Par Dany Janvier, documentariste et citoyen concerné
On aura rarement vu un tel concentré de greenwashing que dans le résumé de l’étude d’impact du Projet Mauricie présenté par TES Canada, relayé par Le Nouvelliste.
Il faut le lire pour le croire: dans cette opération de relations publiques déguisée en document scientifique, Éric Gauthier, PDG de TES Canada, ose affirmer que les «seuls deux impacts majeurs» de son projet seraient la réduction de GES et les retombées économiques. Rien que ça.
Le reste? Bagatelles. Visuel, faune, flore, bruit, eau, déboisement massif… de petits détails sans importance, selon lui.
Dès le départ, une question essentielle s’impose: comment peut-on se fier à une étude d’impact réalisée par AtkinsRéalis, la firme d’ingénierie qui serait ensuite mandatée pour réaliser le projet? Où est la neutralité dans cette démarche?
Peut-on vraiment accorder foi à une étude d’impact quand l’arbitre est aussi le joueur?
Commençons par l’évidente manipulation des images. TES nous montre des «simulations visuelles» grotesques, comme si leur étendue réelle — 133 éoliennes de 200 m de haut — allait se fondre dans le paysage. C’est insulter notre intelligence.
Je suis photographe professionnel, et je peux vous affirmer que leurs simulations n’ont rien à voir avec la perception réelle de l’œil humain. On utilise ici des images prises au grand angle maximal, une technique bien connue pour minimiser visuellement l’impact d’objets gigantesques. C’est de la manipulation pure et simple.
J’ai réalisé un documentaire à Saint-Gédéon, au Lac-Saint-Jean, où les habitants vivent à proximité d’éoliennes pourtant bien plus petites que celles de TES. Et déjà, les impacts sont lourds: paysages défigurés, bruit constant, faune perturbée.
Alors imaginez ce que ça signifie avec 133 monstres industriels, dont 44 pour la seule municipalité de Saint-Adelphe.
Et que dire de la faune qu’on prétend épargner? Autour du lac Pierre-Paul, un endroit visé par TES Canada, les tortues des bois sont en pleine période de ponte. Mais on n’en parle pas. Comme si l’impact de routes d’accès, de déboisement et de machinerie lourde sur une espèce déjà vulnérable n’existait pas.
La forêt? 482 hectares seront rasés. Et TES tente de faire passer ce massacre pour anodin parce que ces bois sont «exploités commercialement».
Depuis quand une coupe massive devient-elle acceptable sous prétexte qu’elle est déjà fragilisée? On promet de relocaliser quelques salamandres comme si c’était un plan environnemental sérieux.
Les milieux humides? 75,8 hectares seront affectés «de façon permanente». Et pour le CO2, on parle de fuites possibles mais précisément calibrées, et d’employés portant un détecteur en tout temps. Dormez tranquilles.
Mais le pire réside dans le message global: TES réussit à repeindre un projet industriel destructeur avec les couleurs de l’écologie.
On parle de «décarbonation du Québec» comme s’il s’agissait d’un cadeau à la planète, alors qu’il s’agit avant tout de produire de l’hydrogène pour les marchés internationaux, au prix de nos forêts, de notre faune, de nos rivières, de nos communautés rurales.
On impose le projet à des territoires sans leur consentement, on les accuse de s’opposer au «progrès», et on habille le tout avec des chiffres creux et une mise en scène pseudo-scientifique.
Ce n’est pas un projet vert. C’est une opération financière qui dévore du territoire au nom d’une rentabilité maquettée en vertu.
Et quand on gratte un peu le vernis, on retrouve ce qu’on dénonce depuis le début: du greenwashing à grande échelle. Du grand n’importe quoi. Il est temps de voir clair.
Cet article est paru également dans Le Nouvelliste : TES Canada, une mascarade d’envergure



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