Quelle surprise.
Sérieusement, il faut arrêter de nous présenter ça comme une nouvelle démonstration d’appui au Projet Mauricie [1].
L’article le dit lui-même :
les 300 partenaires et entreprises inscrits ont tous un intérêt pécuniaire dans le projet.
Ben oui!
Une compagnie d’excavation veut excaver.
Une compagnie de camionnage veut transporter.
Une entreprise qui fabrique de l’acier veut vendre de l’acier.
Une entreprise de télécommunications veut installer de la fibre et des équipements.
ÉVIDEMMENT QU’ILS VEULENT DES CONTRATS.
Personne ne leur reproche de vouloir faire travailler leur entreprise.
Mais leur intérêt commercial ne constitue absolument pas une démonstration que ce projet est souhaitable pour la Mauricie.
Et l’article est extraordinairement révélateur : pendant que les citoyens parlent de territoire, de paysages, de qualité de vie, d’environnement et de l’avenir de leurs communautés, les entrepreneurs interrogés regardent déjà les routes à construire, l’excavation, les tours, le câblage et les équipements à installer.
Autrement dit :
les citoyens regardent la montagne.
Eux regardent le contrat pour creuser dedans.
Ce sont deux intérêts parfaitement différents.
Et quand j’entends : « la région ne peut se permettre de dire non à un tel projet », là, NON.
Depuis quand une population perd-elle son droit de dire NON à un projet industriel parce que certaines entreprises pourraient faire de l’argent avec sa construction?
Encore plus extraordinaire : on nous explique que si les gens veulent continuer à vivre dans Mékinac et des Chenaux, il faudrait accepter ce genre de projet, sinon nous serions « voués à mourir ».
Quelle vision incroyablement réductrice de nos régions.
Nos communautés seraient donc condamnées à choisir entre mourir économiquement ou industrialiser leur territoire pour fournir du travail aux excavateurs?
Il n’existerait aucun autre développement économique possible?
Agriculture, foresterie durable, tourisme, culture, transformation locale, économie du vivant, PME, innovation, services, revitalisation des noyaux villageois : non, apparemment il faut une pelle mécanique et une éolienne de plus de 200 mètres pour sauver Mékinac.
Voyons donc.
Et les 5,6 milliards de retombées, 3700 emplois de construction et 500 emplois à terme cités à la fin?
L’article prend soin d’écrire « selon TES Canada » et que les emplois « seraient » créés.
Ce sont donc les projections du promoteur. Pas un bilan économique indépendant démontrant que la Mauricie sortira gagnante une fois les coûts et les impacts également comptabilisés.
Parce qu’il manque encore et toujours la même colonne :
OÙ SONT LES PERTES?
Combien vaut un territoire transformé?
Combien valent les paysages?
La qualité de vie?
Les milieux naturels?
L’attractivité résidentielle et touristique?
La fracture sociale créée dans nos villages?
Une véritable analyse économique additionne les gains ET les pertes.
Alors oui, des entrepreneurs veulent les contrats de TES Canada.
Personne n’en doutait.
Mais demander à ceux qui espèrent être payés pour construire un projet s’ils trouvent que le projet représente une formidable occasion économique, c’est un peu comme demander à un excavateur :
« Aimes-tu ça, excaver? »
On connaît déjà la réponse.
Maintenant, peut-on enfin parler de l’intérêt collectif de ceux qui devront vivre avec le projet une fois les excavatrices reparties?
LA MAURICIE N’EST PAS UN CHANTIER À DISTRIBUER EN CONTRATS.
C’EST NOTRE MILIEU DE VIE.
[1] TES Canada : une mobilisation pour favoriser l’embauche de travailleurs locaux



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