Isabelle Clément, conseillère municipale à Hérouxville.
17 avril 2026
Depuis quelques semaines, on entend partout que les élus devraient «représenter tous les citoyens». Répétée par TES Canada, par certains médias, par certains candidats défaits aux dernières élections ainsi que par les sympathisants du projet, cette idée semble raisonnable. Elle repose pourtant sur une confusion fondamentale.
Oui, les élus municipaux représentent l’ensemble de la population. Cela implique d’être à l’écoute, de considérer les points de vue divergents et de gouverner avec respect. Mais cela ne signifie pas — et ne peut pas signifier — représenter chacune des opinions individuelles dans les décisions prises.
Une démocratie ne fonctionne pas à l’unanimité. Elle fonctionne en débattant, puis en décidant. Et décider, c’est forcément déplaire à quelqu’un.
Le rôle d’un élu n’est pas de refléter toutes les opinions — c’est impossible. Son rôle, c’est de trancher dans l’intérêt collectif, à la lumière des informations disponibles, des consultations menées et du mandat reçu de la population.
Cet équilibre est essentiel: écouter tout le monde, mais décider.
Dans le contexte actuel, cette distinction prend une importance particulière. Dans beaucoup de municipalités de la région, la question du projet TES Canada a été au cœur des débats publics et des élections récentes. Le niveau de participation élevé témoigne de l’importance de cet enjeu pour la population.
Étonnamment, cette exigence de «représenter tout le monde» disparaît lorsqu’il est question d’Yves Lévesque, maire de Shawinigan, pourtant clairement en faveur du projet. Pourquoi exiger des élus de Mékinac et des Chenaux ce qu’on ne demande pas à Shawinigan?
En réalité, la question se poserait davantage dans son cas: le projet ne faisait pas partie de sa campagne électorale, et il ne dispose donc pas d’un mandat clair sur cet enjeu. À Saint-Adelphe, au contraire, le projet était central — et les élus ont reçu un mandat clair pour s’y opposer.
Cette prétendue exigence de neutralité n’est pas innocente: c’est une façon de vider la politique municipale de sa substance. On comprend qu’il soit dans l’intérêt de TES Canada, qui ne bénéficie pas de l’acceptabilité sociale nécessaire, d’essayer de neutraliser des élus récalcitrants (on rappelle que 64 élus de la région ont signé une lettre pour fermer définitivement la porte au projet).
Lorsque les citoyens se prononcent clairement dans un processus démocratique — que ce soit par une élection ou un référendum — les élus ont la responsabilité d’en tenir compte dans leurs décisions. Cela ne les dispense pas de demeurer ouverts à l’information et au dialogue, mais cela constitue un élément central du mandat qui leur est confié.
Être élu, ce n’est jamais être neutre. C’est être responsable. Responsable d’assumer des choix, de les expliquer et d’en répondre publiquement.
On peut être en désaccord avec ces choix. C’est légitime, et même sain en démocratie. Mais demander aux élus de ne pas prendre position, ou de suspendre leur jugement pour refléter simultanément toutes les opinions, revient à vider leur rôle de sa substance.
La politique municipale est souvent l’échelon le plus proche des citoyens. C’est aussi celui où la confiance repose le plus directement sur la clarté des positions et la cohérence des décisions.
Avant de demander la neutralité des élus, demandons-nous à qui cela sert vraiment.
Cette lettre est parue également dans Le Nouvelliste du 2026-04-10. : https://www.lenouvelliste.ca/opinions/point-de-vue/2026/04/17/pour-en-finir-avec-le-mythe-de-lelu-qui-doit-representer-chaque-citoyen-OWUQW6ZX3BAGXOGBTG5SPEXEDY/



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