Martine Ouellet
10 avril 2026
La réaction agressive d’Éric Gauthier, pdg de TES Canada et ancien cadre de Power Corporation, en dit long. Son attaque frontale, personnelle et diffamatoire avec son titre mensonger: Martine Ouellet le visage de la désinformation démontre à quel point l’élan citoyen contre ses éoliennes privées et son usine d’hydrogène dérange les plans du puissant réseau d’influence Chrétien-Desmarais. Contrairement à M. Gauthier, je ne m’abaisserai pas aux attaques personnelles d’intimidation. Mais il est impératif de rectifier les faussetés qu’il propage et que sa chambre d’écho s’empresse de répéter.
M. Gauthier affirme que l’autoproduction d’électricité a toujours été légale au Québec. C’est faux. À son annonce, le projet de TES Canada était bel et bien illégal. L’autoproduction éolienne n’était pas permise.
Concernant l’autoproduction hydraulique, il n’y a eu que deux exceptions historiques lors de la nationalisation de l’électricité: Alcan/Rio Tinto et Domtar/Résolu. Comme je l’expliquais, ces exceptions étaient liées à un pacte social aujourd’hui complètement rompu. Les autres exemples présentés par M. Gauthier sont des cas d’autoproduction de biomasse forestière très limités. Mélanger les deux relève de la malhonnêteté intellectuelle.
Il a fallu le projet de loi 69, adopté sous bâillon, pour légaliser l’autoproduction éolienne privée. Ce projet de loi, déposé par Pierre Fitzgibbon, lui aussi un proche des Desmarais, a été conçu sur mesure pour TES. Plus précisément, l’article 38 du PL69 a élargi l’exception de l’autoproduction pour y inclure l’éolien, et l’article 106 qualifie le gaz réformé à partir d’hydrogène de gaz de source «renouvelable», ouvrant la porte aux subventions massives. Sans le PL69, le projet de TES serait resté ce qu’il était: illégal.
TES, un pur gaspillage énergétique et économique
M. Gauthier conteste le chiffre de 94% de gaspillage d’électricité. Les faits parlent d’eux-mêmes. Le projet de TES vise à produire de l’hydrogène en craquant la molécule d’eau, puis à ajouter du carbone pour créer du gaz réformé injecté dans le réseau d’Énergir. L’ensemble du processus consomme énormément d’électricité. À titre illustratif, selon les calculs d’un professeur émérite de Polytechnique, le gaz réformé de TES pourrait alimenter 40 000 résidences, alors que la même électricité utilisée directement avec des thermopompes en alimenterait 666 000. Les pertes d’énergie sont donc de 94%.
M. Gauthier rétorque que ce gaz est destiné au marché industriel. Nous n’avons jamais prétendu le contraire. Mais il y a un problème de taille, car selon Johanne Whitmore de la Chaire des HEC, ce gaz réformé coûterait 10 fois plus cher que le gaz conventionnel. Quelles usines accepteraient de payer leur combustible 10 fois plus cher? La réponse est évidente, aucune. À moins de subventions massives à l’achat, encore payées par les contribuables, ce marché n’existe tout simplement pas.
Quant à la prétendue «décarbonation» avancée par TES, ce n’est pas de remplacer du gaz par du gaz réformé. La vraie décarbonation c’est de remplacer le gaz directement par l’électricité. Des technologies innovantes efficaces existent: torche au plasma, procédés électriques industriels. Au Québec, qualifier l’hydrogène d’«énergie de transition» relève de la désinformation et de l’écoblanchiment.
Impact sur la valeur des propriétés: jusqu’à 40% de perte selon Forbes
M. Gauthier prétend que je déforme un article de Forbes. Nous n’avons clairement pas lu le même article. L’article de Forbes intitulé «Do Wind Turbines Lower Property Values?» explique clairement que l’opinion des agents immobiliers et des évaluateurs qui n’ont pas d’intérêt ni pour ni contre les éoliennes est révélatrice et il cite le témoignage de M. McCann: Dans un rayon de 2 milles (3,21 km) d’une éolienne industrielle, la valeur des propriétés peut chuter de 25% jusqu’à 40%.
Avant d’utiliser des mots comme «malhonnête» pour qualifier mes conclusions, M. Gauthier devrait se regarder dans le miroir.
Les crédits d’impôt fédéraux qui favorisent la privatisation de l’électricité
M. Gauthier joue sur les mots en écrivant que les crédits d’impôt «ne représentent pas une perte directe pour les citoyens». Nous sommes d’accord: ce n’est pas une perte directe. C’est une perte indirecte. Mais c’est une perte quand même. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai expliqué lors de l’entrevue que les crédits d’impôt constituent un manque à gagner pour le gouvernement. Moins de revenus fiscaux égale moins de services publics ou hausses d’impôts ailleurs. Au bout du compte, ce sont toujours les contribuables qui paient.
Il faut savoir que, selon plusieurs experts, la viabilité du projet TES Canada repose entièrement sur des aides gouvernementales, en particulier les généreux crédits d’impôt fédéraux pour l’éolien, le solaire et l’hydrogène, mis en place par Michael Sabia lors de son passage au ministère des Finances du Canada. Curieuse coïncidence: ces crédits d’impôt ont été annoncés quelques mois avant l’annonce du projet de TES de Mme Chrétien-Desmarais.
De plus, je n’ai jamais prétendu que ces crédits étaient accessibles uniquement à TES. Ce que je dénonce, c’est l’ingérence du fédéral qui vise à privatiser la production d’électricité à travers ces incitatifs, mettant en péril la mission d’Hydro-Québec et le pacte social de la Révolution tranquille.
Les citoyens comme gardien du territoire
Avec des taux d’opposition variant de 68% à 91% aux référendums municipaux et une lettre de refus signée par 64 élus municipaux, l’acceptabilité sociale n’est manifestement pas au rendez-vous. Les promoteurs de TES peuvent continuer à prétendre que les citoyens ne comprennent pas. La réalité, c’est qu’ils comprennent parfaitement et qu’ils refusent massivement ce projet.
Le dossier TES Canada cristallise les dérives d’un modèle de développement énergétique qui privilégie les intérêts privés au détriment de la cohérence énergétique, économique et écologique. Il incarne tout l’opposé d’une transition énergétique responsable. Il constitue l’exemple frappant d’un affrontement asymétrique entre citoyens et lobby affairiste du type David contre Goliath.
L’attaque personnelle et diffamatoire de M. Gauthier n’y changera rien. Les citoyens de la Mauricie sont mobilisés. Des élus locaux se tiennent debout. Des experts sonnent l’alarme. Et Climat Québec prend l’engagement de tout faire pour que ce projet aberrant ne voie pas le jour.
C’est loin d’être terminé, mais il faut se rappeler que dans l’histoire, c’est David qui gagne, pas Goliath.
Cette lettre est parue également dans Le Nouvelliste du 2026-04-10. : https://www.lenouvelliste.ca/opinions/parole-aux-lecteurs/2026/04/10/reponse-a-la-propagande-de-tes-canada-SHH6KCZGRBFLHEDPX6LBIDJ2SY/



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