Claude Rochon
Jamais dans l’histoire passée et probablement future de notre territoire, une décision prise par quelques personnes n’aura autant d’impact sur l’environnement, la qualité de vie et même possiblement la santé des résidents.
Nos dirigeants actuels, en implantant à toute vitesse des projets éoliens, sont en train de défigurer la minuscule zone densément peuplée du Québec, principalement située de part et d’autre du fleuve Saint-Laurent.
Les décideurs culpabilisent les opposants en prétendant qu’ils ne veulent pas faire d’efforts pour décarboner le Québec. S’il n’était pas envisageable de faire autrement, cette idée serait plausible. Des experts nous disent pourtant qu’il serait possible de produire neuf fois plus d’électricité que le Québec en aurait besoin pour la prochaine décennie en développant des éoliennes autour des bassins hydroélectriques. C’est une région très venteuse, pourvue d’équipements et de personnel de surveillance en plus de corridors de transport de l’électricité. En prime, nous resterions encore maîtres chez nous!
Les pays qui essaient de se libérer des hydrocarbures, du nucléaire et du charbon constatent, après plusieurs années, que l’éolien ne réussit pas à les décarboner. Ces énergies trop instables doivent être secondées par des centrales souvent alimentées avec du pétrole, ce qui a pour conséquence de maintenir et parfois d’accroître la production de CO². Nous sommes un des rares pays qui a la chance de pouvoir compter sur un immense potentiel de production hybride d’énergie propre permettant d’atteindre cet objectif de décarbonation sans saccager le territoire habité.
Aujourd’hui, les changements climatiques essaient bruyamment de se faire entendre et la planète se porte mal. «Tous les moments de notre histoire récente ont partie liée avec l’avènement d’un capitalisme du désastre » (Naomi Klein). Il est opportun de lire son excellent livre La stratégie du choc qui décrit admirablement comment les adeptes de la théorie économique de Milton Friedman ont dépouillé plusieurs peuples de leurs biens collectifs et ont répandu le chaos ainsi que la pauvreté dans de nombreux pays. D’immenses cortèges d’immigrants ont dû quitter leur terre natale et tentent de trouver un refuge parce qu’ils ont été dépossédés de leur avoir par quelques profiteurs sans scrupules. Le nombre d’itinérants augmente dans pratiquement toutes les villes. Sans aucune compassion, des profiteurs se paient de gigantesques résidences secondaires sur des terrains de plusieurs dizaines d’hectares. Est-ce le choix de société que nous voulons encourager?
Face aux changements climatiques, l’option de décroissance n’est même pas envisagée sérieusement tellement tout le monde est assiégé par des publicités constantes qui nous encouragent à trouver notre bonheur dans la surconsommation. Notre cupidité semble insatiable.
Est-ce une bonne idée de concéder un immense territoire et 1150 MW d’électricité pour créer possiblement un quasi-monopole privé de la production d’hydrogène? Nous n’aurons probablement plus jamais les ressources territoriales et électriques pour soutenir un projet aussi mégalomane. Nous avons déjà à Bécancour une usine d’hydrogène qui, avec un bloc d’énergie des dizaines de fois inférieur, déclarait en 2021 être la plus grande usine de production d’hydrogène bas carbone en activité dans le monde. Le contrat que le promoteur fait signer aux agriculteurs, avant même d’avoir reçu une acceptabilité sociale, en est un de vingt ans renouvelable. En d’autres mots, ce projet pourrait perturber nos vies et notre territoire pendant plusieurs fois vingt ans.
Pour mieux se qualifier en rapport avec l’acceptabilité sociale, la MRC de Mékinac a organisé une consultation qui a rassemblé environ 2,4% de la population ainsi qu’un pourcentage indéterminé sur le web. Elle recommande ensuite au citoyen de s’exprimer en présentant un mémoire au BAPE. Est-ce vraiment une solution convenable pour le simple citoyen?
À la dernière réunion, la MRC a avancé l’idée de faire un sondage. Dans ce type de sondage à questions multiples, il est facile de formuler les bonnes questions pour obtenir les réponses désirées. Ça permettrait encore une fois de mettre au rancart l’option du référendum qui est la seule façon de permettre à tout le monde de faire entendre sa voix.
Durant cette même réunion, certains représentants de la MRC de Mékinac ont affirmé avoir rencontré un dirigeant d’Hydro-Québec pour faire valoir l’option de gérer eux-mêmes les parcs d’éoliennes. Plusieurs intervenants ont alors soulevé le fait qu’une majorité de citoyens s’étaient majoritairement opposés à la présence d’éoliennes en milieu habité. La convoitise monétaire reliée aux éoliennes rendrait-elle sourd?
En encourageant les collectivités à investir elles-mêmes dans des projets éoliens, le gouvernement ne contribue-t-il pas à fractionner notre société publique qui a réussi à maintenir jusqu’ici de bas tarifs et à partager avec nous ses profits?
Il affaiblit en même temps la gestion efficace de nos énergies multiples. Comme la durée de vie des éoliennes est évaluée à vingt ans, les communautés auront à réinvestir continuellement dans ces projets. Les énormes subventions seront-elles encore au rendez-vous?
Selon nos élus, si le RCI n’est pas adopté rapidement, la MRC ne pourrait plus contrôler l’implantation de ces éoliennes. Elle devrait alors se pencher le plus rapidement possible sur toutes les possibilités de projets calamiteux qui ne figurent pas dans son schéma d’aménagement et qui pourraient rapidement nous envahir.
De plus en plus présents autour de la planète, les témoignages de problèmes de santé attribués aux éoliennes ne sont pas suffisamment considérés. On évoque des maux psychosomatiques alors que les animaux sont aussi affectés. Un principe de précaution minimale envers la santé n’est pas respecté. Les slogans verts de cette industrie lucrative sonnent de plus en plus faux.
L’obligation de protéger notre territoire agricole a déjà eu comme conséquence de priver nos régions rurales d’un grand potentiel humain. Le résultat a été la fermeture de plusieurs écoles et commerces dans les petites municipalités. Le choix d’envahir ces mêmes territoires avec de gigantesques éoliennes créera encore plus d’obstacles au développement futur de nos régions. De nombreuses zones devenant inhabitables ou peu convoitées se multiplieront nuisant à l’arrivée d’entreprises désirables et de nouveaux arrivants.
Les résidents de nos campagnes ayant choisi de réduire leur niveau de vie pour vivre au milieu d’une nature vivifiante se sentent maintenant dépossédés de leurs aspirations et des lieux qu’ils ont patiemment construits et aménagés au cours des années. S’ils en ont les moyens, même à un âge avancé, ils songent maintenant à quitter la région. Sinon, ils se résignent à survivre dans un lieu qui maintenant les désole.
Le principe de l’acceptabilité sociale est tellement dilué qu’il est devenu un leurre. Quelques décideurs font la sourde oreille face aux inquiétudes des citoyens et cherchent à imposer trop rapidement leurs décisions sans consulter adéquatement. Partout sur la planète, pour des intérêts financiers ou la prise de possession de territoires, on sacrifie l’humain.
C’est comme si les valeurs n’étaient plus humaines ou si la vie humaine n’avait plus de valeur.
Claude Rochon
Lac-aux-Sables
MRC de Mékinac
Cette lettre est parue également ici : https://www.lenouvelliste.ca/opinions/parole-aux-lecteurs/2024/06/29/la-convoitise-monetaire-reliee-aux-eoliennes-rendrait-elle-sourd-UHQYBQ7YBFEA3BRALC6VT6PCLU/



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