Par Michel Tremblay
17 juin 2026
Les chroniques du Maire écoeuré
Michel Tremblay, maire d’Hérouxville
Il faut quand même admirer la technique de leur sondage[1]. Quand les citoyens directement touchés disent non, on ne va surtout pas leur redemander la même question trop clairement. Ce serait dangereux. Ils pourraient répondre la même chose.
Alors on change le décor. On recule l’appareil photo. On prend le projet de loin, très loin, assez loin pour que les éoliennes deviennent de petits cure-dents dans le paysage et que les impacts disparaissent dans le brouillard régional.
On ne demande plus : « Voulez-vous des éoliennes industrielles dans votre milieu de vie? »
Non. Trop brutal. Trop honnête. Trop proche du réel. On demande plutôt ce que les gens pensent du « Projet Mauricie ».
Là, déjà, ça sonne mieux. Ça sent moins le béton, les chemins, les pales, le bruit, les voisins divisés, et plus le slogan sur l’autobus de Trois-Rivières.
Hydrogène vert. Transition énergétique. Innovation. Retombées économiques. Emplois. Avenir régional.
Rendu là, si tu réponds non, tu as presque l’air d’être contre les arbres, les enfants, les abeilles et le compost municipal.
C’est comme si on demandait aux citoyens de Mékinac s’ils sont favorables à la « réhabilitation écoresponsable de la route 153 afin d’améliorer la mobilité durable pour les générations futures ».
Qui va répondre non à ça?
Même le nid-de-poule va se sentir coupable.
Mais dans la vraie vie, on parle peut-être juste d’une route à refaire, avec une facture, des détours, des travaux, des impacts et des choix très concrets. Le vocabulaire vert ne répare pas l’asphalte. Il fait juste faire sentir meilleur le message véhiculé.
Le problème, ce n’est pas d’être pour l’environnement. Le problème, c’est quand on mélange l’appui à une idée générale avec l’acceptation d’un projet bien précis. Ce n’est pas parce que quelqu’un est favorable à la transition énergétique qu’il accepte automatiquement ce projet-là, à cet endroit-là, dans ces conditions-là.
Ensuite, on sort le beau gros chiffre : 1 500 répondants en Mauricie.
Impressionnant.
Mais le vrai test, ce n’est pas la Mauricie vue à la lorgnette régionale. Le vrai test, c’est Mékinac, là où les impacts vont atterrir. Et là, le beau gros chiffre devient 142 répondants.
Tout d’un coup, le grand sondage régional arrive les bottes un peu moins solides.
Pendant ce temps, la MRC a sondé environ 1 200 citoyens de Mékinac et a posé la vraie question : êtes-vous favorables ou défavorables à l’installation d’éoliennes de TES sur le territoire de la MRC?
Pas une question parfumée au développement durable.
La vraie question. Et la réponse locale ne va pas dans le sens de TES.
Et il y a un chiffre qu’on devrait afficher en grosses lettres : dans le sondage de la MRC, seulement 25 % des citoyens disent faire confiance à TES Canada, contre 69 % qui disent avoir peu ou pas confiance. Dans les municipalités qui recevraient des éoliennes, la confiance descend à 23 %. Alors quand TES nous arrive avec son beau sondage régional, il manque une petite note en bas de page : localement, la confiance n’est pas au rendez-vous.
Il y a aussi la belle question d’association. « Associez-vous le Projet Mauricie aux éoliennes? »
Quel est le rapport avec l’acceptabilité sociale d’un projet?
Si je sais qu’il y a des éoliennes dans le projet, je vais les associer au projet.
Mais ça ne veut pas dire que je les accepte.
Moi aussi, j’associe les cochons à la boue. Ça ne veut pas dire que je veux aller me rouler dans l’enclos avec eux.
C’est ça le truc. On prend un oui de reconnaissance et on le fait passer pour un oui d’acceptation.
On prend une impression régionale et on essaie de la faire passer pour un consentement local.
On met les beaux mots verts en avant, le gros chiffre sous les projecteurs, et les citoyens directement touchés dans le coin sombre de la salle.
Mais le refus local n’a pas disparu. Il a été dilué dans une homéopathie statistique.
Une perception régionale ne peut pas annuler un refus local.
Éric Gauthier avait donné sa parole. On la reconnaît à peine. Quand l’acceptabilité sociale ne répond pas comme prévu, on ne recule pas. On change la question. On change la définition jusqu’à ce qu’elle dise oui. On ne prend pas de chances, on la dilue dans un bassin régional. C’est ça, la manigance
[1] Il est question ici du sondage commandité par TES Maurcie (TES Canada) et effectué par la firme Léger en date du 27 mai 2026. Ce sondage intitulé « Notoriété et perceptions du Projet Mauricie, Étude auprès de la population mauricienne », se veut en réalité une tentative malheureuse, on pourrait presque dire malhonnête, pour démontrer que les résultats du sondage commandité par la MRC de Mékinac en 15 septembre 2025 seraient devenus obsolètes. En réalité ces 2 sondages ne mesurent pas la même chose. (Cette note est rédigée par Toujours maîtres chez nous)



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