Par Michel Tremblay
29 avril 2026
Les chroniques du Maire écoeuré
Michel Tremblay, maire d’Hérouxville
2026-04-29
Le maire de Hérouxville, nous livre une autre de ses fameuses chroniques en réaction aux récentes déclarations du PDG de TES Canada sur les référendums.
C’est dommage qu’Éric Gauthier n’ait pas soumis son commentaire du 28 avril sur l’acceptabilité sociale au concours de l’Artiste de l’année en Mauricie. Il n’aurait pas fait d’ombre à Dany Janvier, mais dans l’art de prendre un non démocratique parfaitement clair et de le repeinturer en problème de signification, il avait une très belle candidature pour la deuxième place.
Le 28 avril, il nous a expliqué, en gros, que quand le monde vote non, le problème n’est pas le projet. Non. Le problème, ce serait le référendum. Trop binaire. Trop simple. Trop limité. Trop influencé. Bref, quand la réponse ne fait pas leur affaire, le mécanisme devient soudainement croche.
C’est toujours la même cassette.
Quand le monde dit oui, c’est de l’acceptabilité sociale.
Quand le monde dit non, il faut continuer le dialogue.
Quand il redit non, c’est qu’il manque d’information.
Quand il vote non, on découvre les limites du vote.
Quand il tient encore son bout, là on nous parle de climat, d’émotions, de désinformation, de nuance.
Sauf qu’au moment de voter, il n’y a personne dans l’isoloir pour tenir le crayon du monde. Le problème, ce n’est pas la peur. Le problème, c’est que le bulletin a dit non sans leur demander la permission.
Autrement dit, chez eux, le non n’est jamais une réponse. C’est juste un oui qui n’a pas fini son cours de rattrapage.
C’est là que je commence sérieusement à manquer de patience. Puis il faut encore se faire servir le ton supérieur, le regard d’en haut, la petite tape sur la tête au peuple pas encore rendu à la bonne réponse. On nous parle d’écoute, mais on n’écoute jamais jusqu’au bout. On nous parle de démocratie, mais seulement quand elle sort la bonne réponse. On nous parle d’acceptabilité sociale, mais on a surtout l’air de parler d’un non qu’il faudrait fatiguer, user, puis polir jusqu’à ce qu’il finisse par ressembler à un oui présentable.
Le problème, c’est que le monde a compris.
Puis il a dit non.
Et ça, ils ne l’avalent pas.
Parce qu’un vrai non, ça bloque. Ça ferme des portes. Ça oblige à admettre qu’un milieu peut regarder un projet, le comprendre, puis le refuser pareil. Et ça, visiblement, c’est beaucoup trop brutal pour le beau vocabulaire repassé de l’acceptabilité sociale.
Imaginez quelqu’un qui cogne chez vous, qui veut entrer sur votre terrain, qui se fait répondre non, puis qui se met à plaider que votre non est incomplet, qu’il manque de nuance, qu’il a été exprimé dans un mauvais climat, qu’il faudrait reprendre le processus, mieux vous informer et continuer le dialogue. Vous comprendriez assez vite que le problème, pour cette personne-là, ce n’est pas qu’elle n’a pas été entendue. Le problème, c’est qu’elle ne supporte pas la réponse. En langage normal, ça s’appelle juste refuser le refus.
Un refus.
C’est ça, le vrai tour de passe-passe de M. Gauthier. Le citoyen peut parler. Le citoyen peut voter. Le citoyen peut recommencer. Mais il ne faudrait surtout pas que ça compte assez pour déranger le scénario déjà écrit.
Et après ça, il faudrait trouver ça fin. Il faudrait trouver ça nuancé. Il faudrait presque remercier le monde qui nous explique, d’un ton supérieur, que le non ne veut pas vraiment dire non, juste qu’il n’a pas encore été assez bien encadré.
Dans une démocratie, quand une population concernée se prononce clairement, ce n’est pas un détail qu’on retravaille dans une autre séance d’information. Ce n’est pas un bug qu’on corrige avec un meilleur message. C’est le message.
Et si ça les irrite autant, c’est peut-être simplement parce que le monde a compris.
Voilà ce qu’ils n’acceptent pas.
Le monde a compris.
Puis il a dit non



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