée par ce projet destructeur et inconsidéré. Si vous nous écoutez et travaillez avec nous, nous serions à vos côtés.
Cordialement,
Dany Janvier
Contre la privatisation du vent et du Soleil dans Mékinac Des Chenaux, RVÉQ
La lettre a paru également ici : https://www.lenouvelliste.ca/opinions/point-de-vue/2024/06/11/tes-canada-un-politicien-doit-etre-prudent-mais-pas-neutre-ZLZOBIOEVNFPJALGZSVOJDJQUI/



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