Par Bruno Detuncq, professeur à la retraite de Polytechnique Montréal
5 avril 2025
Mardi le 1e avril dernier, a été présenté sur les ondes radio de Radio-Canada Mauricie, deux courtes entrevues portant sur le projet TES Canada. Le sujet était de recueillir les propos de deux producteurs agricoles de la région de Mauricie et qui ont acceptés de signer des contrats avec l’entreprise TES Canada, entreprise qui a été récemment rebaptisé Projet Mauricie TES Canada, cela fait plus local, même si l’on sait très bien que ce sont des investissements internationaux qui sont derrière ce projet. Le tout n’a duré que 6 minutes, mais 6 minutes d’information biaisée et très incomplète.
Le projet est présenté aussi bien par le journaliste de Radio-Canada que par les deux producteurs agricole comme un projet d’énergie verte et bon pour l’environnement, en plus de permettre aux producteurs agricoles de recevoir une redevance monétaire intéressante. Mais problème, jamais il est mentionné à quoi servira l’hydrogène produit par l’usine de TES. Et c’est là où l’environnement et la finance prennent des chemins divergents.
Rappelons que l’hydrogène qui sera peut-être produit par l’usine de TES servira, en principe, à être converti au deux tiers de la production en méthane pour ensuite être injecté dans le réseau de gaz naturel d’Énergir, et pour le tiers restant de l’hydrogène, il servira à alimenter des camions de marchandise. Aucune de ces deux filières n’ont des rendements énergétiques plus élevés que 25 %, c’est une perte d’énergie irresponsable en ces temps où l’énergie est reconnue comme précieuse. Ne pas oublier que, pour construire toutes les infrastructures nécessaires, 133 éoliennes géantes, près de 600 000 panneaux photovoltaïques, les électrolyseurs, et les autres composants, cela demandera beaucoup de matériaux peu courants et âprement disputés sur le marché international. De plus, cela permettra à Énergie de verdir une toute petite partie de la distribution de son gaz fossile. Les deux personnes interviewées mentionnent que les changements climatiques affectent considérablement la production agricole, mais ce n’est pas en poursuivant la consommation de gaz fossile que les émissions de CO2 vont diminuer, au contraire.
La direction que nous devons prendre collectivement pour permettre une transition écologique juste et viable à long terme doit allier trois aspects :
- que la production électrique soit de source renouvelable et de propriété collective;
- que des programmes d’efficacité énergétique soient mis en place dans tous les secteurs;
- que la sobriété soit promue et accompagnée partout où cela est possible.
Au lieu de cela des projets comme TES Canada feront en sorte de dilapider des deniers publics soit directement ou indirectement, de dilapider des matériaux nécessaires à la transition, de poursuivre les émissions de GES, et pour finir, ce projet permettra à des fonds spéculatifs d’exporter des bénéfices vers des paradis fiscaux, ce qui appauvrira la province.
Pour revenir aux propos des personnes intervenant dans cette émission, il est évident qu’elles sont de bonne foi, mais n’ont pas eu toute l’information du promoteur, ce qui démontre une manipulation du discours, et ceci doit être dénoncé.
Il a été question de l’économie du 21e siècle, mais cette économie ne doit pas encourager le gaspillage d’énergie et une plus grande perturbation de l’environnement, comme le fait le projet de TES.
Les audiences publiques qui doivent se tenir dans les mois qui viennent sous l’égide du BAPE sur ce projet, permettront sans doute de mettre en lumière toutes les lacunes de ce projet et il est fort à parier que de nombreuses citoyennes et citoyens se présenteront à ces audiences pour en démontrer la non-acceptabilité sociale et la non-viabilité scientifique.
Bruno Detuncq



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