Claude Charron
14 mai 2026
En 2005, Hydro-Québec lançait un 2e appel d’offres pour un projet d’énergie éolienne de 2 000 MW. En avril 2026, la société d’État en était à son 7e appel d’offres, pour un potentiel de 3 000 MW. Comment l’implantation des projets éoliens a-t-elle évolué pendant cette période de 20 ans?
Des éoliennes industrielles aux mégaéoliennes
Entre le 2e et le 7e appel d’offres, les turbines sont passées d’une puissance de 2 MW à 7 MW, et d’une hauteur de 450 pieds à 690 pieds. La surface balayée par les pales a triplé et couvre maintenant 3 terrains de football! Le bruit audible augmente donc, et porte plus loin. La forte hausse des sons de basse fréquence (inaudibles) accroît le risque de troubles de santé chez les humains et les animaux. (1) Le rayon de la zone de sécurité (chute de débris, de glace, etc.) autour d’une éolienne passe de 250 à 400 mètres, couvrant une surface de 50 hectares! Étant donné la configuration étroite des terres au Québec, cette zone d’accès restreint (ZAR) déborde donc chez un ou plusieurs voisins, compromettant leur sécurité et leur liberté de mouvement.(2)
Malgré cette hausse importante de la puissance et de la hauteur des éoliennes, la distance de protection par rapport aux résidences est passée de 600 mètres à seulement 700-800 mètres. L’interdiction de construire tout bâtiment dans ce périmètre équivaut pour les voisins à une « expropriation déguisée », limitant une fois de plus l’usage de leur propriété. Les noyaux villageois, qui jouissaient auparavant d’une protection de 2 000 mètres, se retrouvent désormais à seulement 1 000 mètres, dans l’ombre des éoliennes. Une autre perte majeure concernerait la multiplication des projets éoliens, créant une covisibilité qui miterait le paysage et exacerberait les effets d’encerclement et d’écrasement.
Redevances
Les redevances versées aux propriétaires et aux municipalités qui accueillent des éoliennes ont été aujourd’hui bonifiées pour atteindre plus de 6 000 $/MW. Cependant, pour que le projet soit retenu, les municipalités doivent maintenant être partenaires à hauteur de plusieurs dizaines de millions de dollars. Mais en général les gains sont modestes, soit 2-3 % du budget municipal. Et comme les projets éoliens sont déficitaires, ce sont les abonnés d’Hydro-Québec qui doivent éponger les pertes qui serviront de redevances. Les surcoûts de l’éolien continuent donc d’annuler tout gain public au profit des firmes privées, et n’ont de surcroît aucune incidence sur l’indice de vitalité des communautés. (3)
Ces partenariats privés-publics exigent que les municipalités abandonnent leurs compétences en matière d’énergie. Les MRC adoptent des règlements calqués sur les besoins du promoteur, créent des sociétés privées axées exclusivement sur le profit, et empruntent sur la valeur immobilière de leurs citoyens pour financer des projets où le simple citoyen est éjecté du processus décisionnel.
Lourdement impactés par des éoliennes beaucoup plus puissantes, plus visibles et plus bruyantes, les riverains absorbent leurs pertes pendant que les promoteurs et les propriétaires terriens accueillant des éoliennes (dont 80 % n’habitent pas la zone d’influence forte) récoltent les bénéfices.
Acceptabilité sociale
« Un référendum constitue une option à considérer pour un conseil municipal qui veut communiquer au décideur gouvernemental la position réelle de la population. » (4) Une recommandation qui n’a jamais été adoptée; le vote populaire, ultime retranchement de la démocratie, est rejeté au profit d’un régime d’achat de l’acceptabilité sociale. Pour Hydro-Québec, l’acceptabilité sociale se résume à une simple résolution d’appui de la part des municipalités.
Territoire
Non seulement la perte de territoire agricole se poursuit, mais elle s’accélère dangereusement alors que les meilleurs terroirs sont ciblés malgré les dénonciations de l’Union des producteurs agricoles (UPA). Quant aux décisions défavorables de la Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ), elles sont fortement contestées par les promoteurs et par Hydro-Québec. En milieu forestier, les surfaces de coupe s’agrandissent considérablement pour permettre l’implantation de turbines surdimensionnées, entraînant au passage la perte d’érables à sucre protégés.
Contenu local
Le pourcentage de contenu québécois déterminant dans le choix des projets éoliens, prévu dans les premiers appels d’offres, est abandonné. Dans son dernier appel d’offres, Hydro-Québec entretient le flou, les promoteurs ayant tout le loisir de s’approvisionner à l’extérieur de la province au détriment des fabricants québécois. L’exemple du projet éolien Des Neiges dans Charlevoix, approvisionné en majeure partie par des pales et de l’acier chinois, est à ce titre probant.
Privatisation
La loi 69, adoptée sous bâillon par la CAQ, consolide la position du privé en matière d’approvisionnement en énergie éolienne en plus d’affaiblir le pouvoir de la Régie de l’Énergie, qui a un rôle régulateur dans la relation entre le citoyen et Hydro-Québec.
La mission d’Hydro-Québec de fournir une électricité stable au meilleur prix pour tous les Québécois doit dorénavant s’arrimer au Plan de gestion intégrée en ressources énergétiques du gouvernement. Ce plan, qui donne peu d’indices sur l’atteinte de la carboneutralité, sert surtout à combler les besoins énergivores de l’industrie, à qui on a octroyé d’importants blocs d’énergie, et à honorer les généreux contrats d’exportation consentis aux états-uniens de New-York et du Massachusetts.
L’occupation du territoire
Le constat est clair : l’implantation irréfléchie et irresponsable de la filière éolienne non seulement se poursuit, mais s’aggrave. Il appartient maintenant aux populations ciblées par le dernier appel d’offres de continuer à réclamer, tout comme il y a 20 ans, un moratoire éolien immédiat, un BAPE générique sur l’éolien, des référendums obligatoires et la fin de la privatisation de l’énergie éolienne pour qu’enfin les communautés puissent jouir de la rente éolienne détournée vers le privé.
Par respect pour les populations rurales, dans l’intérêt de tous les Québécois et pour la protection de notre terroir et de nos paysages, ces projets aux multiples impacts doivent être réorientés vers les meilleurs gisements éoliens, situés près des barrages et des lignes de transport d’Hydro-Québec.
La nécessaire transition qu’il nous faut opérer aujourd’hui est avant tout d’ordre mental. « Développement, croissance et progrès » doivent cesser d’être associés seulement à « création d’emplois, profits et PIB ». Notre projet le plus rassembleur s’articule autour des valeurs de « santé », de « qualité de vie » et de « cohabitation harmonieuse », seules sources de vraie richesse.
Claude Charron, Comité des riverains des éoliennes de l’Érable (CRÉÉ)
Membre de Vent d’élus
(1) https://youtu.be/Gdk19CLoJjk?si=aH3b6iGq_7PEBoCO
(2) https://drive.google.com/file/d/1y1J9zIkVofF7a72ModfhXQJf2CYWtVSP/view
(3) https://paysage-libre-vd.ch/lonu-le-confirme-le-cout-reel-de-leolien-est-largement-sous-evalue/
(4) Conclusion, rapport du BAPE 267, 2e appel d’offres, mars 2010, page 120.



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