Par Michel Tremblay
26 mars 2026
Réflexion de fin de soirée. Oui, oui, on m’a déjà insulté par courriel pour ça, mais j’y vais quand même.
Je sais, on ne devrait plus parler du projet. On devrait parler de ce qu’il révèle : un déni de démocratie, une acceptabilité sociale bafouée. Mais il y a deux points qui me purgent. Les fameuses retombées et la dévitalisation.
On nous parle de retombées. Mais TES, dans ses propres documents, parle de compensation. Et ce mot-là change tout.
Une compensation, ce n’est pas un cadeau. Ce n’est pas une preuve que le projet est bon. Par définition, c’est l’aveu qu’il y a quelque chose à compenser. Donc l’aveu qu’il y a une nuisance, une perte, un prix à payer quelque part.
Mais ça, on dirait que personne ne veut l’entendre.
L’argent, lui, peut se répartir. Il circule dans des ententes, des structures, des arrangements institutionnels. Il se présente bien. Certains touchent. Certains négocient. Certains parlent déjà comme si le simple fait qu’il y ait compensation réglait la question morale, comme si on pouvait acheter le droit de nuire pourvu qu’on signe un chèque.
Mais les nuisances, elles, ne se répartissent pas.
Elles restent à la même place. Sur les mêmes familles. Sur les mêmes rangs. Sur les mêmes milieux de vie. Toujours les mêmes.
On diffuse l’argent. On concentre les impacts. Et certaines municipalités se retrouvent avec les bénéfices sans jamais avoir à vivre avec un seul inconvénient. Pas une éolienne dans leur paysage. Pas un bruit dans leurs nuits. Mais une part du chèque sur la table. Et on voudrait que ça passe pour de l’équilibre.
Et pendant qu’on parle de retombées, on dévitalise.
On dévitalise concrètement. Un cadre de vie dégradé, des propriétés qui perdent leur valeur, des familles qui finissent par partir. Le milieu qui portait un mode de vie, une tranquillité, un paysage — on le vide de ce qui faisait que les gens voulaient y rester.
Et on dévitalise politiquement. Parce qu’un milieu a beau parler, des citoyens ont beau s’exprimer, des signaux démocratiques ont beau s’accumuler, on continue pareil. On continue à faire tourner la machine. On continue à parler d’ententes et de compensation comme si le fond du problème n’avait pas déjà été posé, répété, crié, voté. À force d’ignorer la parole d’un milieu, on lui enseigne que sa parole ne compte pas. Et un milieu qui apprend ça, c’est un milieu qui se vide aussi de sa confiance, de sa capacité d’agir, de sa volonté de s’engager.
C’est la double dévitalisation. On abîme le territoire et on brise ceux qui le défendent.
Le piège est toujours le même : faire croire que si quelque chose est compensé, la question est réglée. Comme si la compensation prouvait l’équilibre. Comme si elle effaçait la nuisance. Comme si elle réparait le contournement de la volonté exprimée.
Non.
La vraie question est plus crue : ceux qui subissent les nuisances sont-ils ceux qu’on compense réellement? Et ceux qui absorbent les impacts ont-ils un vrai pouvoir pour bloquer ce qu’ils refusent?
Si la réponse est non, et elle est non, alors il faut arrêter les beaux discours.
On est dans une mécanique où l’on distribue l’argent à ceux qui ne vivront jamais avec le bruit, où l’on concentre les impacts sur ceux qui n’ont jamais demandé ça, et où l’on demande aux plus touchés d’avaler cela calmement pendant que d’autres se partagent la justification.
Réflexion d’un maire écoeuré comme ça se peut pas



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